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Chaos kanak : aventures judiciaires

Couverture du livre Chaos kanak : aventures judiciaires

Auteur : Dominique Inchauspé

Date de saisie : 09/05/2006

Genre : Policiers

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-226-17243-3

GENCOD : 9782226172433


  • La présentation de l'éditeur

Panique à Nouméa : un as du barreau parisien est appelé d'urgence par une jeune femme pour régler un contentieux avec son associé. Dès son arrivée, Maître Cherbacho se retrouve nez à nez avec celui-ci, ou plutôt son cadavre, maintenu au frais dans la glacière de sa cliente, une créature aussi charmante qu'experte en faux... Mais la situation se corse lorsque l'on apprend qu'elle est la maîtresse d'un leader indépendantiste kanak qui menace de mettre Nouméa à feu et à sang.

Maître Cherbacho accepte alors de plaider une double cause: celle de la belle et celle des indépendantistes kanaks. Car, moyennant des honoraires juteux, cette ceinture noire de droit pénal parvient toujours à obtenir l'impunité des coupables...

Sur fond de politique-fiction ; Dominique Inchauspé, ancien secrétaire de la conférence, avocat pénaliste au barreau de Paris, nous entraîne dans les rebondissements d'un thriller juridique riche en réflexions amères sur la vérité, les femmes et les incertitudes de la destinée.


Ancien secrétaire de la conférence, avocat pénaliste au barreau de Paris, Dominique Inchauspé est l'auteur d'un premier roman, Une saison immuable, publié aux Editions Littéra, et d'un essai, paru aux Editions Albin Michel, L'Intellectuel fourvoyé, Voltaire et l'affaire Sirven.





  • Les premières lignes

Mon téléphone sonna.

- Un appel de Nouvelle-Calédonie, Louis, me dit ma secrétaire.

- On n'a pas de dossier là-bas.

- C'est une nouvelle affaire.

Un avocat ne refuse jamais un dossier, surtout s'il est nouveau. Mais beaucoup de farfelus nous appellent. Et, avec l'expérience, rien qu'à la voix on peut faire une présélection. Je me rencognai dans mon fauteuil.

- Maître Louis Cherbacho ?

Je fus frappé par la jeunesse du ton et par sa fraîcheur. La voix bondissait. Les mots semblaient d'écume et puisqu'elle téléphonait du Pacifique, je songeai à un alizé. Mais aussi elle avait prononcé mon nom d'une traite, sans accroc, presque avec familiarité. Elle semblait maîtresse de sa vie.

- C'est moi, madame.

J'avais hésité à lui donner du «mademoiselle». Dans le doute, il vaut mieux être poli, donner plus ; surtout aux femmes. Dans leur for intérieur, beaucoup d'entre elles sont flattées d'être appelées «madame» quand elles ne sont pas mariées. Plus tard, c'est le contraire.

- Non, maître..., dit-elle d'un ton amusé et sympathique. Pas madame : mademoiselle. (Une politesse inutile est-elle une vraie politesse ?) Je m'appelle Nathaly Argan ; Nathaly avec un Y

Ce «Y» ne me plut pas. Cela montrait une affectation d'originalité, un «je suis différente» forcé ; pour tout dire, l'indication, à tout le moins, d'un environnement fantasque. Mlle Argan n'était pas responsable d'un prénom qui lui avait été attribué à sa naissance. Mais elle le portait avec fierté. Elle faisait sien ce dérèglement. Ceci paraît subjectif mais je me souvenais de cet homme qui appela au cabinet pour me parler de son affaire. Lui-même n'avait pas de téléphone personnel. Ne pas en avoir à l'ère du portable me parut de mauvais augure. Dans mon bureau, il se montra très atteint: la violence physique flottait sur sa peau comme un parfum. Ce fut l'une des rares occasions où, face à un client, je restai coi.

- On me dit que vous appelez de loin.

- Vous connaissez la Nouvelle-Calédonie ?

Seulement ce que j'en lisais dans la presse depuis près de vingt ans. C'est-à-dire les mêmes informations contradictoires : indépendance et autonomie et temporisation, tout en même temps. En revanche, il est sûr qu'il y a du nickel. Voulait-on que je renégocie les accords de Matignon ?

- Eh bien, c'est l'occasion de venir, dit Nathaly Argan. (Pas de problème, chère amie.) Maître, vous m'entendez ?

- Oui, oui. De quoi s'agit-il ?

- D'une urgence.

Elle ne manquait pas d'air, tout de même, du haut de ses vingt-cinq à trente ans, je ne lui en donnais pas davantage.

- J'ai un différend avec mon associé.

Je n'allais pas me rendre dans le Pacifique pour un crêpage de chignons sur fond d'argent. Ces querelles sont comme des divorces : un règlement de comptes à coups d'arguments minables. De plus, les adversaires ont souvent couché ensemble avant. La confusion des genres est totale.


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