Auteur : Tomasz Kot
Traducteur : Roland Meynet
Date de saisie : 12/05/2006
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Lethielleux, Paris, France
Collection : Rhétorique sémitique
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-283-61246-0
GENCOD : 9782283612460
LUTHER n'avait pas la plus grande estime pour la Lettre de Jacques : pour lui, l'auteur y «empile sans ordre une chose sur l'autre». II est vrai qu'à l'aune de notre rhétorique occidentale gréco-romaine, cet écrit apparaît comme une compilation désordonnée de propos hétérogènes. Analysé avec les outils de la rhétorique biblique, il se révèle, au contraire, fort bien construit : les unités qui le composent sont organisées de manière tout à fait logique, même si cette logique n'est pas celle que le lecteur occidental contemporain attendrait spontanément. Seul un regard qui embrasse les différents éléments de cet ensemble fortement structuré permet de saisir ce que cette épître entend communiquer à ses destinataires.
Les «diverses tentations» mentionnées dès les premiers mots signalent la visée essentielle de la Lettre : Jacques veut aider ses destinataires à démasquer les illusions délétères qui se présentent dans leur recherche de la plénitude de la vie. C'est en réalité la foi elle-même qui se trouve exposée aux dangers mortels de ce qui se réduit, en définitive, à une unique tentation : l'idolâtrie.
L'étude de la composition du texte conduit à une conclusion de la plus haute importance : le sujet central de la Lettre de Jacques n'est autre que la foi. Ainsi sont déboutées les interprétations qui soutiennent, depuis la Réforme, que la théologie de Jacques n'est pas conciliable avec celle de Paul. La méprise sur le rapport entre la foi et les oeuvres est due, essentiellement, à une lecture fragmentaire de la Lettre.
Tomasz Kot, né à Lublin (Pologne) en 1966, est entré dans la Compagnie de Jésus en 1985. Après des études de philosophie à Cracovie, de théologie au Centre Sèvres à Paris, il obtient le doctorat en théologie biblique à l'université grégorienne de Rome. Il enseigne à la faculté de théologie Bobolanum à Varsovie et il est professeur invité à la faculté de théologie de la Grégorienne à Rome.
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Extrait de la préface de Jos E. Vercruysse s.j., Professeur émérite de théologie oecuménique Université Pontificale Grégorienne :
Grâce à Martin Luther, un commentaire de la Lettre de Jacques peut compter encore aujourd'hui sur un certain intérêt oecuménique. C'est en effet au début de la controverse protestante que la Lettre a acquis une plus grande notoriété. On a surtout retenu que, dans une page où il exposait son appréciation des différents livres du Nouveau Testament, Luther l'avait qualifiée d'«épître de paille sans caractère évangélique». Cependant, dans sa traduction de la Bible, il laisse la Lettre à sa place et, dans son introduction, il exprime un jugement beaucoup plus positif de l'écrit et de son auteur inconnu : «Je loue la Lettre et la considère bonne, parce qu'elle n'expose pas des doctrines humaines et inculque sévèrement la loi.» Il est d'avis qu'elle n'a pas été écrite par un apôtre ! Cependant il considère que l'auteur est un homme bon et pieux qui a rassemblé et noté des pensées des disciples de Jésus. Cette introduction est fort intéressante parce que le réformateur y développe les deux raisons pour lesquelles il déprécie la Lettre de Jacques. Bien que ces critiques ne rendent pas justice à l'épître, elles expriment pleinement les préoccupations théologiques du censeur et elles sont devenues un filtre pour interpréter le texte ; elles se sont même transformées en une arme pour combattre Luther.
Tout d'abord, Luther reproche à la Lettre d'être en contradiction avec l'enseignement de saint Paul et avec le reste de la Sainte Écriture, quand elle prétend que l'homme se justifie par les oeuvres et non par la foi seule. «Vous voyez que l'homme est justifié par les oeuvres et pas seulement par la foi» (Jc 2,24). En second lieu, la Lettre ne parle ni de la passion, ni de la résurrection, ni du don de l'Esprit de Jésus. Bien que mentionnant quelquefois le nom du Christ, elle enseigne en fait une foi générale en Dieu et vide ainsi le fondement de la foi chrétienne de sa substance. «Tous les livres saints orthodoxes s'accordent en ceci que tous prêchent le Christ et en traitent. Ceci est la vraie pierre de touche pour juger ces livres, voir s'ils traitent du Christ ou non. [...] Ce qui n'enseigne pas le Christ n'est pas apostolique, même si saint Pierre ou saint Paul l'enseignent. De nouveau, celui qui prêche le Christ serait apostolique, même si Judas, Anne ou Pilate le faisaient.» Jacques au contraire pousse vers la Loi et ses oeuvres.
La conclusion de Luther est cependant conciliante. Il ne peut pas compter la Lettre parmi les écrits principaux de la Bible mais il ne veut pas interdire qu'on l'imprime, «car, dit-il, il s'y trouve beaucoup de bonnes idées». Le jugement de Luther sur la Lettre est surtout significatif comme résumé des principaux articles de sa théologie, à savoir la justification par la foi seule et le christocentrisme comme critère absolu de toute interprétation de l'Écriture, toutes choses qui, à son avis, manquent chez Jacques.
L'exégèse de la Lettre devra examiner encore aujourd'hui dans quelle mesure elle correspond à ces exigences. C'est bien davantage la question des critères théologiques de Luther que l'exégèse de la Lettre qui se trouve au centre de la controverse.
J'ai déjà indiqué que le jugement de Luther sur l'épître de Jacques doit être replacé dans l'inventaire traditionnel du contentieux entre catholiques et protestants. Les controverses ultérieures lui ont même donné une place plus grande que celle qu'elle avait aux yeux du père de la Réforme. Il trouvait la Lettre lacunaire au sujet des articles de foi qu'il considérait capitaux mais non pas au point de l'exclure du canon. Malgré tout l'épître restait un écrit pieux et utile. Il me semble que cette controverse est aujourd'hui largement dépassée.
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