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Le vélo, le mur et le citoyen : que reste-t-il de la science ?

Couverture du livre Le vélo, le mur et le citoyen : que reste-t-il de la science ?

Auteur : Jacques Testart

Date de saisie : 09/05/2006

Genre : Sciences et Technologies

Editeur : Belin, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-7011-4367-5

GENCOD : 9782701143675


  • La présentation de l'éditeur

Jacques Testart pousse ici un cri de colère: quand les plantes génétiquement modifiées ne tiennent pas leurs promesses, quand leurs risques ne sont pas sérieusement évalués, quand les critiques sont systématiquement discréditées, que reste-t-il de la science ? Quand les entreprises qui diffusent les innovations pèsent fortement sur les commissions d'experts et les décideurs politiques, quand sont proposés des simulacres de concertation alors que tout est déjà décidé, que reste-t-il de la démocratie ? Il n'empêche, les innovations s'accélèrent, au nom de la modernité («on n'arrête pas le progrès»), de la science (o tout est sous contrôle»), et de l'urgence («on risque d'être en retard»). Et, le plus souvent, contre l'avis des populations.

Il est pourtant possible de donner aux citoyens les moyens de produire un jugement éclairé, à l'exemple de la conférence de citoyens : un groupe de personnes, neutres, accepte de recevoir une formation complète et contradictoire avant d'élaborer ensemble un avis. Ainsi, la population pourrait-elle influer sur le choix des grandes orientations, notamment scientifiques. Légaliser cette procédure est la meilleure voie pour échapper au destin qu'imposent les forces économiques dominantes et ainsi appuyer sur les freins du vélo de la croissance tous azimuts. Avant qu'il ne soit dans le mur.


Jacques Testart est biologiste, auteur de la première fécondation in vitro humaine en France (Amandine est née en 1982). Se définissant comme un critique de sciences, c'est un acteur incontournable des débats sur les implications sociales de la technoscience.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'avant-propos de Jacques Testart :

«Sans doute y a-t-il un rapport entre développement technique et progrès social. Mais, à l'inverse des idées reçues, c'est le second qui permet le premier...» Jean-Marc Lévy-Leblond.

«La science est souvent l'occasion de dire les plus fortes bêtises sans que le public s'en aperçoive.» Claude Bernard.

Je n'ai fait de recherche que finalisée. Quand, il y a plus de 40 ans, l'INRA m'a engagé, c'était afin de proposer de nouvelles voies pour augmenter la production laitière des vaches. C'est ainsi que j'ai pu initier la stratégie des «mères porteuses», qui permet à une femelle remarquable de faire naître plusieurs veaux chaque année, en mobilisant les matrices d'autant de vaches ordinaires afin d'y transplanter les embryons produits par les géniteurs sélectionnés. J'ai cherché à rendre plus efficace cette stratégie en proposant des techniques légères, et en impliquant de très jeunes donneuses d'embryons pour accélérer la sélection. Tout cela, bien sûr, nécessitait quelques regards curieux sur des mécanismes physiologiques, une activité que mes collègues nomment «recherche fondamentale». Mais chacune de ces curiosités n'était justifiée que par la mission venue d'ailleurs: accroître la productivité laitière. C'est seulement quand les manoeuvres que j'avais échafaudées connurent leurs premiers succès et, ainsi, rencontrèrent «l'intérêt scientifique» de l'organisme de tutelle, des zootechniciens et des coopératives d'élevage, que je compris l'inanité de la tâche. Nous étions alors, en 1972, devant la même évidence économique qu'en 1964, année de mon baptême dans cette galère : des excédents laitiers régulés par des primes européennes, une situation qui avait échappé au chercheur-le-nez-dans-le-guidon. Je m'interrogeais soudain sur les fmalités de la recherche scientifique, et je me savais objectivement complice de technocrates en cravate paradant à Bruxelles et à Paris, nuisibles à la vie des vaches, des paysans, des consommateurs et des contribuables.

C'est pour échapper à ce destin absurde que j'acceptais, cinq ans plus tard, une invitation médicale : apporter mes connaissances, acquises chez l'animal, à la gent gynécologique, pour l'aider à résoudre l'infécondité de certains couples humains. J'ai raconté ailleurs ma désillusion devant le délabrement scientifique et éthique d'un milieu dont j'avais espéré qu'il m'affranchisse de mes épreuves bovines. J'étais, une nouvelle fois, engagé dans une recherche finalisée et, cette fois encore, il fallait d'abord comprendre comment fonctionnent les corps, les organes, les gamètes, toutes tâches dignes d'un chercheur, comme peut l'être aussi la mission de trouver des parades à l'infécondité grâce à l'assistance médicale à la procréation (AMP). Mais, échaudé par mon expérience à l'INRA, je fus vite sensible à certaines évidences : celle qu'il existe un maquignon dans le dos de chaque chercheur qui trouve, celle aussi que ce que l'on croyait naïvement sans reproches tant que l'on s'évertuait à le chercher peut s'avérer redoutable dès que disponible, celle encore que quelques initiés peuvent s'investir sans mandat pour lancer de nouvelles pratiques sociales que la société n'a pas sollicitées. Bref, je ne pouvais plus penser la recherche, ou y contribuer, en faisant l'impasse sur sa fonction sociale, je ne pouvais plus vivre la science sans la politique. Beaucoup diront que j'avais découvert là ce que chacun sait, mais il faut aller dans les laboratoires pour réaliser que la plupart de ceux que certains médias nomment encore «savants» se satisfont désormais d'être les techniciens d'un processus pensé ailleurs.


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