Auteur : Yaëlle König
Date de saisie : 18/05/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Archipel, Paris, France
Prix : 17.95 € / 117.74 F
ISBN : 978-2-84187-776-8
GENCOD : 9782841877768
Jeune fille ambitieuse, Sarah refuse de se plier à la coutume selon laquelle, en ces années 1900, une femme n'est censée sortir de sa maison que trois fois dans sa vie : à sa naissance, à son mariage et à sa mort ! A Béja, petite ville de Tunisie, un seul homme, le rabbin Simon Baruch, peut l'aider à concrétiser ses rêves, d'une audace alors à peine concevable.
Érudit, intransigeant, Simon est apprécié pour sa sagesse par les communautés juive, musulmane et chrétienne qui cohabitent paisiblement. Or, ce gardien des traditions, pourtant tourné vers la modernité, semble doté d'étranges pouvoirs. Qu'arriverait-il si l'amour que Sarah nourrit en secret pour lui était connu de tous ?
Odeurs, saveurs, ruelles encombrées, patios bruissants de confidences... : toute une époque revit sous la plume de Yaël König. Cette histoire, inspirée de faits réels (l'auteur a rencontré la famille et les derniers amis du rabbin), est aussi celle d'un bout de France en Afrique du Nord qui croyait encore à l'insouciance.
Prix de poésie à seize ans, diplômée de lettres, Yaël König a été professeur de Lettres, proviseur de lycée, thérapeute, journaliste, éditeur. Elle vit aujourd'hui à Paris. Paru en 2005, son roman Dieu n'a qu'un oeil a été salué par la critique.
«Quel joli roman nous offre là Yaël König ! Un roman de saveurs, de senteurs et de miracles, comme la Tunisie, ce pays de légende. Sarah la jeune amoureuse, Simon le faiseur de miracles semblent sortis d'un conte hassidique et oriental à la fois. Yaél Kdnig est une conteuse comme on les aime, vibrante et passionnée, qui sait transmettre l'amour qu'elle porte à ses héros.»
Nine Moati
Sarah Zirat ressemble à une chatte qui regroupe ses petits autour d'elle en cas de danger, et les transporte là où le lait n'est pas encore tari, loin de tout risque.
Fille unique, elle vit avec ses parents, Myriam et Simah. Elle est belle, le regard clair et intelligent; un port de reine pour la reine de nos coeurs.
Sarah est ma mère.
Elle ne le sait pas encore. Je suis un voeu pieux, un bébé dans les limbes, qu'elle espère infiniment.
Pour l'heure, Sarah traverse d'un pas tranquille le cimetière arabe, éblouissant sous le soleil de Béja. Les dalles blanches, posées à même le sol, rapprochent les pleureuses de leurs morts. Assises en tailleur sur l'herbe chaude, ces professionnelles des larmes, vêtues d'un voile blanc, une coiffe pointue cachant leurs cheveux, se lamentent sur des rythmes immuables, hurlant un peu trop fort la douleur d'une famille, laquelle se repose à l'heure de la sieste, l'esprit en paix puisque ses morts sont honorés, moyennant rétribution.
Béja est une promesse immobile, attentive comme un conteur qui savoure ses mots avant de les offrir.
À une centaine de kilomètres de Tunis, la ville s'ouvre sur les riches plaines de blé lovées dans la vallée de la Medjerda, au pied des monts de Kroumirie.
Comme chaque dimanche, Sarah se rend à l'école franco-arabe pour pratiquer ce que de grands pédagogues à l'esprit novateur appelleront plus tard le soutien scolaire. Le directeur de l'école, M. Larabi, musulman sincère et ouvert, n'a pas hésité à accueillir dans ses murs cette jeune fille juive qui semble faire vocation de sa joie de vivre.
Sarah a des rêves à chaque coin de regard. Elle vit dans l'intimité du Dieu de ses pères, qu'elle invoque régulièrement. Chaque fois que s'en présente l'occasion, dans la foule joyeuse d'un mariage ou les fréquentes réunions d'une innombrable famille, Sarah écoute volontiers les récits des anciens. Elle apprend ainsi qu'au long des siècles ses ancêtres ont aimé la Tunisie, cette terre bénie.
La jeune fille s'imagine, vivant à l'époque lointaine de la Kahena, sauvage princesse juive du vite siècle, protégée par les siens. Au fil des récits des anciens, qui coulent de leur bouche comme l'eau cristalline d'une source vive, elle entend les cris joyeux des enfants, musique intemporelle et rassurante. Les hommes vaquent aux travaux des champs pendant que les femmes pétrissent la pâte.
Images d'Épinal dans les Aurès d'antan.
La terre fournissait la pitance, la mer suscitait les frissons de l'aventure. L'homme était déjà un loup pour l'homme.
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