Auteur : Joseph Boyden
Traducteur : Hugues Leroy
Date de saisie : 11/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-226-17320-1
GENCOD : 9782226173201
Sorti le : 03/05/2006
«Un livre sur la guerre, l'amour de la terre, la famille, qui vous hante littéralement.» Isabel Allende
1919. Nord de l'Ontario. Niska, une vieille Indienne Cree, attend sur un quai de gare le retour d'un soldat qui a survécu à la guerre. Pourtant, l'homme qui descend du train n'est pas Elijah, mais son neveu Xavier qu'elle croyait disparu, ou plutôt son ombre malade et méconnaissable. Trois jours durant, à bord du canoë qui les ramène chez eux, Xavier, entre la vie et la mort, replonge dans les eaux sombres de son passé.
En 1914, Xavier et Elijah, son meilleur ami, s'étaient engagés dans l'armée canadienne, certains l'un et l'autre de vivre l'aventure de leur vie. Mais sur les champs de bataille français, l'enfer les attendait...
À travers le destin brisé de ces deux personnages, Joseph Boyden évoque, dans ce remarquable premier roman, l'horreur de la guerre avec une force rare. Déchirant, passionnant, Le chemin des âmes est aussi une réflexion sur notre propre humanité et ce qui la menace.
«Un roman brillant et sombre à la fois. Il vous fera peut-être souffrir, mais ça en vaut véritablement la peine. Irrésistible.» Jim Harrison
«Authentique et déchirant, un récit magistral de l'enfer comme de la façon d'en guérir. Un livre grave, imposant et passionné.» Louise Erdrich
Canadien aux racines indiennes, écossaises et irlandaises, Joseph Boyden est rapidement devenu l'un des jeunes écrivains les plus importants de son pays. Son premier roman, Le Chemin des âmes a créé l'événement et les éditeurs du monde entier se sont battus pour en acquérir les droits. Il partage son temps entre le nord de l'Ontario et la Nouvelle-Orléans, où il enseigne la littérature à l'université.
Le Chemin des âmes a connu un grand succès au Canada, et il est en cours de traduction dans une quinzaine de langues.
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Deux Indiens, enrôlés dans les forces canadiennes, vivent l'enfer des tranchées du nord de la France. Un coup de maître de Joseph Boyden.
Son biceps droit est cerclé d'un large tatouage représentant un orignal, un aigle et un bison; le gauche, d'un chien irlandais. Sur son tee-shirt, une photo sépia de Geronimo surmonte le slogan : «En lutte contre le terrorisme depuis 1492». Joseph Boyden, d'origine indienne, irlandaise et écossaise, possède la carte de statut aborigène n° 100087327, dont le principal intérêt est de pouvoir, sans restriction, pêcher - l'esturgeon, le brochet ou le merlan - et chasser - l'oie ou l'orignal - sur le territoire de la réserve de Wasauksing (L'endroit où les arbres scintillent), dans le nord de l'Ontario, au bord de la baie James.
Il imite à la perfection le cri de l'orignal femelle, ce qui lui permet - celle-ci étant en chaleur l'espace de dix minutes seulement, plusieurs fois dans l'année - de faire rappliquer les mâles dare-dare. Il n'aime rien tant que partir en forêt dans de longues traques d'une semaine sur la piste de l'orignal ; il en a tué dix. En voyage, il emporte toujours avec lui une plume de faucon, son animal totem. Le reste du temps, Joseph Boyden écrit et enseigne le creative writing à La Nouvelle-Orléans. Son premier roman, Le Chemin des âmes, salué par Jim Harrison, est en cours de traduction dans une quinzaine de pays et sera, historiquement, le premier à être disponible dans la langue des Crees, une nation qui compte encore 200 000 membres...
Le Retour.
Bien des jours, je suis restée cachée dans les bois, aux abords de la ville. Je n'en sors qu'au signal, pour me mettre en quête de celui que j'attends. Elle est laide, cette ville ; bien plus grande, encore, que celle qu'on appelle Moose Factory. C'est une ville où je n'étais jamais allée ; un endroit où je ne retournerai jamais. Bien trop de wemistikoshiw à mon goût, qui se promènent dans les rues poudreuses avec leurs drôles de vêtements, habillés pour le froid tandis que, sur nos têtes, éclate un soleil d'été bouillant.
Le jour, je me cache avec soin ; mais quand le cri de la chose retentit, il faut bien que je me montre. Que je marche à leurs côtés. Eux me dévisagent; me montrent du doigt; parlent de moi comme s'ils n'avaient jamais croisé l'un de mes semblables. Que voient-ils en moi ? Une vieille, toute maigre, un peu folle ; une bête indienne, tout droit sortie de sa forêt. Mes provisions s'épuisent. Bientôt, je n'aurai plus que de quoi nous ramener. J'ai commencé à tendre des collets autour de mon campement ; mais les lapins, dirait-on, craignent ces lieux tout autant que moi.
L'endroit où s'arrête la chose est une simple estrade de bois, avec un petit abri pour les jours de mauvais temps. La route qui mène là-bas est couverte de poussière. Des automobiles, comme celle que conduit le Vieux Ferguson à Moose Factory, s'y précipitent un jour sur deux, toutes en même temps. Je les ai vus verser sur la route un produit qui ressemble au pétrole des lampes; cela n'empêche pas la poussière de monter. Elle tapisse l'intérieur de mon nez, me pique les yeux. Au moins ce nuage me cache-t-il un peu, si bien qu'ils sont moins nombreux à me voir.
Là où je me rends, c'est tellement noir de suie qu'il faut que je me baigne, chaque fois que je reviens sans l'avoir trouvé. La nuit, je ne dors plus. Je me tourmente. Je crains que les mots n'aient menti ; qu'il ne vienne jamais; que je meure ici à l'attendre.
Aujourd'hui encore, j'entends le signal ; aujourd'hui encore, je les laisse arriver les premiers avant de les rejoindre.
La chose, les vieux l'appellent le traîneau de fer. Mais quand je la vois arriver, avec son sifflet qui crie, sa cheminée qui crache une fumée noire contre le ciel d'été, je n'y trouve rien qui ressemble à un traîneau. Plus effrayant que cette foule autour de moi, il y a ce grand oeil qui brille au soleil ; ce groin de fer, affairé à flairer la piste.
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