Auteur : Dulce Maria Cardoso
Traducteur : Cécile Lombard
Date de saisie : 09/06/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Esprit des péninsules, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-84636-098-2
GENCOD : 9782846360982
Violeta, comment vous la décrire ? Une ballerine obèse qui titube à travers l'existence en levant le coude aussi souvent que la jambe ou peut-être un ange en exil, nostalgique du temps où «le ciel avait la couleur du ciel».
Victime d'un accident de la route, elle apparaît au début du livre «la tête en bas, suspendue par la ceinture de sécurité, la pluie claque sur le métal de la voiture, le liquide chaud qui coule de ma bouche c'est du sang, je reconnais le goût...» En ces ultimes instants s'emballe le carrousel d'une pauvre vie : sa carrière de représentante en cire dépilatoire, ses amours de restoroute, sa meilleure ennemie de fille, quelques lourds secrets de famille. Derrière cette petite musique de la déglingue ordinaire, interprétée par une virtuose, on entend cependant jouer en sourdine une autre partition - la bande-son d'une période de bouleversements pour le Portugal, depuis le rêve du 25 avril 1974 jusqu'au désenchantement post-révolutionnaire en passant par le déclin de l'empire colonial.
Subtile articulation entre un destin individuel et une aventure collective à laquelle répond un tour de force stylistique : ce deuxième roman de Dulce Maria Cardoso (après Coeurs arrachés, Phébus, 2005) se compose d'une unique phrase qui court sur 392 pages sans que jamais le lecteur n'en perde le fil.
Née en 1964 à Tràs-os-Montes au Portugal, émigrée avec ses parents en Angola, revenue au pays en 1975 avec les «rapatriés» des guerres coloniales, Dulce Maria Cardoso vit aujourd'hui à Lisbonne.
sans crier gare
je n'aurais pas dû partir, je n'aurais pas dû partir, je n'aurais pas dû partir, pendant quelque temps, quelques secondes, quelques heures, je ne suis capable de rien d'autre,
sans crier gare je m'arrête
la position dans laquelle je me trouve, la tête en bas, suspendue par la ceinture de sécurité, ne me dérange pas, mon corps, bizarrement, ne me pèse pas, le choc a dû être violent, je ne me souviens pas, j'ai ouvert les yeux et j'étais comme ça, la tête en bas, les bras qui cognent contre le plafond, les jambes ballantes, la gaucherie d'une poupée de chiffon, les yeux posés, indolents, sur une goutte d'eau arrêtée sur un morceau de vitre vertical, je n'arrive pas à identifier les bruits que j'entends, je recommence, je n'aurais pas dû partir, je n'aurais pas dû partir,
elles sont tellement assommantes les rengaines
pendant quelque temps, quelques secondes, quelques heures, je ne suis capable de rien d'autre, je n'ai pas dû tomber loin de l'autoroute, la pluie claque sur le métal de la voiture, les roues tournent à vide, cri-cri, cri-cri, des grillons, non, ça ne peut pas être des grillons, tic-tac, les quatre clignotants, dans la goutte d'eau, c'est seulement mes yeux qui n'arrivent pas à se détourner, c'est seulement mes yeux, ma voiture renversée dans un terrain vague, mon sac de voyage accroché dans un arbuste, les boîtes de cire, les cadeaux pour les clientes et mon cahier de comptes éparpillés dans la boue, une chaussure dans une flaque un peu plus loin, les phares sont restés allumés, la pluie, des fils de vers luisants qui volètent jusqu'à tomber morts, cri-cri, ça ne peut pas être des grillons, partout des petits bouts de verre très brillants, des cristaux qui mettent la nuit en fuite,
je n'aurais pas dû partir
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