Auteur : Jacques Neirynck
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Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Jouvence, Bernex, Suisse
Collection : Poches Jouvence, n° 5
Prix : 12.50 € / 81.99 F
ISBN : 978-2-88353-481-0
GENCOD : 9782883534810
Manifeste pour un développement durable.
En 1986 paraissait, sous la plume de Jacques Neirynck, un essai intitulé "Le huitième jour de la création", qui devait connaître plusieurs rééditions tant dans sa version française que dans la traduction allemande sous le titre Der göttliche Ingenieur. Comme le succès de l'ouvrage ne se dément pas, il a paru nécessaire d'en offrir une édition condensée sous le présent titre "La grande illusion de la technique". Plusieurs événements évoqués comme des hypothèses dans la version originale - épuisement du pétrole, changement climatique, effondrement du système soviétique - appartiennent maintenant au passé. Il semble donc utile de refaire le point.
Si la thèse centrale de l'ouvrage, la montée de l'entropie, n'a pas changé, les problèmes anthropologiques se sont eux multipliés et diversifiés : comment faire face à la raréfaction des ressources naturelles ? Comment gérer une technonature de plus en plus complexe et de moins en moins compréhensible ? Comment cesser d'être les objets passifs d'une évolution technique qui nous entraîne selon une logique qui nous échappe ?
Jacques Neirynck est docteur en sciences appliquées. Il enseigna aux universités de Kinshasa et de Louvain. Après une carrière dans l'industrie, il a dirigé, à partir de 1972, la chaire des circuits et systèmes de l'école polytechnique fédérale de Lausanne. Depuis 1996, il se consacre à une activité de journaliste et d'écrivain, Il a siégé au Conseil national de la Confédération helvétique de 1999 à 2003. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages scientifiques, d'essais et d'oeuvres de fiction, dont La tentation publicitaire, paru aux Éditions Jouvence
I
Chaque nuit de pleine lune, tant que dura la guerre, des avions noirs firent la navette entre le continent clos sur lui-même et cette tête de pont de la liberté constituée par l'Angleterre. Ainsi s'évadaient les personnages importants dont le transfert en terre libre valait la peine de risquer un avion et un équipage. De l'immense prison de l'Europe s'échappaient quelques privilégiés dans le but de sauver tous les autres.
Cette nuit-là, en septembre 1943, le passager jouissait d'un traitement spécial. Son siège avait été placé sur la soute à bombes afin qu'il puisse être largué en tirant sur un levier. Cet homme était en effet tellement dangereux que les Anglais avaient résolu de le faire périr plutôt que de risquer sa capture par les Allemands si l'appareil était intercepté.
Le passager s'appelait Niels Bohr, il avait cinquante-huit ans et il venait d'abandonner précipitamment son poste de directeur de l'Institut de physique théorique à Copenhague. Il était à la fois célèbre parmi les physiciens et inconnu du grand public, incapable de faire du mal à une mouche et résolu à concevoir la bombe atomique.
Après Albert Einstein, Niels Bohr était sans doute à l'époque le plus illustre des physiciens. Élève de Rutherford, le premier homme qui ait transmué la matière et réalisé le rêve fou des alchimistes, Niels Bohr avait imaginé le modèle de l'atome, ce noyau de protons et de neutrons entouré d'un nuage d'électrons, qui est aujourd'hui familier même aux écoliers. Prix Nobel de physique en 1922, à l'âge de trente-sept ans, Niels Bohr était un physicien théoricien, appartenant à cette caste étrange de savants qui s'efforcent de mettre un certain ordre et une certaine unité dans le fouillis des résultats expérimentaux des autres physiciens.
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