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Le feu d'Héraclite : scène d'une vie devant la nature

Couverture du livre Le feu d'Héraclite : scène d'une vie devant la nature

Auteur : Erwin Chargaff

Traducteur : Chantal Philippe

Date de saisie : 02/11/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : V. Hamy, Paris, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-87858-185-0

GENCOD : 9782878581850


  • La présentation de l'éditeur

" Ma vie a été marquée par deux découvertes scientifiques inquiétantes : la fission de l'atome et l'élucidation de la chimie de l'hérédité. Dans un cas comme dans l'autre, c'est un noyau qui est maltraité : celui de l'atome et celui de la cellule. Dans un cas comme dans l'autre, j'ai le sentiment que la science a franchi une limite devant laquelle elle aurait dû reculer. " Chargaff croit en la nature, mais doute radicalement de la science d'aujourd'hui. Elle est devenue trop puissante, trop soumise aux exigences de la technologie et de la finance, trop complexe et impénétrable. Scientifique, il sait de quoi il parle. Et il ne parle pas seulement avec l'autorité d'un spécialiste, mais aussi avec une âpreté critique et un amour de la polémique qui rappellent Karl Kraus, une des figures qui ont guidé sa vie.

Erwin Chargaff est né le 11 août 1905 à Czernowitz. Entre 1920 et 1928 il poursuit des études de chimie et de littérature à Vienne. Après l'incendie du Reichstag (" Hitler a fait de moi un Juif "), il accepte un poste à Paris, puis il rejoint les USA, où, de 1935 à 1974, il sera chercheur à l'université de Columbia. En 1945, il découvre la structure de l'ADN, et énonce les règles dites " de Chargaff ", lois capitales sans lesquelles la substance héréditaire de l'homme n'aurait pas pu être déchiffrée. Il meurt à New York, en 2002, à l'âge de 97 ans.





  • La revue de presse Philippe Sollers - Le Nouvel Observateur du 18 mai 2006

Voici un livre prodigieux où l'homme qui découvrit en 1945 la structure de l'ADN s'emporte contre les dangers mortels qu'une science devenue folle fait courir à l'humanité.

On est d'abord attiré par le titre, «le Feu d'Héraclite. Scènes d'une vie devant la nature» ; on ne sait rien de l'auteur Erwin Chargaff (1905-2002) ; on apprend qu'il s'agit d'un biologiste important, dont les travaux sur l'ADN ont été décisifs pour la découverte de la fameuse «double hélice» de Crick et Watson, on se demande pourquoi il a écrit ses Mémoires en allemand, alors qu'il a vécu et travaillé aux Etats-Unis, on ouvre le livre, on feuillette, on s'attend à un volume scientifique plutôt barbant et, là, le choc : vivacité, style, humour, étonnante culture littéraire, profondeur critique, dénonciation d'une science devenue folle, annonce détachée d'un futur très noir. «Ma vie a été marquée par deux découvertes scientifiques inquiétantes : la fission de l'atome et l'élucidation de la chimie de l'hérédité. Dans un cas comme dans l'autre, c'est un noyau qui a été maltraité ; celui de l'atome et celui de la cellule. Dans un cas comme dans l'autre, j'ai le sentiment que la science a franchi une limite devant laquelle elle aurait dû reculer.»... La doctrine du diable ? Elle s'énonce simplement : «Ce qu'il est possible de faire doit être fait.» Réactionnaire ou obscurantiste, Chargaff ? Mais non, tout au contraire. Il constate simplement un dévoiement, une usurpation, une accélération liée à des financements de plus en plus pressants et automatiques. Les sciences de la nature, dit-il, n'ont plus rien à voir avec la nature. En somme c'est «la vue d'ensemble» qui a disparu pour faire place à une volonté de puissance aveugle, de plus en plus spécialisée, découpée, morcelée, comme le prouve ces temps-ci l'évolution fulgurante des nanotechnologies avec leur but d'«humains augmentés». Chargaff prévient : «La technologie de la biopoièse - création de la vie - fera des siècles futurs un cauchemar dont personne n'a idée.» Il note avec précision (et c'est là que son livre prend sa véritable ampleur) la destruction du langage qui s'ensuit : «Les étudiants n'étudient plus la nature, ils vérifient des modèles.» Cette destruction annonce une «bestialisation» croissante, sombre époque pour l'art, la musique et la poésie. «Si des oratorios pouvaient tuer, le Pentagone aurait depuis longtemps soutenu la recherche musicale.» Les sciences (et surtout la biologie) s'engagent ainsi dans «une orgie d'excès et de vaines promesses». Des comités d'éthique, paraît-il, ont pour fonction de veiller sur les excès. Mais le mot «éthique» associé à celui de «comité» peut faire craindre le pire. Votre éthique n'est pas celle du comité ? Circulez... Chargaff se décrit lui-même comme un marginal, un inadapté social, quelqu'un qui tombe sous le coup d'une accusation terrible aux Etats-Unis : «controversial» (car, dit-il, c'est un pays où il faut chanter en choeur). Le terme français, abondamment employé contre tout esprit qui dérange, est, on le sait, «provocateur». Cependant, il n'en démord pas : «Il y a quelque chose qui ne va pas lorsque des gens de plus en plus insignifiants font des découvertes de plus en plus importantes.» Le public, ignorant et méfiant, suit de loin le spectacle d'ordinateurs qui parlent entre eux en ne laissant plus passer que «la littérature la plus molle». On est étonné de voir Chargaff parler de l'intensité de Shakespeare, Rimbaud, Bach, Haydn, Mozart, tout en écrivant que l'homme a été, semblet-il, transformé en matière synthétique biodégradable... Conclusion implacable de ce grand livre : «Ma génération est la première à avoir livré à la nature une guerre coloniale exterminatrice sous la bannière des sciences. L'avenir nous maudira pour cela.»


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