Auteur : Jean Bernabé
Date de saisie : 10/06/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ecriture, Paris, France
Prix : 19.95 € / 130.86 F
ISBN : 978-2-909240-69-5
GENCOD : 9782909240695
Sait-on vraiment qui fut Georges-Alexandre Zozime (Sansann pour les intimes, Gros-Gaz pour la chronique), natif de Morne Gros-Totote, nombril du nombril du monde, colline de burlesque renommée ? Grand coqueur de donzelles, abritant ses ébats dans un modeste hôtel parisien ? Ou plus fameux prophète de l'identité créole depuis que le Petit Livre est rouge et que la Martinique - si c'est elle - est une île ? Et si, contre toute attente, ce «passionné des mornes» ne relevait que de la psychologie des profondeurs ?
Jo Barthélémy, qui sous ses airs confiants a entrepris d'ériger le mausolée littéraire de cet immortel, sait-il seulement où il met les pieds ? Car, tout à la fois truculent et pudique, belliciste et pacifiste, mi-Don Juan mi Don Quichotte, le dénommé Gros-Gaz défie la biographie. Et c'est bien malgré lui que ce prince des paradoxes fait les frais de la geste érotico-politico-loufoque qui s'écrit sur son dos, fruit des indiscrétions, des cancans et de l'espionnage.
La créolité avait son éloge, il lui manquait sa farce. Dans une langue voluptueuse, coupée de vrai ou de faux créole, La Malgeste des mornes est une chronique picrocholine des guerres identitaires, une satire de l'«immondialisation» et de la «mondernité», en même temps qu'une parabole de la création romanesque.
Né en 1942 au Lorrain (Martinique), Jean Bernabé, agrégé de grammaire, docteur d'Etat en sciences du langage, spécialiste de la langue créole, fondateur du Groupe d'études et de recherches en espace créolophone et francophone, est professeur de Langues el Cultures régionales à l'Université des Antilles et de la Guyane. Les éditions Ecriture ont publié Le Bailleur d'étincelles (2002) et Partage des ancêtres (2004), une fresque que prolonge La Malgeste des mornes.
Leur ton sentencieux n'a jamais empêché les augures de la météo de se fourvoyer, ce qu'ils font plus souvent que rarement. Mais ce matin, au grand dam des douteurs professionnels, les prévisions d'hier soir ont bel et bien été confirmées par une chute brutale de la température. Quant à moi, Joël Barthélémy, fils unique de Siméon-Pierre Barthélémy et de Marinelle Valdansa, moi qui, façonneur de biographies, me suis improvisé pisteur des contemporains les plus considérables de mon île-sous-le-vent, j'en connais un que sa complexion - psychologique, pour le moins - rend frileux et pas qu'un peu. C'en est même au point qu'il ne se déplace jamais sans une sacoche bondée de pull-overs. Histoire de parer à toute éventualité, quoi !
Le froid, c'est la vraie phobie de Georges-Alexandre Zozime, natif de Morne Gros-Totote, gros bourg lové au bord tropical de la mer océane, dans un des replis de l'imposante chaîne du Taracondo, à quelque sept mille kilomètres de la chambre numéro 12 d'un certain hôtel parisien. Notre homme y est pour ainsi dire abonné depuis longtemps, à cette chambre. Et depuis si longtemps qu'il croirait non point rompre un voeu monastique - pour autant que je sache, il n'y mène point une vie d'ermite -, mais déroger à un contrat moral si, d'aventure, à l'occasion d'un de ses fréquents séjours dans la «capitale du monde» (l'expression est de lui), il s'installait, je ne dis pas même dans un autre établissement, mais dans une autre chambre, fût-elle limitrophe. À cette minute où je vous parle, il s'y trouve, dans cette chambre, «sa» chambre. Et, chose assez rare pour être notée, aujourd'hui, il y est tout seul, je veux dire sans présence féminine.
Une bonne douche et le voici la taille ceinturée d'une grande serviette de toilette. Assez vite, il la laisse retomber en boule. Tout simplement pour savourer, à même sa peau, la chaleur ouatée du radiateur. Un pur délice !
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