Auteur : Michel Lefeuvre
Date de saisie : 28/08/2006
Genre : Sciences et Technologies
Editeur : Salvator, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7067-0428-4
GENCOD : 9782706704284
Notre époque est en plein bouillonnement d'idées. Les esprits s'invectivent. Certains craignent un retour du religieux dans les sciences avec la notion de l'intelligent Design telle qu'elle se développe aux États-Unis. Ils prônent un retour à «l'esprit des Lumières» comme il s'est manifesté au XVllle siècle en Europe, rejetant toute autorité autre que celle de la raison. D'autres défendent une science sans a priori. C'est dans ce contexte de pensée que se situe cet ouvrage «Scientifiquement incorrect».
Pour l'auteur de ce livre, la science dont l'objet est l'étude des causes naturelles doit être scrupuleusement respectée ; l'un de ses titres de noblesse est de ne s'enfermer dans aucun dogmatisme ; elle doit accepter tout nouveau chemin de connaissance, dût-il remettre en cause celui sur lequel elle se fondait antérieurement, s'il est préférable. Le rôle du philosophe ne se limite pas à un rôle de surveillance ; en tant qu'épistémologue il est aussi un théoricien de la connaissance et c'est là que Michel Lefeuvre démontre que la biologie et les neurosciences actuelles arrivent à des conclusions matérialistes faussées qui n'ont rien de scientifique mais qui sont des a priori métaphysiques parce qu'elles sont fondées sur un certain type de philosophie, l'empirisme de Hume et de ses épigones, bien dépassé aujourd'hui par des travaux sur le fondement de la connaissance. Mais si la science doit bien se limiter à son domaine propre, elle n'est pas, surtout dans l'état avancé actuel de ses connaissances, sans poser d'énormes questions à la philosophie.
Et si le matérialisme était tout simplement une déviance épistémologique ?
Michel Lefeuvre est né en 1925. Docteur d'Etat en philosophie, il a soutenu sa thèse : Merleau-Ponty au-delà de la phénoménologie (ed. Klincksieck) sous la direction du professeur et philosophe Paul Ricoeur. Il a été enseignant à l'Université Catholique d'Angers, puis professeur universitaire de Philosophie des Sciences. Il a écrit plusieurs ouvrages en philosophie des sciences remarqués par la communauté scientifique, dont Nature et Cerveau (éd. Klincksieck), Les échelons de l 'être et Une critique de la raison matérialiste, ouvrage écrit en commun avec Michel Troublé, spécialiste en intelligence artificielle.
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Extrait de l'introduction :
La science jouit d'un prestige inégalable dans l'esprit et les mentalités de nos contemporains malgré les effrois qu'elle suscite par ses retombées possibles - guerres atomiques, chimiques, bactériologiques - ou tout simplement par les effets pervers, insidieux, du progrès matériel qu'elle engendre. C'est là le côté lisse, brillant, qui paraît avec éclat aux yeux du public dont le professeur François Jacob parlait récemment dans sa communication à l'Académie des Sciences du 26 octobre 2005. Mais, ajoutait le même auteur, il y a aussi un côté obscur, souterrain, bouillonnant, parfois peu conforme à la pensée officielle, souvent même mal vu d'elle, qui prépare pourtant de nouveaux paradigmes, de nouveaux modèles d'approche des phénomènes et des processus que l'on peut observer dans la nature. En choisissant pour sous- titre de cet ouvrage : Les dérives idéologiques de la science, c'est évidemment plutôt de ce dernier côté que je vais porter mon attention sans en sous-estimer le premier aspect.
À l'autorité des Anciens, à laquelle se référaient les âges précédents, y compris encore la Renaissance, Galilée et Descartes substituent le règne de la raison. La physique et la cosmologie d'Aristote sont les premières à être touchées par ce nouvel esprit, mais bientôt ce sont les sciences historiques qui arrivent dans cette même foulée. En 1670 paraît Le Traité théologico-politique de Spinoza qui relève toutes ses incohérences : le merveilleux biblique, les récits miraculeux de la sortie d'Égypte, du passage de la mer Rouge, de la manne dans le désert et tant d'autres faits inhabituels sont passés au crible impitoyable de la raison. Le religieux n'est plus un domaine réservé ; il deviendra même une cible pour certains philosophes des Lumières.
Le divorce entre la croyance religieuse et la science s'accentuera encore au cours du XIXe siècle lorsque le moule idéologique dans lequel celle-ci s'affirmera deviendra le positivisme, dont Auguste Comte est le fondateur; cette doctrine distingue pour l'humanité trois âges : les âges théologique, métaphysique, puis positif. Dans ce dernier état, l'esprit humain est censé accéder à sa pleine maturité. Durant la première période, l'homme attribue à la volonté des dieux les phénomènes qu'il observe dans la nature ; ainsi dans la mythologie grecque la foudre est-elle un attribut de la puissance du roi des dieux qu'est Zeus ; à l'âge suivant, celui de la métaphysique, les dieux commencent à se retirer de la scène de l'univers ; ils sont remplacés par des entités abstraites : les corps tombent parce qu'ils sont attirés par leur lieu naturel : le bas ; les corps légers, comme la fumée, montent parce que leur lieu naturel est le haut. A ces notions vides de sens, l'âge positif substitue le règne des lois. Ainsi en va-t-il, par exemple, de l'attraction universelle de Newton : les corps s'attirent en raison de leur masse et en raison inverse du carré de leur distance ; une loi s'exprime généralement en une formulation mathématique. Plus question d'entités abstraites comme celle de «lieu naturel» ou de dieux en colère : un éclair n'est qu'un flux d'électrons.
Le positivisme a pour devise de s'en tenir aux faits ceux-ci nous sont révélés par nos sens, qui nous renseignent ; le positivisme est donc ce que l'on appelle, en termes philosophiques, un «sensualisme».
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