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Le voyage de Jean-Baptiste : des Vosges à Vienne (mars-novembre 1980)

Couverture du livre Le voyage de Jean-Baptiste : des Vosges à Vienne (mars-novembre 1980)

Auteur : Hervé Rougier

Date de saisie : 07/07/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. du Rouergue, Rodez, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-84156-741-6

GENCOD : 9782841567416


  • La présentation de l'éditeur

En 1890, dans les environs de Saint-Dié, alors qu'il vient d'avoir soixante ans, Jean-Baptiste, après une vie de labeur passée à retourner la terre, décide de réaliser un rêve : aller voir de l'autre côté des montagnes en marchant vers le soleil levant. Un matin de mars, il chausse donc ses sabots, met sa hotte sur son dos et entame un périple de neuf mois qui le mènera jusqu'à Vienne. Il dormira à la belle étoile, dans le foin des granges, dans une barque amarrée au rivage d'un lac... En chemin, la nouveauté des paysages et le bonheur des rencontres ne cesseront de l'émerveiller. En Alsace, des villageois offrent l'hospitalité et partagent leur pitance avec cet étrange chemineau ; à Strasbourg il se lie d'amitié avec les Compagnons du Devoir qui restaurent la cathédrale ; à Innsbruck il est accueilli par des professeurs de la ville ; à Salzbourg il fait la connaissance d'un bourreau au coeur tendre qui désespère de marier sa fille ; sur les bords du Danube, il sympathise avec un Rom qui lui donne un violon. Lui, le ménétrier de son petit village, retrouve alors l'instrument qui depuis son départ manquait à sa joie. Enfin c'est Vienne, la ville cosmopolite, couronnement de son fabuleux voyage. Il y rencontre un alchimiste et rien moins que le couple impérial, étonné de son aventure et charmé par sa musique.

Dans de très belles pages inspirées des carnets de route rédigés par Jean-Baptiste et parvenus jusqu'à lui, Hervé Rougier retrace le voyage d'un homme qui sut défier les conventions de son temps pour réaliser son rêve et faire naître sous ses pas une aventure humaine d'une extraordinaire richesse. Jean-Baptiste était un homme de paix. Voyager à travers l'Europe signifiait pour lui alliance et amitié avec tous les peuples.

Né dans les Vosges, Hervé Rougier a été élève au collège de Saint-Dié. Dès l'enfance, il a aimé ces montagnes, qu'il n'a cessé de parcourir : Après avoir enseigné la langue française en Allemagne, en Autriche et en Espagne, il demeure aujourd'hui à Albi, où il a écrit de très nombreux ouvrages.



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  • Les premières lignes

Jean-Baptiste, Paysan des Vosges.

Les Vosges offrent généreusement au regard des montagnes moyennes, boisées jusqu'au faîte, entrecoupées de vallées verdoyantes. Paysage idyllique que l'hiver revêt de neige somptueuse. Tel il apparaît du côté de Saint-Dié et dans toutes les Vosges gréseuses. Proche est le granit, lorsque les sommets affirment plus d'altitude, plus d'abrupt, en s'élevant à la rencontre du Hohneck, au-delà duquel le massif prend de l'épaisseur, alpestre, rocheux, creusé de cirques glaciaires où l'on a retenu des lacs au moyen de digues. Point culminant, le ballon de Guebwiller ou Grand Ballon dresse son à-pic au-dessus de la plaine d'Alsace que favorisent la vigne et le soleil.

De nos jours, c'est dans les hautes Vosges que vous rencontrez le plus de touristes. Ils cheminent à la queue leu leu sur le sentier des Crêtes, sentier que j'ai connu peu fréquenté au lendemain de 1945. Des environs de Saint-Dié où je demeurais, à vélo, il fallait plus de trois heures pour atteindre le Hohneck. C'était presque une expédition lointaine qui ressemblait à une aventure dont vous tiriez joie et fierté. Le plus audacieux était de pédaler jusqu'au Grand Ballon, de faire l'aller et retour en une seule journée. Là-haut, le climat est rude de la mi-septembre au début de juillet. Sagement, j'attendais la fonte des dernières plaques de neige. Alors la floraison se hâtait d'enluminer les pâturages. Il me fallait partir à son rendez-vous estival. L'hiver était définitivement clos.

Les Vosges gréseuses me sont plus familières que les granitiques. Elles s'enlacent de sentiers et de chemins en sous-bois. J'y avais accès rapidement puisque je demeurais au coeur de ce grès qui est pierre de soleil. On l'emploie pour encadrer portes et fenêtres en signe de bienvenue envers qui vous rend visite. Cette pierre, le grès, joli mot, est la pierre des églises romanes d'Alsace et de la cathédrale de Strasbourg.

Jean-Baptiste (peu importe son nom de famille) est né en 1830 chez des paysans. Ils possédaient un humble toit au pied de l'Ormont, à proximité de Saint-Dié. Figurez-vous ce massif couché comme une bête fantastique, hirsute, genre sanglier, dominant de sa taille les terrasses cultivées qui, au midi, s'étagent jusqu'à la haute lisière des forêts. Ces hameaux se sont bâtis dans des creux abrités. L'eau de source y abonde, désaltérant le bétail et les hommes. Nuit et jour, elle chante, remplit deux bassins en grès que les schlitteurs ont descendus de la montagne. Chaque ferme a sa fontaine, à l'extérieur ou sous une remise. Vous avez votre eau. Vous ne devez rien à personne. La ferme de Jean-Baptiste était isolée, adossée à la pente d'un pré dit «le pré de la Sauce» d'où l'on avait vue sur le Kemberg qui fait face à l'Ormont. Comme elle a brûlé en 1909, personne n'a pu me dire quand elle fut construite. Jean-Baptiste allait avoir quatre-vingts ans. Il a pu détacher les trois ou quatre vaches qui étaient à l'étable.

Lorsque l'incendie eut consumé toute la maison, il retira des ruines un coffret de métal dans lequel il gardait d'anciennes gravures et son carnet de voyage dont j'ai hérité.


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