Passion du livre - tout sur le livre : Le murmure du monde
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_ Le murmure du monde

Couverture du livre Le murmure du monde

Auteur : Lambert Schlechter

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Essais littéraires

Editeur : Castor astral, Bègles, France

Collection : Escales des lettres

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-85920-653-6

GENCOD : 9782859206536

en vente sur logo Amazon.fr Librairie Dialogues


  • La présentation de l'éditeur

Grand lecteur de Montaigne et des poètes chinois classiques, Lambert Schlechter n'est pas homme à se laisser enfermer dans un genre ou une doctrine. Il s'agit pour lui d'apprivoiser la vie, et donc de s'en approcher à pas lents, à mots comptés, sur le mode d'un vagabondage érotique et littéraire où se mêlent la naïveté de l'enfant et l'érudition du sage, la ferveur de l'amoureux et la patience du lettré. Les grandes interrogations se résolvent non pas en pirouettes ou en déclarations, mais en fragments, en formules dont la justesse enchante l'oreille et touche le coeur.

Lambert Schlechter, né à Luxembourg en 1941, vit au Grand-Duché, au bord de la Sûre, parmi cygnes, oies et canards. Poète, nouvelliste (Partance, L'Escampette), chroniqueur (Srnoky, Le temps qu'il fait) ou romancier (Le silence inutile, La Table Ronde), il élabore une oeuvre singulière qui échappe à toutes les modes.





  • Les premières lignes

Que vous branchiez ou ne branchiez pas, qu'importe, cela nous fera autant de câblages et connexions, et quand ça court-circuite, paradoxalement, cela donne des étincelles, comme quoi il faut sans cesse risquer des branchements, ce seront autant d'éclaircissements clarifications, des contaminations et contagions aussi, les mots passent glissent changent de place mutent, et se brancher c'est soudain le faisan ou la perdrix qui somnolent dans la ramure, images qui volettent dans la volière métaphorique soudain se posent s'agrippent, c'est une bourlingue, un vagabondage dans la demi-conscience, ce sont autant de sentiers mais sans balises, des réseaux vibratiles, traboules et chemins de traverse, où veux-tu en venir ? je ne veux ni venir ni aller, les wagons déraillent les fokkers crashent les chaloupes chavirent les bagnoles dérapent les semelles se trouent les trams tombent dans des ravins les bicyclettes se braquent les juments se cabrent les taxis explosent les cerfs-volants prennent feu les ascenseurs prennent l'eau les rollers strabisent les métros s'ensablent les cercueils s'envolent comme mouettes dans les embruns, alors je ne veux ni aller ni venir ni circuler ni naviguer, et jamais le temps de voir assez le ciel du soir, avec éclaircies et averses et arcs-en-ciel, avancer, toujours avancer, pour arriver, arriver finalement à la nuit, et quel apaisement dans les neurones ? quelle pacification dans l'anarchie des molécules ? - puis le sommeil arrive, à cinq heures du matin, appelons-le Rex Somni, pour lui donner un nom, parce que c'est quand même quelqu'un, à la fois chafouin et souverain, comme tous les rois, se révolter ne sert à rien, le cours des choses toujours doit courir courir, il n'y a point d'amont pour cet aval, c'est une déclivité fatale & péremptoire, c'est une pente inexorablement pentue, et l'on ruse, ruse tout le temps, fait semblant de croire qu'il est pour ainsi dire exclu que soudain, dans une demi-heure ou cette nuit ou demain matin ou à la fin de la semaine ou au début du mois, exclu que soudain la plus verticale verticalité se pose s'impose s'oppose, la pente, c'était encore & toujours l'idylle, la Harmlosigkeit, l'avancée sur la pente, c'était quand même toujours un glissement, et ce glissement quand même permettait des accalmies des apartés, même des soliloques des dialogues, même des discours des tirades, ribambelles de mots, kyrielles d'images, tandis que la verticalité, voilà : c'est fini la pente - la verticalité, d'un moment à l'autre, c'est la pure chute, l'abstraite chute, la chute dans l'abstraction, mais pour le moment nous restons sur la pente, prenons des résolutions pour le lendemain et les jours à venir, car il y aura des jours à venir, c'est le pari du calendrier, c'est même imprimé, et à des dizaines de milliers d'exemplaires, et soudain je me rends compte qu'une année est passée, qu'il faut arrêter le livre précédent, qu'il faut en commencer un nouveau ; c'est ainsi que j'ai écrit mes deux autres livres : d'août en août, d'été en été, c'est le branle de mes quatre saisons, elles embrassent l'enfance, l'adolescence, la virilité et la vieillesse du monde (Montaigne, Essais, I, 20),


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