Auteur : Catherine Tourre-Malen
Date de saisie : 09/05/2006
Genre : Sports
Editeur : Belin, Paris, France
Collection : Equitation
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7011-4242-5
GENCOD : 9782701142425
La féminisation des sports et des loisirs équestres : une avancée ?
Le monde du cheval était, par tradition, masculin. Aujourd'hui, les femmes représentent les trois quarts des licenciés de la Fédération française d'équitation. L'étude de cette féminisation en aborde les aspects quantitatifs et qualitatifs, appréhendant ce phénomène comme l'indice de transformations profondes mais également comme un processus engendrant lui-même des transformations. Elle s'attache à une triple inscription thématique: les études sur les femmes, la sociologie du sport et l'anthropologie de la domestication animale.
Amorcée à la fin du XIXe siècle, la féminisation des sports et des loisirs équestres débute par une révolution culturelle : le passage de la monte en amazone à la monte à califourchon. Bien que majoritaires de nos jours, les femmes ne sont pas présentes de façon homogène dans tous les domaines des activités équestres. L'observation des cavaliers «en selle» et «à côté du cheval» révèle une fertile attitude caractérisée notamment par la dimension sentimentale donnée à la relation à l'animal. Stimulée par la marchandisation des loisirs équestres, la diffusion des comportements féminins dans la culture équestre tend à rapprocher le statut du cheval de celui d'animal de compagnie, ce qui risque de compromettre son usage à plus ou moins long terme. Par ailleurs, la forme actuelle de l'équitation, en favorisant les attitudes maternantes et oblatives, contribue à la reproduction des schémas qui assignent les femmes à la sphère domestique et à l'«élevage» des enfants.
Instructrice d'équitation, membre de la commission pédagogique de la Fédération française d'équitation de 1997-2005, docteur de l'Université de Provence en anthropologie, Catherine Tourre-Malen est maître de conférences associé à l'Université Paris XII Val-de-Marne.
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Préface de Jean-Pierre Digard :
Les livres comme Femmes à cheval ne sont pas légion - ni dans la littérature équestre, plus riche de manuels techniques et de romans bêtifiants que d'oeuvres de réflexion, ni dans la littérature anthropologique et sociologique, inutilement difficile d'accès et souvent trop éloignée des préoccupations des acteurs sociaux. Livre d'idées, fruit d'un travail rigoureux et documenté, l'ouvrage de Catherine Tourre-Malen étudie, sans jargon ni artifices intellectuels, un «phénomène de société» qui, tout en faisant partie du quotidien de la plupart des gens de cheval, apparaît comme l'un des principaux facteurs de l'évolution actuelle de l'équitation: la pénétration des femmes dans une activité autrefois réservée aux hommes.
Livre rare et précieux, Femmes à cheval l'est d'abord par la personnalité de son auteur. À la fois femme, professionnelle du cheval - instructeur d'équitation (BEES 2e degré), ancienne directrice de centre équestre et membre de la commission pédagogique de la Fédération française d'équitation - et docteur en anthropologie, excellente connaisseuse de l'équitation et des milieux équestres, mais capable de porter sur eux un regard distancié et critique, Catherine Tourre-Malen réunit toutes les qualités et les compétences requises pour s'attaquer à un sujet aussi délicat et complexe que celui-là.
Le caractère exceptionnel du livre tient ensuite au choix, précisément, de son sujet. Non pas que celui-ci manquât de visibilité : les femmes et surtout les filles sont aujourd'hui, de manière évidente, partout présentes et presque partout majoritaires en équitation, au point de faire oublier que celle-ci fut longtemps un sport militaire. On peut même se demander pourquoi on a tant tardé à s'interroger sur les significations de cette féminisation massive et rapide d'un secteur autrefois typiquement masculin (et même, à certains égards, machiste). Craignait-on de heurter un «politiquement correct» féministe ? Redoutait-on d'indisposer une clientèle prometteuse et de tuer ainsi quelque poule aux oeufs d'or ? Avait-on peur de se trouver face à une sorte de boîte noire qui, une fois ouverte, laisserait échapper on ne sait quelles révélations ? Indifférente à ces atermoiements, confortée dans son choix par les résistances et les pressions, Catherine Tourre-Malen a entrepris le siège patient et systématique du phénomène, n'hésitant pas à faire feu de tout bois - historiographie, statistiques, entretiens, observation ethnographique, etc. - pour traquer l'information.
Il lui a fallu aussi interroger cette masse documentaire. La tâche apparaissait d'autant plus malaisée que ce terrain particulièrement sensible s'avérait jonché d'idées toutes faites, de perceptions à fleur de peau, d'opinions opposées, de condamnations sans appel... Mais ne dit-on pas que les bons chercheurs sont ceux qui posent les bonnes questions ? Or c'est justement là, par l'interrogation qui les traverse de part en part - sport pratiqué par des femmes ou «sport de femme» ? -, que ces Femmes à cheval se montrent surtout remarquables et tranchent le plus sur les travaux voisins. Plusieurs historiens et sociologues se sont, en effet, déjà penchés sur la féminisation d'activités professionnelles ou de loisir: travail en usine (S. Schweitzer, L. L. Downs), secrétariat et emplois de bureau (D. Gardey), pharmacie (J. Collin), beaux-arts (C. E. Clement), etc. Comme eux, mais pour l'équitation, Catherine Tourre-Malen décrit et analyse les origines et les processus de la féminisation (transition de la monte en amazone à la monte à califourchon, passage du cheval dans la sphère des loisirs), ses causes et ses manifestations («liaison particulière» des femmes et des chevaux, émergence d'une «équitation sentimentale» élaborée et transmise par des femmes). Mais elle va plus loin que ces précurseurs: non contente d'avoir étudié la conquête par les femmes d'un domaine auparavant massivement masculin, elle se penche également sur les influences que cette féminisation - dans les deux acceptions du mot : démographique et culturelle - ne va pas manquer d'exercer sur les évolutions ultérieures de l'activité considérée.
Pour ne pas priver le lecteur du plaisir de la découverte et de la surprise, agréable ou amère, on ne dévoilera pas ici les conclusions et les propositions, souvent inattendues, voire iconoclastes, de Catherine Tourre-Malen. Celles-ci donneront sans doute matière à discussions et à débats ; on ne pourra que s'en féliciter: pour une fois, une polémique de quelque niveau agiterait le milieu équestre ! Au moins devra-t-on reconnaître à l'auteur de ces Femmes à cheval un mérite essentiel: n'être pas de ces chercheurs qui sélectionnent ou déforment l'information pour lui faire «vérifier» des «hypothèses» artificiellement préconçues ; elle sait au contraire se laisser guider par les injonctions du terrain et par la force des faits, fut-ce vers des rivages austères d'où les platitudes du sens commun, les consensus mous et les lâchetés mercantiles sont exclus. C'est du reste pourquoi son livre, à condition d'être lu à l'abri des passions et des partis pris, pourrait bien - en plus - se révéler utile.
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