Auteur : Présentation Yves Derai | Daniel Haïk
Date de saisie : 11/05/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-84187-770-6
GENCOD : 9782841877706
Né dans le mochav de Kfar Mahal en 1928, Ariel Sharon aura incarné tous les espoirs, toutes les victoires, mais aussi toutes les contradictions de l'État hébreu. L'officier intrépide, qui bravait sa hiérarchie pour lancer ses hommes dans des équipées orgueilleuses, était devenu l'édificateur de la barrière de sécurité. L'homme qui tint Yasser Arafat dans sa ligne de mire à Beyrouth avait fini par reconnaître la nécessité d'un État palestinien. Et c'est aussi le «bulldozer» d'Israël, champion des implantations dans les territoires occupés en 1967, qui délogea les habitants juifs du Goush Katif en 2005.
«Compter un général comme Sharon au sein de l'état-major est une bénédiction, disait Yitzhak Rabin. En compter dix serait une véritable plaie.» Il n'y eut qu'un Sharon, mais le «roi Arik» était trop imprévisible pour se contenter d'un seul destin. Pour ses adversaires, il demeure le spécialiste des provocations et des volte-face. Pour ses partisans, il est le héros de toutes les guerres d'Israël, le sabra qui s'apprêtait à remporter un nouveau combat dans les urnes et dans les consciences, avant qu'une hémorragie cérébrale ne lui désigne un ultime adversaire.
Seule figure d'Israël tour à tour honnie et adulée par la gauche comme par la droite, guerrier malgré lui devenu sur le tard un recours de paix, Sharon restera surtout un individualiste pragmatique capable d'anticiper aussi bien les manoeuvres ennemies sur le champ de bataille que le désir profond de son peuple à vivre en paix et en sécurité, hors de tout programme idéologique.
Au terme de plus d'une année d'enquête et de recherches, Daniel Haïk relate dans cette biographie les étapes de la vie hors du commun d'un «grand» d'Israël qui a déjà gagné sa place auprès des Ben Gourion, Begin et Rabin.
Journaliste franco-israélien, diplômé en sciences politiques de l'Université hébraïque de Jérusalem, Daniel Haïk vit à Jérusalem depuis 1979. Correspondant de proche-orient info, il signe une revue de presse israélienne quotidienne sur judaïques FM.
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Extrait du prologue :
Depuis sa première alerte cérébrale le 18 décembre 2005, Ariel Sharon a réduit le volume de ses activités. Ce mercredi 4 janvier 2006, l'agenda du Premier ministre n'est pas particulièrement chargé: une réunion sur le problème de la sécurité en matinée, une rencontre avec les nouveaux actionnaires de la banque Leumi dans l'après-midi. Ensuite, le chef du gouvernement regagnera son ranch des Sycomores, dans le Néguev, pour y goûter une soirée de repos avant la coronarographie qu'il doit subir, le lendemain, à l'hôpital Hadassa de Jérusalem, où on l'a déjà traité deux semaines auparavant.
Cette ferme a toujours été son refuge, son havre de paix et de sérénité. Il aime à s'y promener, il se délecte de ses paysages. Comme il en a voulu à ses médecins, après son accident cérébral, de l'avoir contraint à demeurer plusieurs jours dans la glaciale résidence officielle des Premiers ministres, au coeur de Jérusalem ! Finalement, ils ont cédé et l'ont laissé repartir dans le Néguev, à 90 minutes en voiture de l'hôpital Hadassa, où l'on s'apprête à l'accueillir.
La coronarographie, destinée à corriger une malformation cardiaque constatée au cours de la première hospitalisation d'Ariel Sharon, est une intervention bénigne. Or, curieusement, elle le préoccupe. Son ami intime, Reuven Adler, l'a senti : «Pourquoi es-tu si inquiet, Arik ? Ce n'est qu'une formalité !» La réponse de Sharon, qui a vu tant de fois la mort sur les champs de bataille, l'a laissé pantois : «Je sais, mais c'est à cause de l'anesthésie générale.» Le vieux lion ne peut se faire à l'idée que, pendant quelques heures, il ne sera plus maître de son sort ni de son destin.
Ce n'est pas tout. Le même jour, deux événements politiques l'ont perturbé. Les manchettes de la presse mentionnent de nouveaux soupçons de corruption qui pèsent sur lui et sa famille. Quelques heures plus tard, justement, son fils Omri, député du Likoud, a été contraint de démissionner de la Knesset après avoir reconnu sa culpabilité dans l'affaire du financement occulte de la campagne électorale de son père, en 1999. Le verdict du procès dans lequel il est impliqué est d'ailleurs imminent. Ariel Sharon sent que son fils s'est sacrifié pour lui. Il ne se le pardonne pas ; cela le ronge.
Deux semaines ont passé depuis son hospitalisation, durant lesquelles Sharon est apparu à ses proches plus réfléchi, plus sérieux, comme s'il craignait que cette coronarographie imposée ne lui laisse pas le temps de concrétiser ses aspirations.
Après avoir dîné avec son fils Guilad et sa belle-fille Inbal, véritable maîtresse de la ferme depuis la disparition de son épouse Lily en 2000, Ariel Sharon reçoit un appel téléphonique du chef d'état-major de Tsahal, le général Dan Haloutz, lui indiquant de nouvelles chutes de missiles Kassem en Israël et lui souhaitant bonne chance pour l'intervention du lendemain.
Soudain, tout bascule. Je ne me sens pas bien, lance «Arik» à son fils. Celui-ci alerte aussitôt l'infirmier qui ne quitte plus le Premier ministre d'une semelle. L'infirmier l'ausculte et, d'un commun accord avec le Dr Seguev, l'un de ses deux médecins traitants, ils décident de l'acheminer d'urgence vers l'hôpital Hadassa. À cet instant, Ariel Sharon est encore conscient. Il proteste poliment : Je ne comprends pas pourquoi vous me transférez en ambulance. Nous aurions pu prendre ma voiture. Et pourquoi va-t-on ce soir à l'hôpital ? Nous aurions pu attendre demain !»
Ce sont les derniers mots du Premier ministre israélien. Quelques secondes plus tard, il sombre dans le coma.
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