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Orpiments

Couverture du livre Orpiments

Auteur : Catherine Weinzaepflen

Date de saisie : 03/06/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Des femmes-Antoinette Fouque, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-7210-0524-3

GENCOD : 9782721005243


  • La présentation de l'éditeur

«Je mettrai au poignet de Judith le bracelet maman que je n'ai jamais pu me résoudre à porter, les hexagones d'or incrustés de jade forment motif parfait. Et la robe sera jaune, décolletée. Pour les lignes de force, le rouge. Un tissu rouge sur lui, les taches de sang sur sa robe à elle. Il faut composer à partir du rouge. Les bras découverts. Six bras : ceux d'Holopherne qui tente de repousser les assaillantes, ceux de la servante qui l'immobilise et ceux de Judith qui lui coupe la tête.»

Catherine Weinzaepflen a publié ses premiers livres Éditions Des femmes, Isocelles (1977) et La Farnésine, jardins (1978). Romancière et poète, elle est également l'autel entre autres, de Portrait et un rêve (Prix France Culture 19E Am See, L'Ampleur du monde, Totem (Flammarion), Ismaëla (Atelier des Brisants), Les Mains dans le jaune absent (Édition du Scorff).



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  • Les premières lignes

Prologue :

Mon père pourquoi ce procès ? C'est toi qui l'as décidé. La douleur des bras jusqu'au creux des reins... Savais-tu que tu m'exposais à la torture ? Savais-tu qu'ils utilisent de tels procédés ? Il faut que je respire, Daria n'a cessé de me le répéter: Madame, si on vous torture, pensez à respirer. Elle connaît un homme qui est passé par les sibilli, il en garde deux doigts paralysés. Huit doigts au lieu de dix ne m'empêchera pas de peindre. J'ai dû m'évanouir. Je me souviens avoir entendu celui-ci, le plus jeune des trois juges, demander que l'on serre les ficelles d'un cran supplémentaire. J'ai mal au coeur, aux bras, aux veines, pourrais dessiner leur réseau à partir de la sensation de la douleur. Et mes mains qui ont doublé de volume.

Aurais-je parlé ? Ils tiennent conciliabule, ils discutent. De la poursuite des sibilli ? Ma robe imbibée de sueur est un cataplasme au dos, mes cuisses sont trempées d'urine. Vous vous croyez donc capable de faire un métier d'homme ? Ils ont dit. Alors que les sibilli sont imposés pour vérifier que je dis la vérité à propos du viol, l'un des juges s'en est pris à ma peinture. Pourquoi père m'as-tu livrée aux tortionnaires ? Ils ne sauront jamais ce qui s'est passé entre Agostino et moi. Personne n'en saura rien. Ce procès n'est que funeste mise en scène. Leur haine. Y avais-tu seulement pensé ? En intentant ce procès as-tu songé qu'ils me feraient passer par la torture ? Ils m'oublient, occupés à leur conciliabule. Respire Artemisia ! Lorsque j'inspire, mes reins se déchirent sous la douleur. Je ne peux pas Daria, ne peux plus respirer. Ma servante est la seule qui se sera souciée de mes souffrances. Je les hais mais ils ne réussiront pas à me tuer. Daria, plus que de respirer, c'est la peinture qui me sauve : il suffit de me concentrer sur le problème de proportion du rideau marron. Je ne sais pas s'il est assez grand pour que je puisse y travailler la lumière.

Agostino, tout est fini, tu m'as trahie mille fois, de toutes les manières. Tu m'avais promis... tu m'as offert un anneau d'améthyste et tu m'as forcée lorsque j'ai compris que tu mentais. L'anneau est l'essence des sibilli. Mes doigts pourront-ils encore tenir un pinceau ? Si je survis, je peindrai le sang. Celui des assassinats, celui des blessures, celui des menstrues. Je leur ai avoué que j'avais mes menstrues le jour où Agostino Tassi m'a violée - l'humiliation de leur parler de ça. C'est moi la victime et c'est moi qu'ils soupçonnent de mentir.

Le sang dans les tableaux ou la défaite du visage dans la souffrance, il faudra bien se décider à les y mettre. Leurs tableaux sont si polis. À quoi bon ? Je ne sais si la torture... Impossible le souffle Daria, c'est l'intérieur des joues qui me sert d'ancrage : je les mords, les réduis en morceaux pour oublier la douleur de mes mains.

Ranimez-la. On arrête pour aujourd'hui.


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