Auteur : Jesus Diaz
Traducteur : François Maspero
Date de saisie : 27/05/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Du monde entier
Prix : 18.90 € / 123.98 F
ISBN : 978-2-07-072259-4
GENCOD : 9782070722594
Des nombreux tracas que doivent affronter les ressortissants cubains, il y en a au moins trois que l'écrivain Jésus Díaz, mort en 2002, connaissait particulièrement bien : l'intolérance politique, l'absurdité bureaucratique et la nécessité de mettre le plus d'eau possible entre soi et son pays d'origine.
Compagnon de route de la révolution cubaine, responsable de la mythique revue littéraire El Caimàn barbudo, puis victime du régime castriste et acculé à l'exil en 1991, Jésus Díaz savait par coeur à quels murs épais peut se heurter un homme épris de liberté. Aussi n'est-ce pas un hasard si ce livre, son testament d'une certaine façon (il a paru l'année de sa mort), s'empare de ces sujets à travers le personnage plein de lumière d'un jeune homme en cavale. Ce garçon, Jésus Díaz l'a bien connu. Sous un nom de famille différent, mais avec le même prénom, Manuel, son histoire extravagante ressemble à celle que raconte le grand écrivain dans son roman - et à la sienne propre, par la même occasion : comment un créateur, quel que soit son domaine, peut se trouver menacé dans son art (si ce n'est dans sa vie) par le tracé des frontières, le soupçon, la maladie du pouvoir et celle, encore plus grave, de la bêtise...
Avec cet humour presque potache qui caractérisait déjà ses précédents livres, Sibérienne par exemple (Gallimard, 2002), Jésus Díaz montre à quel point l'absurde est partout, pas seulement derrière le rideau de fer. Chez cet humanitaire suisse probablement très bien intentionné, par exemple, qui reproche à Manuel de vouloir fuir Cuba, "un petit pays qui était un authentique exemple pour le monde". Parce qu'il n'est pas le serviteur des pouvoirs, son héros est soupçonné de l'être encore plus que les autres - perversité à toute épreuve. Mais au-delà du malheur, au-delà même de la drôlerie (les réactions de Manuel face à la propreté suisse ou le fait que tous les trains portent des noms d'écrivains, Gogol, Tchekhov, Kafka, Tourgueniev...), c'est par sa lumière et sa charge d'espoir que ce livre frappe le plus...
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