Auteur : Anne Giudicelli
Date de saisie : 10/06/2006
Genre : Sociologie, Société
Editeur : J.-C. Gawsewitch éditeur, Paris, France
Prix : 17.90 € / 117.42 F
ISBN : 978-2-35013-058-3
GENCOD : 9782350130583
Caillera, un terme réservé au seul usage «interne». Qu'arrive-t-il lorsque «l'autre camp», en l'espèce un ministre de l'Intérieur, s'en empare et le «remet à l'endroit» : «Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarrasser» En franchissant la barrière sémantique le 25 octobre 2005, «le premier flic de France» ne se contente pas de stigmatiser en une formule la population des cités : il se place sur le même terrain et au même niveau que ceux qu'elle est censée désigner. Il devient lui-même caillera. Ces propos ont été tenus à l'endroit même (la Dalle d'Argenteuil) où quinze ans plus tôt un quartier brûlait et les magasins étaient éventrés sous les coups des gamins de la cité.
Depuis, une nouvelle génération de «petits frères» et de «petites soeurs» est apparue. Lassée des promesses non tenues, elle s'est fait entendre en déclenchant une série d'émeutes sans précédent en novembre 2005.
L'auteur analyse l'inaction que les médias et les pouvoirs publics ont voulu taire. Elle retrace l'histoire d'une «génération caillera» à la lumière des nouveaux facteurs sociopolitiques : le développement du communautarisme, la montée du sécuritaire.
Anne Giudicelli, ancienne journaliste, a travaillé au Moyen Orient dans les médias arabes puis au sein de la diplomatie française. Elle est aujourd'hui experte indépendante au sein de la structure de conseil qu'elle a créée : TERRORISC.
Caillera, fais attention : que ce ne soit pas pris comme déchets de basse humanité...
21 octobre 2005, Clichy-sous-Bois. Contrôle de police. Encore un. Comme toujours. Suffit d'être en groupe et de porter son quartier sur sa tête. Mineurs compris. Un contrôle pour rappeler qui commande, ici. Des années que ça dure. Fuir, réflexe intégré des nés suspects, coupables ou pas. Comme trop souvent, la course poursuite se termine mal. Bouna, 15 ans et Zyed, 17 ans meurent électrocutés, acculés à se réfugier dans le seul endroit où les policiers ne les suivront pas : un transformateur EDF.
Cinq nuits de violences à la chaîne. Qui entraînent l'autre dynamique : l'obligation de couverture médiatique et donc de réactions politiques, et inversement. Et tous de se pencher au chevet de la banlieue : mal de vivre, malaise, chômage, isolement, ghettos, immigration illégale, économie parallèle, zones de non-droit, pour ou contre les émeutiers, héritage de la gauche, politique libéralo-sécuritaire de la droite, plateaux télévisés, tranches de vie, tronches de cités... Pendant ce temps, les quartiers voisins de la Seine-Saint-Denis suivent et reprennent, puis d'autres points chauds du territoire français, vingt jours de violences. On s'étonne, se scandalise, se renvoie la balle. Comme avant. «Avec tout ce qu'on a fait pour eux !» Déjà dit, déjà vu. Normal : les cités reviennent à la une. La caillera est de retour.
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