Auteur : Régis Sérange
Date de saisie : 01/06/2006
Genre : Société Problèmes et services sociaux
Editeur : J.-C. Gawsewitch éditeur, Paris, France
Collection : Coup de gueule
Prix : 16.90 € / 110.86 F
ISBN : 978-2-35013-060-6
GENCOD : 9782350130606
Chargé par une société de surveillance d'assurer la sécurité d'un hypermarché, Régis Sérange ne tarde pas à découvrir que l'on attend de lui autre chose que les traditionnelles interpellations de suspects. En effet les caméras mises à sa disposition (certaines ont été installées dans la plus parfaite illégalité) ne servent pas seulement à observer les clients mais aussi les salariés de l'entreprise : caissières, hôtesses d'accueil, chefs de rayon, délégués du personnel sont systématiquement filmés, épiés dans leurs moindres mouvements. Espérant décrocher l'emploi qui le sortira de la précarité, Régis accepte cependant de se prêter au «jeu».
Au fil de ses «missions», il gagne la confiance de ses chefs. Il est rapidement appelé à mettre en place diverses formes de harcèlement moral et à «faire le ménage» dans plusieurs magasins du groupe. Après trois ans d'«enquêtes» et de filatures, au moment où il en vient à s'interroger sur la finalité de son travail, le piège se referme : il en sait trop et devient une menace pour le système qu'il a contribué à mettre en place. Lâché par sa hiérarchie, il se retrouve au chômage sans aucune possibilité de retrouver un emploi dans le même secteur. Il décide de parler.
Son témoignage est sans concession, aussi bien pour lui-même que pour le système dont il est un des nombreux rouages. Aujourd'hui, à 36 ans, il souhaite se consacrer pleinement à ses enfants et à sa passion, la photographie.
La journée a bien commencé. Comme ma matinée était libre, j'ai pu m'occuper des enfants, les emmener à l'école. Kassandra est fière quand son papa l'accompagne, Lorenzo un peu moins ; c'est normal, il fait le grand. Certes, je terminerai tard ce soir, mais je me sens bien ; je tiens même la grande forme. Depuis quelques jours, j'ai un nouveau travail.
Après avoir garé ma voiture sur le parking des magasins M. et montré patte blanche (ici, le badge est obligatoire), j'échange quelques mots avec les agents de sécurité de la galerie marchande. Je ne m'attarde pas.
A mon arrivée, mes deux collègues me reçoivent le sourire aux lèvres.(...)
«Tu ne bouges plus, tu ne parles plus, m'ordonne le chef resté à l'extérieur. On va te conduire dans les réserves du magasin ; de là, tu surveilleras le personnel.» De fait, je sens qu'on commence à déplacer le carton. J'entends le bruit du tire-palette électrique ; je sais, par le choc produit, qu'il commence à se soulever. Bientôt, me voilà dans la cour de réception des marchandises. Seul un très mince rai de lumière filtre par le haut du carton. Pas question pour moi de m'appuyer d'un côté ou de l'autre ; à cause des balancements, je risquerais de tomber à la renverse ; alors je me cale sur mon dévidoir, je m'y accroche désespérément.
Les secousses s'estompent. Au revêtement plus régulier, je comprends que nous entrons dans les réserves. Le calvaire est bientôt terminé.
Une manoeuvre, puis une autre, et soudain jeme sens décoller. Je n'ai aucune peine à imaginerle sol qui s'éloigne. On me hisse.
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