Auteur : Laurence Cinq-Fraix
Date de saisie : 23/05/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : P. Rey, Paris, France
Collection : Roman français
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84876-056-8
GENCOD : 9782848760568
«À quoi pense une femme, animée par ce désir impérieux de grossesse, lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte ? A quoi pense sa compagne ? A quoi pense alors l'homme qu'elles ont choisi pour père de l'enfant ? Et à quoi pense le compagnon du papa ? C'est vrai, à quoi pensons-nous lorsque, pendant des années, vivant avec l'idée qu'il fallait faire une croix toute naturelle sur l'éventualité d'avoir un bébé, nous nous retrouvons parents d'un enfant à venir ? Homosexuels, passe encore, mais parents, faut quand même pas exagérer...»
Cécile rencontre Anna, en tombe follement amoureuse et réciproquement. Six années plus tard, elles envisagent sérieusement d'avoir un enfant. Un enfant, oui, mais avec un papa présent. Tout reste à faire. Alors elles le font avec Éric, et Benoît, son compagnon. Sans repère, sans modèle et juste forts de leur désir d'enfant, ils vont former leur drôle de famille. La maman, le papa, la marraine et le parrain.
Une histoire de coparentalité selon les experts, un phénomène de société du point de vue des sociologues, une abomination pour la plupart de nos contemporains. Une sacrée histoire d'amour en tout cas.
«Et l'enfant... Ils y ont pensé à l'intérêt de l'enfant ?» Ils ne font que ça.
Laurence Cinq-Fraix vit à Paris. Family Pride est son premier roman.
Le 9 juillet 2000 à 11 heures, 8 minutes et 42 secondes, à l'instant même où la fine ligne bleue s'affichait en croix dans la fenêtre de résultat du bâtonnet-test, Anna sut qu'elle était enceinte. Je l'ai compris parce que j'étais là, derrière la porte des toilettes, l'emballage du test de grossesse encore à la main. Je le sais parce que à force de lire des polars, j'ai pris la stupide habitude de regarder ma montre et de noter mentalement l'heure pour le moindre fait qui me paraît suspect ou incongru. C'est ce silence étrange, derrière la porte, qui a déclenché le réflexe. J'ai retenu ma respiration. Qu'a-t-elle pensé à cet instant précis, assise sur les toilettes, le pantalon sur les chevilles et le test sous les yeux ? C'est vrai, à quoi pensent les femmes animées par ce désir impérieux de grossesse, lorsqu'elles apprennent qu'elles sont enceintes ?
Et puis enfin, dans l'entrebâillement de la porte, elle m'est apparue. Elle et son sourire, ses belles dents blanches, sa façon gamine de pencher la tête sur le côté en se rengorgeant, le tee-shirt légèrement retroussé et la main sur son ventre. Anna en sainte, la Vierge à l'Enfant, miracle sur l'avenue de la République, siège de nos bureaux, à Anna et moi. Si je ne me trimballais pas, à mon corps défendant, une éducation religieuse et une famille dont une partie, la plus bigote, a passé le plus clair de son temps à fréquenter les églises en collectionnant images pieuses et chapelets, je n'aurais pas eu cette vision-là. Mais, lorsqu'elle a ouvert la porte, la lumière m'est apparue. Celle de la fenêtre des toilettes au verre dépoli, filtrant le pétant soleil de ce mois de juillet et nimbant Anna d'un halo pur et cotonneux. «Alors ça y est !» lui ai-je lancé avec un sens de l'à-propos qui me stupéfiera toujours. Seuls son sourire et ses yeux m'ont répondu. Elle est venue dans mes bras et je l'ai serrée fort, mais pas trop. Anna était enceinte et déjà j'acquérais les réflexes stupides d'attention, de protection, mais aussi de maladresse du novice dont la femme vient de lui apprendre qu'elle attend un enfant.
Ce n'était pas une surprise, nous avions prévu, calculé et attendu ce moment-là. Et voilà que nous y étions, top départ d'une aventure ni tracée ni écrite, fruit de six années d'amour, fort, joyeux et complice. À quoi pensent les hommes au moment précis où ils apprennent qu'ils vont devenir pères ? La réponse paraît périodiquement dans les magazines féminins où il est question de leur bonheur, bien sûr, mais aussi parfois de leur désarroi, du manque de concret, de la naissance comme seule vraie prise de conscience de l'enfant à venir. Moi, mon coeur a explosé, il me semble avoir eu comme une absence fulgurante, une fuite du cerveau et c'est seulement quand Anna est venue dans mes bras que tout s'est libéré, mon corps n'étant plus qu'un souffle expiré du plus profond. J'ai alors senti physiquement que nous étions deux et puis trois. C'est vrai - et la réponse figurera peut-être un jour dans les pages des magazines féminins -, à quoi pensent les femmes au moment précis où leur compagne leur annonce qu'elle est enceinte ? J'ai posé la main sur le ventre d'Anna, embrassé sa tempe et sa bouche, et puis j'ai laissé exploser ma joie. Rien à voir avec le rituel du footballeur lorsqu'il a marqué un but. Si ce n'est peut-être que j'ai soulevé mon tee-shirt jusqu'au nombril en sautant comme un cabri et en courant dans tout le bureau. Mais je jure que je ne me suis pas mise à genoux devant la foule, la haranguant de tout mon triomphe. Il n'y avait pas de public ce jour-là.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli