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El Negro et moi

Couverture du livre El Negro et moi

Auteur : Frank Westerman

Traducteur : Danielle Losman

Date de saisie : 09/07/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-267-01830-1

GENCOD : 9782267018301


  • La présentation de l'éditeur

En 1983, Frank Westerman découvre, en Catalogne, dans le Musée d'histoire naturelle de Banyoles, le corps naturalisé d'un Bushman, exposé comme le sont les animaux et les plantes rares dans un tel musée. El Negro date des années 1830. Qui était cet homme ? Qui l'a empaillé et dans quel but ? Comment cet «objet» a-t-il été perçu par ses contemporains ? Comment a-t-il atterri en Catalogne et pourquoi disparaît-il vingt ans plus tard, au grand dam des habitants de la petite ville qui semblent s'en être emparé comme symbole assez paradoxal de leur singularité catalane ?

Frank Westerman mène l'enquête et entraîne le lecteur dans le monde des naturalistes du XIXe siècle, à l'époque des grands débats sur l'évolution. Il l'initie aux secrets de la taxidermie, évoque l'histoire de l'esclavage et de l'étonnant retour d'anciens esclaves vers l'Afrique dans les années 1780. L'auteur nous confronte également au problème du racisme et au vaste débat sur le devenir du continent africain.

Enquête journalistique sur un sujet insolite, réflexion humaniste et récit autobiographique.

El Negro et moi a reçu le prix néerlandophone Golden Owl Literature 2005.





  • Les premières lignes

Extrait du prologue :

Est-il possible de retrouver, un siècle et demi plus tard, la cause de la mort de quelqu'un ?

C'est ce qu'une équipe de neuf médecins légistes tente de faire en juin 1993. Sur la table repose le corps bien conservé d'un Africain anonyme mort en 1830 ou 1831 - «Objet numéro 1004».

Par mesure de précaution, afin d'éviter tout soupçon de partialité, les médecins légistes blancs - anthropologues, radiologues et toxicologues - placent en épigraphe de leur rapport d'autopsie une citation de Martin Luther King

«Nous tenons pour évident et vrai que tous les hommes naissent égaux.»

Les médecins légistes travaillent avec circonspection ; ils commencent par un examen général. Chaque centimètre carré est tâté, tapoté et regardé à la loupe. Au flanc gauche, de la hanche à l'aisselle, une longue cicatrice -comme la fermeture éclair d'une combinaison de plongée. On dirait une incision, peu profonde et recousue au point de devant. Seule autre mutilation : l'absence d'une bandelette du prépuce, le défunt est circoncis. A part ça, le corps est dépourvu d'éraflures, de contusions ou autres blessures.

«Nous n'avons pas constaté de signes extérieurs de violence laissant supposer une mort traumatique», rapportent les médecins légistes.

L'examen de la denture nous apprend que l'homme avait atteint vingt-sept ans - avec une marge d'erreur de plus ou moins trois ans. Il était petit : de son vivant, il devait mesurer 1,35 m (tout au plus 1,40 m). Ses orteils en éventail pourraient signifier qu'il était habitué à couvrir pieds nus de longues distances.

L'examen dermatologique montre que la peau est tannée comme du cuir de veau. Dans les pores on trouve des restes d'arsenic qui en ont altéré la pigmentation - avec comme conséquence une décoloration de la peau originelle. Afin de neutraliser ce processus, la peau a été enduite de couches de cirage.

Dans la ville catalane de Gérone, le corps est placé sous l'appareil à rayons X de l'hôpital Dr Josep Trueta. Les clichés, étalés sur la boîte à lumière, révèlent que la colonne vertébrale est remplacée par deux barres de fer. De même qu'une sculpture de béton tire sa stabilité de son armature, cet homme est soutenu de l'intérieur, des talons jusqu'au crâne, par une double charpente en acier.

À hauteur des clavicules, la radioscopie montre une traverse de bois en guise d'épaules, à laquelle les vrais os du bras (humérus, radius, cubitus) sont suspendus. Les tissus musculaires, les organes et les couches de graisse ont été enlevés ; le corps est garni de paille.

Les médecins louent le travail du préparateur, car bien que l'homme ait été dépossédé de sa colonne vertébrale, son corps a conservé des proportions en «harmonie parfaite».

Afin de déterminer la race de l'objet 1004, les chercheurs postmortem ont recours à l'anthropométrie. Cette technique de la détermination ethnique d'un squelette humain se fonde sur un classement selon trois groupes principaux : caucasien (les Blancs), mongoloïde (les Jaunes) et négroïde (les Noirs). Sur la base d'une douzaine de critères - parmi lesquels l'indice crânien (largeur x100/longueur) et la morphologie de la cavité nasale (piriforme, ronde ou ovale) -, l'équipe de chercheurs constate qu'ils ont devant eux «un négroïde exhibant les caractéristiques du Bochiman africain».


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