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Pour l'honneur d'une belle

Couverture du livre Pour l'honneur d'une belle

Auteur : Pierre Rival

Date de saisie : 11/05/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Flammarion, Paris, France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-08-068860-6

GENCOD : 9782080688606


  • La présentation de l'éditeur

Un journaliste de l'époque, Antoine de LaRoque, relate le destin singulier d'Antoine Watteau, peintre des Fêtes galantes et de L'Embarquement pour Cythère, aussi célébré comme artiste qu'il est malheureux en amour.

Le roman vrai de la fin du règne de Louis XIV.

Watteau a-t-il aimé ? A cette question Antoine de Laroque, le narrateur, va tenter de répondre en racontant comment il est devenu l'ami du jeune peintre, inconnu au moment de leur rencontre. Laroque a été blessé à la défaite de Malplaquet et on l'a amputé.

Il retrouve à Valenciennes Marie Vignault, la cantinière dont il avait fait sa maîtresse avant la bataille. Mais celle-ci repousse ses avances. Elle semble lui préférer désormais Watteau qui vient d'abandonner Paris, faute d'être reconnu. Pour en avoir le coeur net, Laroque commande son portrait au peintre dont le talent lui saute alors aux yeux. Mais Watteau reste secret sur ses relations avec Marie. Or, le mari de celle-ci, déserteur, est capturé et roué pour banditisme. Marie Vignault disparaît avec son fils, le petit Aimé. Watteau est désespéré.

Pour faire diversion, Laroque l'entraîne à Paris. Il compte sur l'appui d'une autre de ses anciennes maîtresses, Mlle d'Argenon, pour lancer son ami dans le milieu des libertins parisiens et faire, lui, carrière dans les Lettres. Très vite, le talent de Watteau est reconnu et Laroque se voit offrir une collaboration au Mercure galant. Mais Watteau ne peut oublier Marie Vignault, qui réapparaît à Paris, sous le nom de Mlle d'Hersouville, patronnée par Polignac, son nouvel amant, abbé de cour et diplomate qui l'a recueillie sur les routes du Nord. Le peintre donne libre cours à sa jalousie...


Pierre Rival est journaliste, écrivain, chroniqueur gastronomique et producteur de films en Russie : Taxi Blues (avec MK2), Moscou Parade, Les Paradis perdus, Un ami du défunt. Food editor de Citizen K., il collabore aux Échos. Il est l'auteur de Paris gourmand, belles et bonnes boutiques de la ville et de Paris gourmet, belles et bonnes tables de la ville (Flammarion).



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  • Les premières lignes

Extrait du prologue :

Il en va des amours comme des amitiés. Un jour, la femme dont vous étiez si passionnément épris, le frère d'armes dont la compagnie ne pouvait jamais vous lasser s'éclipsent. Son mari, jaloux, a fait entendre à votre maîtresse que sa liaison avec vous ne valait pas un long séjour au couvent, une nouvelle affectation où il va se couvrir de gloire a éloigné pour longtemps de Paris le confident dont la parole vous consolait et vous encourageait en même temps. D'abord, ces pertes semblent irréparables, on en est tout étourdi et rongé de l'intérieur. Puis le tourbillon de la vie vous entraîne à nouveau, et, butant sur d'autres connaissances, vous commencez sans même vous en apercevoir à effacer la blessure que vous causèrent le départ de l'un, la séparation d'avec l'autre. Leur souvenir auquel vous rendez encore hommage en paroles, se confond avec les mots dont vous vous servez pour se muer en une espèce de conte de fées. Bientôt la réalité ne se distingue plus des embellissements auxquels vous procédez pour masquer la peine qu'ils vous firent en partant. Un beau jour, une autre personne les remplace sans même que votre âme se révolte. Il lui semble que leur temps est passé, et qu'il ne reviendra plus. Pourtant, si d'aventure le destin vous remet face à eux, leur seule vue suffit à ranimer la passion, et c'est à peine si vous vous étonnez, comme on a coutume de dire dans ces occasions, «de reprendre la conversation au point où vous l'aviez laissée». Peu importent alors les injures du temps à la beauté ou les vicissitudes du sort qui ont porté l'un au pinacle et ont accablé l'autre d'infortunes. La mémoire du coeur ne retient que la trace brûlante et immortelle dont elle porte l'empreinte et dont ils furent le fer.

Je n'avais pas revu Watteau depuis quatre ans. Notre dernière rencontre datait de son agrément par l'Académie de peinture lors de la remise de son morceau de réception Le Pèlerinage à l'île de Cythère. Quatre ans dont j'avais profité pour poursuivre mon chemin dans Paris, apprivoiser la ville et la Cour, faire reconnaître mes petits talents. Non que le succès ne lui eût souri à lui aussi. Il semblait même à première vue en avoir brassé une belle avoinée alors que j'avais dû me contenter d'une simple poignée. Mais au lieu de l'aider à s'établir, la reconnaissance universelle de son talent de peintre avait semblé augmenter chez lui cette instabilité dont tous ses amis s'accordent à dire qu'elle était son caractère naturel. Monsieur Crozat l'avait installé chez lui, dans son fastueux hôtel de la rue de Richelieu, et son établissement semblait assuré. Mais sa légèreté le fit changer de nouveau de demeure, et il s'installa bientôt avec son ami Vleughels sur les Fossés Saint-Victor où les deux peintres vécurent en bonne amitié, avant que Watteau ne se fatigue de sa vie et décide de passer en Angleterre. On m'a dit que ses ouvrages y étaient courus et bien payés, mais soit que le dégoût l'eût pris d'un pays étranger dont il ne parlait pas la langue, soit que le mauvais air qui règne à Londres en raison du charbon de terre dont on fait dans cette ville un usage immodéré attaquât déjà sa poitrine, il revint à Paris et fut se loger chez le marchand Gersaint où il ne resta que six mois. Je l'avais alors totalement perdu de vue. Le billet que Vleughels m'adressait de sa part indiquait comme adresse la maison de Monsieur Le Febvre, intendant des menus plaisirs du Roi, à Nogent-sur-Marne. Seulement, il ne m'annonçait pas la réapparition de mon ami. Il m'en apprenait la fin. Le message était bref : «Venez. Watteau se meurt. Il veut vous voir.»


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