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John Heartfield : photomontages politiques 1930-1938

Couverture du livre John Heartfield : photomontages politiques 1930-1938

Auteur : Collectif | Préface de Fabrice Hergott

Date de saisie : 11/05/2006

Genre : Art - Peinture

Editeur : Musées de Strasbourg, Strasbourg, France

Prix : 32.00 € / 209.91 F

ISBN : 978-2-35125-032-7

GENCOD : 9782351250327


  • La présentation de l'éditeur

«Les nouveaux problèmes politiques exigent de nouveaux moyens de propagande. Pour cela, la photographie dispose du plus grand pouvoir de persuasion.»

John Heartfield



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  • Les premières lignes

Préface de Fabrice Hergott, Directeur des Musées de Strasbourg :

Dans l'Allemagne d'avant l'arrivée de Hitler au pouvoir, les photomontages de John Heartfield pour AIZ, le journal illustré des travailleurs, ont été un des instruments de propagande communiste et antinazie les plus efficaces qui aient jamais existé. S'ils répondaient pleinement au projet communiste de lutte des classes, ils parvenaient à donner une représentation de l'immense danger qui menaçait.

Dans une Allemagne en crise, Heartfield et AIZ ont contribué à montrer un visage des nazis qui surprend aujourd'hui encore par son extrême lucidité. Il est vrai que les Allemands pouvaient savoir à qui ils avaient affaire. Il suffit de lire le journal (en français Les Cahiers) du comte Harry Kessler pour comprendre le dégoût qu'inspiraient à la population leurs actions incessantes et quotidiennes. Un dégoût qui ne faisait que rendre plus irrationnels et incompréhensibles les résultats des élections successives jusqu'à l'arrivée de Hitler à la chancellerie fin janvier 1933. Dans ce même journal, on découvre comment en juillet 1932 John Heartfield et son frère Wieland Herzfelde tentent de fédérer en un ultime effort l'ensemble de l'opposition à Hitler par «une seule affiche [...] où il y ait du talent». Heartfield avait acquis une grande popularité et ses photomontages étaient considérés comme les plus réussis et les plus efficaces de son temps.

Cette réputation a perduré et ils ont continué de faire l'admiration des amateurs depuis cette époque troublée. Avec plus de chance que Gustavs Klucis, broyé par le système qu'il contribua à créer par son talent de propagandiste, Heartfield restera fidèle à ses convictions communistes, malgré les doutes qui commencèrent à apparaître avec les procès de Moscou.

Aujourd'hui, en ayant la possibilité de revoir l'ensemble des couvertures pour AIZ, comment ne pas être frappé par leur impertinence ? Qu'il s'agisse de Hitler le bras levé, avalant en plein discours des pièces d'or, de cette parade d'avions dont les traînées fumigènes dessinent le lugubre squelette d'une main humaine, de cette hyène coiffée de haut-de-forme, errant avec avidité au milieu de cadavres, ou encore de cette croix gammée composée avec des haches sanglantes, Heartfield est parvenu à produire des images dont la puissance de saisissement est incomparable dans l'imaginaire moderne. Tout en étant artificielles, représentant une réalité non immédiatement visible, ces oeuvres ont construit notre imaginaire et notre perception du nazisme.

En parcourant les pages d'AIZ, nous comprenons aujourd'hui que la revue était une réponse dans le ton de l'actualité. Nous étonne cette relation directe avec le matériau du temps. Ici rien de ce que Brecht et Benjamin appelaient l'esprit philistin. On ne cherche pas à camoufler la réalité irrecevable, mais à lui donner une forme acceptable pour la rendre sensible. Nous sommes loin d'un réalisme selon lequel l'image témoignerait seule. On rit encore aujourd'hui de l'imbécillité d'un Goebbels ou des gesticulations d'un Hitler et des légendes assassines qui les accompagnaient. Son travail de montage est d'une grande sophistication. Il applique à l'actualité la magie des collages de Max Ernst et comme eux il parvient à dire une vérité qui n'était ni formulée ni pensée. Une vérité qui effraie et qui fait rire, parce qu'elle est d'une part l'expression du principe brechtien selon lequel seul le pire est certain, et d'autre part la certitude qu'en étant si certain, il ne l'est déjà plus. Comme le disait Benjamin évoquant Heartfield à propos de la fonction politique de l'art, «il parvient à renouveler de l'intérieur le monde tel qu'il est».


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