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Quand l'Etat se mêle de l'histoire

Couverture du livre Quand l'Etat se mêle de l'histoire

Auteur : René Rémond

Date de saisie : 22/05/2006

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : Les essais

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-234-05919-1

GENCOD : 9782234059191


  • La présentation de l'éditeur

René Rémond, président de la Fondation nationale des sciences politiques, membre de l'Académie française, a publié récemment Les Droites aujourd'hui et L'Invention de la laïcité.

Entre toutes les nations occidentales, la France se singularise par le nombre de ses lois «mémorielles». Depuis la loi Gayssot, votée en 1990 pour punir le négationnisme, le Parlement a édicté tour à tour des lois relatives au génocide arménien, aux traites négrières transatlantiques, puis à la colonisation. Singulier dispositif législatif, sans précédent, qui transforme des jugements historiographiques en délits ! Dans un but certes louable, les parlementaires ont ouvert ce qui se révèle être une terrible boîte de Pandore. Verra-t-on bientôt les chercheurs choisir leur sujet en fonction de son innocuité ?

Comment en est-on venu là ? De quelles complexes transformations de la mémoire nationale est-ce le résultat ? Les démocraties compassionnelles que sont devenues nos sociétés veulent-elles réellement un avenir où la vérité serait proférée par l'État ? La communauté des historiens s'est légitimement émue de cette situation. Aussi René Rémond a-t-il pris la tête d'une association réclamant l'abrogation de toutes les lois mémorielles. Toutes ? Il s'en explique ici, en menant une réflexion ouverte sur le métier d'historien, sur la politique identitaire à l'oeuvre dans notre pays, sur les rapports de la mémoire et de l'histoire, sur la communauté nationale.





  • Les premières lignes

Comment en est-on venu là ?

François Azouvi - Le 13 décembre 2005, vous avez cosigné avec plusieurs de vos collègues historiens une pétition demandant l'abrogation de toutes les lois relatives à l'histoire - on a pris l'habitude de les nommer «lois mémorielles» -, c'est-à-dire de la loi Gayssot du 13 juillet 1990 concernant la Shoah, de la loi du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915, de la loi dite Taubira sur la traite négrière, et enfin de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 reconnaissant un «rôle positif» à la présence française outre-mer.

Cette pétition résulte directement de l'indignation suscitée par la mise en accusation de l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, auteur d'un livre trois fois primé sur les traites négrières', auquel il a été reproché de contester l'appellation de génocide appliquée à l'esclavage.

Ce n'est pas la première fois qu'émerge ainsi le problème lié à la constitution en délit d'une opinion relative à un point d'histoire, exception faite du cas, simple sur le plan de la déontologie, du «négationnisme» (j'entends par là, selon l'usage, la négation des chambres à gaz et de l'extermination systématique des Juifs) : je fais allusion ici à la condamnation en 1995 par le tribunal de grande instance de Paris de l'historien américain Bernard Lewis, islamologue, pour avoir refusé de qualifier de génocide le massacre des Arméniens par les Turcs en 1915. Mais cette fois, sans doute, l'accusation a davantage choqué en raison du caractère historiquement incontestable de la thèse incriminée. S'il y a débat sur le caractère génocidaire du massacre des Arméniens, il n'y a pas débat, chez les historiens, sur les faits et les conclusions incriminées dans le cas de l'affaire Pétré-Grenouilleau. Aussi la communauté des historiens s'est-elle légitimement émue, au point, donc, que certains d'entre eux et non des moindres ont décidé de porter le problème au grand jour. J'ajoute d'ailleurs que le collectif des Antillais-Guyanais-Réunionnais qui avait attaqué Pétré-Grenouilleau a décidé, le 3 février 2006, de retirer sa plainte, en partie à cause de l'émoi suscité par la pétition des historiens.

Il n'est pas douteux que la promulgation des lois mémorielles, qui constitue dans la seconde moitié du XXe siècle une nouveauté absolue, s'inscrit dans un contexte historique déterminé, qu'il vaut la peine de rappeler. Ce sont les crimes nazis qui ont, dès Nuremberg, conduit à l'adoption de la notion de crime contre l'humanité; et c'est le génocide des Juifs, beaucoup plus tardivement amené au-devant de la conscience des peuples occidentaux, qui a produit le bouleversement à la fois mémoriel et juridique dont la loi Gayssot a été la conséquence.

René Rémond - En France, ce sont les procès Barbie, Touvier et Papon qui ont ramené sur le devant de la scène un passé redevenu soudain très présent. La chronologie ici n'est pas indifférente. L'affaire Papon a débuté en 1981 avec la publication par Le Canard enchaîné de documents sur les rafles, signés du préfet de la Gironde dont Papon était le secrétaire général.


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