Auteur : Jack Womack
Date de saisie : 25/05/2006
Genre : Policiers
Editeur : Denoël, Paris, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-207-25626-8
GENCOD : 9782207256268
La vie est belle dans la Russie postcommuniste quand on s'appelle Max Borodine, qu'on a mis à profit ses vingt-cinq années passées au Parti afin de devenir un homme d'affaires prospère, entouré d'amis et aimé par une jeune maîtresse volcanique.
La vie est belle, on vient à bout de tout : la bureaucratie corrompue, les travailleurs rétifs, les voleurs, les importuns, les investisseurs étrangers. Enfin de presque tout, car quand la mafia géorgienne - la vraie - s'intéresse à vos affaires et qu'en même temps un de vos associés vous oblige à fréquenter un groupe ultranationaliste qui ferait passer les hooligans anglais pour une chorale scoute, alors d'un seul coup tout devient très compliqué, sans oublier votre frère cadet qui, bercé un peu trop près du mur, tient absolument à créer un parc d'attractions nostalgique : Sovietland...
La vie est belle dans la Russie postcommuniste... à condition de savoir survivre.
Tantôt hilarant, tantôt terrifiant, De l'avenir faisons table rase nous immerge totalement dans le monde obscur, a priori opaque, de la mafia russe. Jack Womack y fait montre du même sens du détail et du même talent que dans Journal de nuit (Denoël, 1995), où il décrivait le voyage au bout du fascisme d'une Amérique pas si différente que celle que nous côtoyons.
Au sortir d'une enfance dans le Kentucky qu'il considère comme kafkaienne, Jack Womack s'installe à New York où il travaille douze ans en librairie, avant d'intégrer te monde de l'édition. L'opiniâtreté et la puissance évocatrice de ses sept romans Lui ont valu d'être comparé au Norman Mailer d'Un rêve américain.
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J'aimerais vous parler de la vie dans la Russie d'aujourd'hui. Ou plus exactement de la mort.
Parce que même si c'est difficile à croire, la mort est parfois plus compliquée que la vie, dans mon beau pays. Si si, je vous assure. Chaque fois que mes amis s'affligent d'une perte irréparable, chaque fois qu'ils se mettent à prier - dans l'espoir qu'un cher disparu se fonde à notre terre avant d'avoir été réduit par les corbeaux à l'état de squelette - ils font appel à moi. Je suis à leurs yeux le maître des bureaucrates, ces démons que j'accule bien souvent à servir mes buts... ce qui m'oblige tout de même à descendre dans leurs abysses sans me laisser souiller - exploit impossible aux amateurs ou aux suborneurs passéistes. Les malheureux frappés par le sort me demandent donc de me dépêtrer des défenseurs moisis de l'État : c'est là qu'interviennent mes vingt-cinq ans de Parti.
(Évidemment, les heureux propriétaires de ce genre de bagage ont tous découvert ces derniers temps que leurs talents s'avéraient fort utiles dans les domaines les plus variés.)
Il y a peu, je me portai au secours de mon ami Youri Slavkin, qui organisait les funérailles de son géniteur : quatre jours plus tôt, d'humeur exubérante, M. Slavkin père avait tenté d'escalader un bus sur Prospekt Mir. Son fils s'en vint solliciter mon assistance.
«Je m'occupe de tout, Youri Ilitch, assurai-je.
- Ça ira comme on voudra ?
- Ça ira.
- Merci, Max.»
Ah, oui : je m'appelle Maxime Alexievitch Borodine, mais appelez-moi donc Max. Tous mes amis m'appellent Max - et ils sont nombreux.
«Tu préfères un enterrement ou une crémation ? demandai-je. - C'est quoi, le moins cher ?
- La crémation, probablement.
- Alors c'est bon.»
Réponse réjouissante : un cadavre équivaut toujours aux pires difficultés, mais plus encore si on veut le faire inhumer. La première fois que je me suis occupé de ce genre de choses, c'était aux funérailles de mon beau-frère.
Trois jours et des milliers de roubles après le décès, le corps est enfin arrivé au cimetière. Là, les fossoyeurs m'ont affirmé qu'une énorme pierre les empêchait de creuser :
«Un rocher gigantesque, très sombre. On ne le voit sans doute pas bien, de là où vous êtes.»
Posté au bord de la tombe, je plongeais en effet le regard dans son obscurité.
«On ne peut pas l'écarter ?»
Un des rustres a secoué la tête ; l'autre déclaré que, peut-être, des efforts surhumains permettraient de déplacer la pierre des quelques centimètres nécessaires. Je leur ai donné cinq cents roubles - un «pourboire» raisonnable, de nos jours ; outrageux, à l'époque ! - et le rocher a disparu. Remarquable.
«Il s'est peut-être enfoncé dans la terre meuble», m'ont expliqué les deux hommes en reprenant leur pelle, avant de se mettre à fredonner des chants funèbres, parfaitement assortis à l'ambiance sinistre de la cérémonie.
«Ça va coûter combien ? s'inquiéta Youri, des années plus tard. - Je me charge de tout. On discutera de ces petits arrangements quand ce sera fait.
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