Auteur : Didier Decoin
Date de saisie : 28/05/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-234-05681-7
GENCOD : 9782234056817
Il est des hommes dont on dit : sa vie fut un roman. Henri Decoin, c'était une collection à lui seul ! Ce n'est pas le moindre des paradoxes chez cet homme qui, né dans une pauvreté extrême, quitta l'école à 8 ans et ne découvrit la lecture que bien des années plus tard !
(...) Il signe 43 films en trente ans, dont son chef-d'oeuvre, Battement de coeur. Ce coeur qui le lâchera, le 4 juillet 1969, à 16 h 30. Celui de son fils Didier bat encore la chamade quand il évoque la figure de son héros de père. Et emporte le nôtre avec...
... Tout d'abord : ce père se prénommait-il Henri ou Henry ? A l'évidence, il hésita lui-même, sa vie durant, entre le «y» - plus chic, plus anglais - et le «i» - qui convenait mieux à ses saisons de galère, à ses intimes, à ses secrets. C'était Henri qui, à 15 ans, se nourrissait de sauterelles grillées ou s'enduisait le corps de graisse pour traverser la Seine en hiver afin de gagner son premier argent sous le nom de «Riton le Triton». Mais c'est Henry qui, en 1937, débarquait à Hollywood en compagnie de sa nouvelle épouse, l'exquise Danielle Darrieux - qui finira par lui préférer Porfirio Rubirosa. Entre ces deux plans fixes, toute une gamme d'exploits merveilleusement, pieusement, recueillis par un fils ébloui : une guerre de 14-18 aux commandes d'un Spad qui lui permit d'abattre une dizaine de Drachen allemands ; des rounds de légende contre des athlètes américains ou lettons ; des reportages sur le Tour de France ; des romans («Jeph, le roman d'un as», «Le roi de la pédale»,...) publiés dans la collection «Cinario», chez Gallimard s'il vous plaît ; puis, naturellement, des films - qui, en ces temps de pionniers, relevaient de l'exploit physique. Chaque fois, Henri/Henry, homme poisson ou homme oiseau, dévorait la vie à travers toutes ses saveurs. Et, à le suivre, on respire le parfum d'une France oubliée, optimiste, rigolarde entre deux hécatombes. Henri/Henry, se souvient Didier, écrivait vite, et ses phrases étaient aplaties «comme la fumée d'une locomotive lancée à grande allure»...
Et puis, il y eut les femmes (beaucoup) et le cinéma (plus de quarante films en trente ans, sans compter une opérette et des pièces de théâtre). De très belles conquêtes par là. Quelques réussites par ici - «Toboggan», «La vérité sur Bébé Donge»,... Sur ce double registre, Decoin père (qui adorait Hemingway, Orson Welles et «la Truffe», alias François Truffaut, lequel l'insulta à jet continu...) officiait avec une désinvolture, une grâce, un charme que l'histoire aurait peut-être oubliés si son fils n'en était pas devenu le greffier rétrospectif... Decoin fils s'amuse avec talent...
En 1969, Henri Decoin a presque 80 ans. Il va bientôt mourir. Il est épuisé par la maladie. Mais il veut encore réaliser «les Mauvaises Fréquenta-tions». Il demande donc à son fils de l'aider à rêver ce film sur sa jeunesse alors que, secrètement, il a déjà capitulé.
Peut-être Didier Decoin n'a-t-il écrit ce livre plein d'images tendres, de saynètes cocasses, de gros plans et de travellings que pour finir, trente-cinq ans après, ce film jamais tourné et offrir à son père le premier rôle. Il le mérite. Car le cinéaste de «Premier Rendez-vous» était un sacré personnage, et sa vie fut un authentique film d'aventures... Il y a chez Henri Decoin, l'auteur de «Quinze Rounds» et des «Rois de la pédale», un tel besoin de la dépense physique, un tel goût pour l'exploit, et une propension certaine au pancrace, qu'on est en droit de se demander si ça n'est pas d'abord la prouesse sportive qui l'a attiré vers le cinéma. En ce temps-là, rappelle son fils, c'était «un sacré boulot, aussi éreintant que cantonnier, où on se prenait autant de coups de soleil qu'un jardinier, où les nuits étaient aussi courtes que celles des boulangers et des garde-barrières». Parce qu'il mesurait 1,80 mètre et avait des biceps de discobole, Decoin portait la caméra, son pied, et une brassée d'écrans réflecteurs... A 60 ans, Didier Decoin, le fils de Jeanne-Juliette Charpenay, dernière femme du réalisateur de «Battement de coeur», raconte la vie tumultueuse de son père avec la même allégresse que s'il chantait, accompagné par un harmonium et un dromadaire, la magie du cinématographe itinérant. Facile : les films d'Henri Decoin étaient aussi réalistes que sa vie était surréaliste - il «poétisait le quotidien». De cet art, qui est aussi une morale, l'écrivain a hérité et il ne l'a jamais mieux montré qu'en écrivant avec brio le roman de son père, qu'en scénarisant au cordeau le film d'une folle vie.
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