Auteur : Rabbi Hayyim de Volozine
Traducteur : Benjamin Gross
Date de saisie : 22/05/2006
Genre : Actualité
Editeur : Verdier, Lagrasse, France
Collection : Verdier poche
Prix : 11.00 € / 72.16 F
ISBN : 978-2-86432-473-7
GENCOD : 9782864324737
Grands textes de la pensée juive.
L'âme de la vie [néFech ha-haïm] Rabbi Haïm de Volozine.
Présentation, traduction et commentaires par Benjamin Gross. Préface d'Emmanuel Lévinas.
«Voici qu'un livre extraordinaire, attestant une culture rabbinique intégrale et parfaite, est consacré à un Dieu qui se veut dépendant des humains, et à des hommes qui, dès lors infiniment responsables, supportent l'univers ! Intrigue invraisemblable du religieux. Là s'inversent, sans se démentir - là s'exaltent - les rapports qui régissaient le fini. Intrigue invraisemblable en effet.» Emmanuel Lévinas.
Disciple du Gaon de Vilna, Rabbi Haïm de Volozine (i759i82i), vécut en Lituanie où il fonda une école prestigieuse. Conformément à son voeu, LÂme de la vie ne fut publié qu'à titre posthume.
Extrait de la préface de Emmanuel Levinas :
L'Âme de la vie, le livre de Rabbi Hayyim de Volozhyn, publié à titre posthume en 1824, à Vilna en Lituanie et que vient de traduire de l'hébreu, d'introduire et d'annoter - avec compétence, délicatesse et talent - le professeur Benno Gross de l'université Bar-Ilan de Tel-Aviv, est l'un des rares ouvrages de la littérature dite rabbinique où est tentée une méditation sur l'essence ou le destin du judaïsme. Malgré un vocabulaire religieux à références et à coordonnées exclusivement juives qui s'ouvrent sur des perspectives très nombreuses intéressant la vie et la conscience juives, le judaïsme s'y dessine aussi comme une anthropologie philosophique et une théologie, de signification universelle, exprimables en une langue sans préventions et sans les particularismes de l'intraduisible.
Ouvrage de littérature rabbinique, c'est-à-dire rédigé par un maître qui appartient à un monde et à une réflexion nourris sans mélange par la Torah: la Bible hébraïque, les traités du Talmud, les documents de la cabale, les gloses des commentateurs et des commentateurs de ces gloses à travers les siècles. Chaîne de la tradition, mais aussi sa liberté, communication du message, mais, dans les innovations essentielles, toujours recherchées, qu'apportent les générations successives de ceux qui reçoivent, interprètent à leur tour et transmettent. Et, ainsi, vie de la Torah dans l'histoire d'un peuple qui, ininterrompue, définit l'unité d'Israël. Torah, dès lors, inséparable d'Israël où son étude reste aussi l'acte liturgique suprême. Mais la littérature rabbinique s'attache souvent à des problèmes particuliers du droit et du rite et à leur casuistique, au problème résolu qui retombe en question dans les modulations mêmes de sa solution; à la pensée sollicitée par le sens de tel verset ou par le sens de l'au-delà de ce verset, mais aussi par le détail d'une métaphore, par les lettres du mot ou même par la surprise que suscite une lettre qui y manque. Allusions, distractions bienvenues ! Elles déjouent le tissage trop serré des vocables du Texte et suggèrent le non-dit, les possibles du Verbe éternel. Sous ces préoccupations, la doctrine comme ensemble est certes toujours entendue informulée, se confirmant ou se rénovant, mais la plupart des auteurs rabbiniques jugent rarement nécessaire d'étaler la philosophie générale.
Sans abandonner ce style de l'expression et de la recherche, Rabbi Hayyim de Volozhyn - peut-être dans le pressentiment de la montée victorieuse vers le judaïsme de l'Est européen des vents de la modernité occidentale - entreprend, comme inopinément, un exposé d'ensemble. Celui-ci aura pour nous - qui avons depuis lors traversé ces vents jusqu'aux fumées d'Auschwitz - l'autorité impressionnante d'un discours systématique tenu par quelqu'un que les juifs appellent «grand disciple de la sagesse» ou «grand de la Torah». Ce que Rabbi Hayyim fut d'ailleurs en fait : disciple préféré de l'un des derniers talmudistes de génie et admirable cabaliste, le célèbre Éliyahu, Gaon de Vilna (1720-1797).
La traduction de son Nefesh haHayyim - de son Âme de la vie - s'inscrira probablement comme un moment important de la révélation à l'Occident moderne d'un fond inconnu de la spiritualité juive, et, peut-être, comme un événement digne d'intérêt pour la symbiose judéo-islamochrétienne en Europe et dans le bassin méditerranéen au lendemain de l'Holocauste - qui n'en est même pas encore le surlendemain - mais où Auschwitz brouilla pour la conscience monothéiste les chemins antiques et de naguère qui la reliaient à l'Absolu. Symbiose qui, malgré tant de haines, de malentendus, de préjugés et de violences, s'impose à notre temps et s'esquisse à partir des dialogues d'hommes à hommes et même de groupes humains à groupes humains. Et voici qu'au-delà des livres si nombreux aujourd'hui à traiter du judaïsme, mais déjà tantôt limités aux problèmes de circonstances politiques, tantôt procédant des sciences humaines et déjà réduits à l'histoire et à la sociologie, tantôt se risquant, avec bonne volonté et avec un bagage de logique générale, à des discours tout au plus d'amateurs sur les sages du Talmud - voici qu'un livre extraordinaire, attestant une culture rabbinique intégrale et parfaite, est consacré à un Dieu qui se veut dépendant des humains, et à des hommes qui, dès lors infiniment responsables, supportent l'univers. Intrigue invraisemblable du religieux.
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