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Envoyé spécial de personne

Couverture du livre Envoyé spécial de personne

Auteur : Bernard Morlino

Date de saisie : 09/05/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Castor astral, Bègles, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-85920-644-4

GENCOD : 9782859206444


  • La présentation de l'éditeur

Depuis une trentaine d'années, Bernard Morlino arpente les rues de la capitale, mais aussi celles de Nice et d'ailleurs, à la recherche de lui-même sans doute. À défaut de s'y trouver, le piéton suit les gens célèbres ou non pour les surprendre dans l'anonymat du quotidien. Il en résulte 138 portraits à l'arraché, pris sur le vif.

Au fil du temps, sa collection comporte Samuel Beckett, Patrick Dewaere, Miles Davis, Jacques Tati, Claude Nougaro ou Romain Gary. Mais aussi Jacqueline Maillan, Chet Baker, Jean-Paul Sartre, Antoine Blondin, Cioran, Robert Doisneau, Dennis Hopper, Tardi ou Octavio Paz. Et bien d'autres personnages inattendus.

Au final, ce bouquet de rencontres hasardeuses constitue une manière particulièrement originale de réinventer une forme de journalisme buissonnier.

Bernard Morlino est né à Nice en 1952. Chroniqueur littéraire, il fait oeuvre de mémorialiste avec des livres comme Manchester Memories ; Louis Nucera, achevé d'imprimer ; Berl, Morand et moi et Champion de sa rue (Le Castor Astral).





  • Les premières lignes

CARTE DE PRESSE N° 56 820.

Je suis néant 1952. Un 23 novembre qui n'en finit plus.

Mine de rien, ma date de péremption se rapproche alors que hier encore j'avais le temps.

Avant d'obtenir ma carte de presse, le métier de journaliste me semblait inaccessible, jusqu'au jour où j'ai entendu Orson Welles dire : «Seuls les mauvais élèves m'intéressent car ils n'ont pas les tics des autres.»

En une phrase, le cinéaste m'a plus apporté que toute ma scolarité. L'un de mes professeurs de sixième avait dit à mon sujet : «À éliminer», parce que je ne correspondais pas à ses critères de sélection, refusant de lever la patte lors de sa course aux bons points. Il m'a expulsé vers «le travail manuel». La culture m'étant aussitôt interdite.

Selon moi, le journalisme ne pouvait se concevoir que par écrit. Pas une fois je ne me suis imaginé à la télévision ou à la radio. Ma signature, ce devait être mon écriture, et surtout pas mon visage, ni ma voix. Dans le jargon de la profession, on dit «papier» pour désigner un article. Papier comme papier d'identité.

Pour m'initier au journalisme, j'ai suivi les gens dans les rues de Paris où sont fréquents les croisements fortuits avec des gens connus. Pas tous, puisque je n'avais pas envie de faire un bout de chemin avec ceux qui ne me disaient rien.

J'aurais aimé suivre Henri Matisse, Albert Camus et Buster Keaton, mais je suis né trop tard. Mes allées et venues ne m'ont jamais mis en présence de Reiser ou d'Henri Cartier-Bresson. «Sam» Beckett, lui, était sur ma route.

En un mot, je suis l'antithèse du tueur de John Lennon.

Je laisse le hasard venir à moi, sachant que la chance est une manifestation de la volonté.

Quand j'aborde les gens connus, j'improvise sans prononcer le nom propre de mon interlocuteur dont je deviens un instant le passager clandestin.

De peur de tout oublier, ou d'être un jour amnésique, j'ai reconstitué l'essentiel de mes rencontres nées du journalisme buissonnier.

Puisque la littérature c'est le passé qui a de l'avenir, j'ai lâché du lest. Théodore Monod avait une astuce pour ne pas offusquer ceux qui voulaient lui donner quelque chose de rare: le promeneur avait troué l'une des poches de son pantalon. Ainsi, ce qu'il ne souhaitait pas conserver retrouvait le désert.

Au pied de la lettre, j'illustre la phrase de Stendhal : «Le roman doit être un miroir que l'on promène le long des grands chemins.»

À de rares exceptions, je ne fus jamais déçu de l'accueil. Les hommes sont plus faciles à aborder que les femmes. Ils ont moins peur qu'elles de parler à un quidam.

Après trente ans d'abordage dans la rue, je reviens sur la récolte. Certains noms célèbres d'hier ne disent plus rien aujourd'hui.

Affronter une célébrité dans la rue, c'est la ramener au rang d'inconnu. J'entrais dans leur vie par effraction.


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