Auteur : Isaia Iannaccone
Date de saisie : 28/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Stock, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-234-05856-9
GENCOD : 9782234058569
Rome 1611, les plus grands esprits de l'époque se réunissent en secret. L'inquisition surveille Galilée et sa nouvelle invention, le télescope, ainsi qu'un des ses amis, un allemand, Johann Schreck dit Terrentius, médecin, chirurgien, botaniste, pharmacien, astronome et mathématicien. En doutant des «lois divines et immuables», ces savants s'opposent aux représentants de la religion qui règnent en dictateurs. Terrentius est pour eux l'homme à abattre, lui qui pratique des autopsies et qui est en train de révéler que la manière dont fonctionne le corps humain n'est pas conforme à ce que disent les Saintes Écritures...
Au cours de ses recherches, Terrentius découvre des papiers anciens qui parlent d'une contrée lointaine, gouvernée par les intellectuels et les savants : la Chine. Il forme le projet de s'y installer et d'y vivre selon ses croyances, en poursuivant ses études. Pendant ce long et dangereux voyage, l'Inquisition ne cessera de le poursuivre. À Pékin, Terrentius triomphe l'empereur lui propose officiellement de s'occuper de la reforme du calendrier de l'Empire. - L'ami de Galilée est une épopée passionnante qui évoque la guerre acharnée livrée par les hommes de l'Église aux hommes de science.
Isaia lannaccone est né à Naples. Chimiste et sinologue, il est spécialiste d'histoire de la science et de la technique en Chine. Il est actuellement professeur à Bruxelles et chercheur associé auprès de l'Observatoire Astronomique de Paris, en qualité de sinologue. Il est l'auteur de traités académiques : Mesurer le ciel: l'antique astronomie chinoise, 1991, Johann Schreck Terrentius : les sciences de la Renaissance et l'esprit de l'Académie des Lincei dans la Chine des Ming, 1998, Histoire et civilisation de la Chine. Cinq leçons, 1999, et aussi de deux guides sur la Chine publiés par le Touring Club Italien, (1994, 1996 et rééditions).
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Il tremblait comme une feuille que l'ouragan agite quand on vint le chercher dans sa cellule. Il s'abandonna aux bras des soldats, qui se signèrent avant de passer sur son froc le scapulaire frappé de la croix de Saint-André. Un dominicain les accompagnait. D'un mouvement lent et hiératique, il plongeait le goupillon dans un bénitier tenu par un enfant et, le regard brillant d'un éclat sinistre, les aspergeait en poussant un terrible cri : «Misericordia et Justitia !» À chaque exclamation, le garçonnet baissait les yeux, ses lèvres murmurant on ne savait quelles prières.
L'homme fut porté jusque dans la cour, où l'attendait une charrette tirée par deux mulets. Lorsqu'on l'allongea sur le plancher, il paraissait déjà mort, il avait cessé de trembler et, semblait-il, de respirer. Un coup de fouet fendit l'air, et les bêtes s'ébranlèrent. Le véhicule franchit la porte du palais de l'Inquisition, à Ripetta, et se perdit dans le brouillard qui s'élevait du Tibre. Trois heures sonnèrent lugubrement dans le noir.
Indifférent aux cahots, à l'humidité qui déposait sur son visage un masque de gouttes grasses, au grincement des roues ferrées sur les pavés, aux obscénités et aux rires de la soldatesque qui suivait le convoi, le condamné fut réveillé par ses plaies. En se rouvrant, elles le repoussèrent dans le cauchemar des souvenirs et dans l'horreur du présent. Dix jours plus tôt, on l'avait déshabillé et pendu une demi-heure entière par les bras, attachés derrière le dos. Comme il n'abjurait pas, on lui avait frappé les talons avec une barre de fer, puis déboîté les articulations des mains et des pieds à l'aide de bâtonnets. Le fouet et le fer rouge avaient suivi : s'ils étaient peu utilisés, ils avaient permis de démontrer au Grand Inquisiteur d'Espagne, en visite à Rome, la rigueur et l'intransigeance dont on était capable à Rome.
Le prisonnier ouvrit les yeux. Il remua les doigts comme des serres à la recherche d'une proie, et la vie afflua de nouveau dans ses membres. Il se souleva sur un coude, jeta un regard à la ronde et s'effondra, accablé par la douleur physique et rongé par l'angoisse qui ne le quittait plus depuis la dernière convocation de ce qu'on appelait le tribunal de la Sainte Inquisition.
«L'hérésie est une erreur de l'intelligence, car elle constitue non seulement une adhésion de la pensée à une théorie qui s'oppose à la vérité de la foi, mais elle implique aussi l'intention, la ferme intention de favoriser cette fausse doctrine volontairement et sans réticence ! Vous êtes obstiné et incorrigible, vous n'avez même pas abjuré au terme du rigoureux examen, la torture, qui pouvait vous remettre sur le chemin de la vérité !» lui avait vomi au nez le cardinalis antiquior, le doyen des cardinaux, qui parlait au nom du pontife. Celui-ci était assis dans un fauteuil à haut dossier, et ses pieds, harcelés par la goutte, reposaient sur un coussin revêtu d'un drap de velours rouge. Son visage gris, sillonné d'un fin réseau de rides, évoquait l'écorce d'un arbre foudroyé. Réunis à la séance du jeudi de la congrégation du Saint-Office, qui se tenait au palais du Quirinal, les cardinaux occupaient des sièges garnis du même velours, en signe de soumission au pape. Derrière eux, les conseillers, notamment le commissaire chargé d'informer le pontife des affaires dont on débattait.
«Vous continuez d'affirmer que le monde est infini ? Vide ? avait tonné le doyen des cardinaux. Que la Terre, siège de l'homme - créature première de la Création - est l'un des corps célestes, et non le centre de l'Univers ?» Le prisonnier agenouillé ne répondant pas, il avait tendu le doigt vers le précieux crucifix en ivoire et pierres précieuses qui trônait sur une table également recouverte de velours, avant de poursuivre : «Voulez-vous répéter vos idées devant le Fils de Dieu, qui a donné sa vie pour nous sauver du péché ?»
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