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Caricaturer Dieu ? : pouvoirs et dangers de l'image

Couverture du livre Caricaturer Dieu ? : pouvoirs et dangers de l'image

Auteur : François Boespflug

Date de saisie : 02/06/2006

Genre : Religion, Spiritualité

Editeur : Bayard, Paris, France

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-227-47614-1

GENCOD : 9782227476141


  • La présentation de l'éditeur

L'affaire des «caricatures de Mahomet» a brutalement révélé au monde contemporain un choc des sensibilités religieuses et des pratiques des images. Il ne suffira pas de prêcher la modération ni de s'entendre sur un code de bonne conduite. Il faut aussi apprendre à se connaître. C'est la tâche prioritaire une fois l'affaire calmée.

François Boespflug, après avoir retracé le déclenchement de l'affaire et la naissance du genre de la caricature, mène, d'une façon extrêmement précise et documentée, l'enquête indispensable sur les racines de la présence et de la fonction des images dans l'histoire de l'islam, du judaïsme et du christianisme. Il nous aide à ressaisir les principes édictés par chacun des trois monothéismes. Islam et judaïsme ont en commun une pratique très restrictive des images et rigoureusement abstinente concernant Dieu lui-même. Le christianisme, en raison de sa foi en un Dieu incarné, est plutôt une religion amie des icônes et des images. Il ne peut donc pas y avoir d'image commune du Dieu commun aux trois monothéismes !

En analysant le pouvoir (et le risque conjoint) qu'ont certaines images de fixer sur elles le sens du sacré et la quête de reconnaissance et d'identité des communautés religieuses, François Boespflug donne enfin les clés d'une histoire laïque de la représentation de Dieu et du sacré. Ilplaide en faveur d'un urgent travail de remémoration, en faveur d'une histoire iconique de Dieu dans chaque monothéisme.

«La pire caricature morale de Dieu, que rien ne justifie, pas même les pires caricatures picturales de Dieu, est de tuer l'homme, qui est à l'image de Dieu.»

François Boespflug, dominicain, est professeur d'histoire des religions à la faculté de théologie catholique de l'université Marc-Bloch (Strasbourg). Il est aussi l'auteur de nombreux livres et articles spécialisés sur l'histoire des images de Dieu dans l'art.





  • Les premières lignes

Introduction La caricature et le sacré.

L'affaire de février 2006.
Rassembler quelques images du Christ, du Bouddha, et même de Moïse, pour enrichir un dossier ou aérer un document pédagogique, c'est un jeu d'enfant pour quiconque accède à une bibliothèque ou à internet. Mais en trouver quelques-unes de Mahomet, ou trouver un illustrateur pour agrémenter un livre sur le Prophète, c'est difficile. Or, de nos jours, la presse, l'enseignement, la catéchèse, la «communication» sous toutes ses formes ont un insatiable besoin de «visuels». Ce nouvel état de fait met toutes les religions en demeure d'en fournir, même celles d'entre elles qui ne sont pas très portées sur les images, comme l'islam... La loi des médias est impérieuse et tend à s'imposer à toutes.

Voilà un facteur auquel on ne pense pas toujours et qui pourtant explique, au moins partiellement, pourquoi, en août 2005, Flemming Rose, le responsable des pages culturelles du Jyllands-Posten, le plus grand quotidien danois (tirage : 600.000 exemplaires) a organisé un concours de dessins sur le Prophète, auprès d'une quarantaine de dessinateurs. La plupart se sont récusés. Douze ont envoyé un dessin. Le 30 septembre 2005, pour tester la liberté d'expression au Danemark», sic, le JyllandsPosten publie sur une même pagel, sous le titre Muhammeds ansigt («les visages de Mahomet»), les douze «caricatures» - cette désignation, qui a été adoptée partout, est en fait inexacte, car ce sont en majorité de simples dessins humoristiques ou satiriques. La plupart de ceux qui les ont vus et regardés de près les trouvent d'ailleurs plutôt médiocres, stupides et vulgaires ; mais qu'ils soient tels, qu'on les juge talentueux ou non, la question n'est pas là, de toute façon : l'affaire n'est pas d'ordre esthétique. L'une de ces caricatures, celle qui montre le Prophète avec une bombe dans le turban, va tenir durablement la vedette. Quinze jours plus tard, le 14 octobre, quelques milliers de personnes manifestent dans les rues de Copenhague, dans l'ordre ; le 17, six des douze caricatures paraissent dans un journal égyptien du Caire, Al Fajr3, pour s'y faire condamner, bien sûr, mais sans que cela provoque le moindre remous. Le 20 octobre, les ambassadeurs de pays musulmans en poste à Copenhague émettent une protestation commune. Ils n'obtiennent pas d'être reçus par le premier ministre. Le 29 décembre, les ministres des affaires étrangères arabes réunis au siège de la Ligue arabe au Caire condamnent cette atteinte aux valeurs de l'islam. Le 10 janvier 2006, les caricatures sont reproduites par un petit périodique norvégien (tirage : environ 5 000 exemplaires) de tendance conservatrice et d'obédience pentecôtiste (le Magazinet). Une douzaine de journaux européens, et notamment français, France-Soir en tête le 1er février, prendront le relais en publiant la série intégrale des caricatures, au nom de la liberté d'expression, pour briser l'intimidation et mettre fin à «la dictature de l'euphémisme».

On connaît la suite.


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