Auteur : Nick Wilgus
Traducteur : Julie Sibony
Date de saisie : 11/05/2006
Genre : Policiers
Editeur : P. Picquier, Arles, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-87730-858-8
GENCOD : 9782877308588
La vie s'écoule paisiblement au temple bouddhiste de Wat Mahanat, au coeur de Bangkok. Jusqu'à ce matin où l'on y découvre, plongé dans une jarre de la salle aux ablutions, un corps affreusement mutilé. Ce n'est qu'un jeune drogué tout juste arraché à la rue, mais toute vie est précieuse et le père Ananda veut rendre justice à ce gamin au funeste karma. Entre deux tournées d'aumône, accompagné du fidèle Jak, un petit orphelin éclopé, il va lever le voile sur le labyrinthe des cellules du monastère, affronter les gangrènes sociales de la drogue et de la corruption, et découvrir que le mal souvent se trouve intimement lié au bien. Avec pour seules armes la patience et les exercices de méditation où il laisse son esprit flotter afin que la vérité lui apparaisse. Lorsque les pluies de la mousson éclateront enfin, Ananda retrouvera la paix, et le lecteur aura vécu une véritable plongée dans le quotidien d'un temple bouddhiste, ses rituels et ses enseignements, décidément bien difficiles à mettre en pratique, de détachement et de sagesse.
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Il n'y a pas de feu semblable au désir, pas de prise semblable à la haine, il n'y a pas de filet semblable à l'illusion, pas de flot semblable à la soif.
Dhammapada, paragraphe 251.
«Ananda, suivez-moi.»
Le Supérieur me prit par le bras et m'entraîna dans l'obscurité le long de l'allée en ciment.
«Qu'est-ce qu'il y a ?» demandai-je.
Je n'obtins qu'une moue étrange en guise de réponse.
Il était un peu plus de quatre heures du matin, et le monastère s'ébrouait tout juste après avoir été réveillé par le gong du temple. Les moines commençaient à ranger leur kuti - les cahutes qui leur servaient de chambre - ou à faire leurs ablutions matinales dans les sanitaires communs. Les chiens du temple hurlaient et aboyaient à gorge déployée, peut-être agacés d'avoir été tirés du sommeil, ou bien excités à l'idée du petit déjeuner, nul n'aurait su le dire. Comme de toute façon le petit déjeuner ne serait pas servi avant trois bonnes heures, c'était sans doute un mélange des deux.
Ayant remonté toute l'allée qui menait jusqu'au fond du parc, nous nous arrêtâmes devant une salle d'eau désaffectée, à quelques mètres à peine du mur séparant le terrain du monastère du monde bientôt bouillonnant de la ville de Bangkok, qui s'étendait juste au-delà.
Le Supérieur paraissait fébrile. Son corps tremblait et il avait un regard affolé. Pendant mes huit années passées à Wat Mahanat, je ne l'avais jamais vu dans un tel état.
Il flottait dans l'air une odeur âcre qui m'était familière : l'odeur de la mort. J'avais été policier, plusieurs années auparavant, avant d'endosser la tunique d'un moine bouddhiste, et je ne connaissais hélas que trop bien cette odeur.
«Qu'est-ce qui se passe ? demandai-je à nouveau, me doutant déjà de la réponse.
- Là-dedans !» s'exclama-t-il en désignant la salle d'eau.
Je jetai un oeil par la porte entrebâillée et j'aperçus deux plantes de pieds tournées dans une position peu naturelle. Le propriétaire de ces pieds était vraisemblablement mort, à en croire ne serait-ce que l'odeur...
J'eus un mouvement de recul, saisi de surprise et d'incrédulité.
«Alors ?» me demanda le Supérieur.
Je me grattai le crâne. Alors quoi ?
«Vous devez faire quelque chose !» s'écria-t-il. J'étais complètement décontenancé. «Que voulez-vous que je fasse ?
- C'est vous qui êtes un ancien policier, pas moi», me rétorqua-t-il dans un murmure de colère.
Je pris une grande inspiration, m'efforçant de garder mon sang-froid. Tout cela était tellement inattendu qu'il me fallut un moment pour recouvrer mes esprits. Puis, comme si j'étais toujours un policier qu'on venait d'appeler sur les lieux d'un crime, je me mis à regarder tout autour, à scruter les environs.
Le Supérieur me tendit sa torche électrique. «Allez voir», dit-il.
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