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Et Moïse créa les juifs... : le testament de Freud

Couverture du livre Et Moïse créa les juifs... : le testament de Freud

Auteur : Henri Rey-Flaud

Date de saisie : 07/05/2006

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Aubier, Paris, France

Collection : La Psychanalyse prise au mot

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-7007-2442-4

GENCOD : 9782700724424


  • La présentation de l'éditeur

Moise et le monothéisme, livre testamentaire de Freud, a longtemps déconcerté psychanalystes et historiens. Quel sens donner en effet à ce "roman historique" qui fait du prophète Moïse un haut fonctionnaire égyptien, promoteur du dieu solaire Aton, qui aurait conduit hors du royaume un peuple d'esclaves pour en faire les fidèles du dieu unique, "créant ainsi les Juifs" ? Cette thèse fut imputée à l'égarement d'un vieil homme dans un domaine étranger au sien, alors qu'elle constitue le crépuscule flamboyant de l'oeuvre de Freud. Le Moise bouleverse le mythe fondateur de la psychanalyse, rappelant d'abord comment l'homme primitif accède à la vie de l'esprit au prix du meurtre d'un père sauvage et tyrannique. Mais Freud réserve à ce moment un coup de théâtre : il montre, à travers le meurtre du prophète perpétré par les Juifs, qu'il faut tuer le père deux fois pour que soit instaurée une religion "pure", hors représentations, qui confère au judaïsme dans l'histoire de l'humanité une place d'exception, difficile à tenir. Ce moment est suivi d'une étape ultime, accomplie par le christianisme : par la place donnée aux cultes de la Vierge et des saints, la nouvelle religion substitue une piété fondée sur l'imagination et la sensibilité à la foi indicible à laquelle les Juifs ont choisi de s'arrêter - décision éthique qui allait susciter au cours des siècles la haine antisémite par un retournement fatal de l'exception en exclusion. Transposé du mythe à la réalité psychique, le Moise délivre enfin son sens : présenter, à travers les avatars de la croyance, les processus qui ont permis à l'homme d'accéder à la culture et à la civilisation. Dans ce projet, le motif du double meurtre recèle une nouvelle conception de la psyché, demeurée jusqu'à ce jour ignorée des héritiers de Freud.





  • La revue de presse Elisabeth Roudinesco - Le Monde du 5 mai 2006

professeur des universités, psychanalyste, médiéviste, auteur d'une bonne dizaine de livres érudits et enfin créateur des Rencontres de Castries (philosophie et psychanalyse), récemment supprimées de façon sauvage et arbitraire par Georges Frêche, Henri Rey-Flaud livre ici un commentaire serré du dernier ouvrage de Freud, L'Homme Moïse et la religion monothéiste, publié en exil en 1939.

Depuis toujours, Freud était obsédé par la figure du prophète qui avait écarté son peuple du culte des idoles, mettant ainsi à mort la figure archaïque du père totémique, et qui, en lui imposant le règne d'une Loi civilisatrice, lui avait indiqué la voie d'une Terre promise, hautement spiritualisée, et sans patrie ni frontières.

Confronté à la montée de l'antisémitisme nazi, Freud décida, à l'âge de 77 ans, de consacrer une étude entière à cette question. Il en rédigea un résumé dans une lettre à Arnold Zweig datée du 30 septembre 1934 : "En face des nouvelles persécutions, on se demande de nouveau comment le juif est devenu ce qu'il est, et pourquoi il s'est attiré cette haine éternelle. Je trouvais bientôt la formule."...

C'est dans cette perspective, qui avait d'ailleurs conduit Freud à s'opposer en 1930 à la création d'un Etat juif en Palestine, que se situe l'approche d'Henri Rey-Flaud, lequel apporte au débat une belle connaissance de la tradition de l'antijudaïsme chrétien. On lira donc avec intérêt son analyse du double meurtre du père, de la représentation picturale d'un Moïse portant des cornes (reprise par Michel-Ange) et enfin son interprétaion originale du personnage de Shylock dans Le Marchand de Venise de Shakespeare, condamné par le tribunal à obéir "à la lettre" au contrat suicidaire auquel il avait lui-même souscrit : prélever sur le corps de son débiteur "une livre de chair, exactement, et pas une goutte de sang, sinon tu es mort".

En conclusion, et plutôt que de se prononcer rétrospectivement contre la création de l'Etat d'Israël, ce qui reviendrait aujourd'hui à adhérer à l'idée exterminatrice de l'antisémitisme, Rey-Flaud s'interroge de manière freudienne sur la nature de la violence originaire qui a présidé à cet acte par lequel le grand peuple de la loi mosaïque a pris le risque de s'autodétruire en attachant sa destinée historique à une Terre promise, non plus symbolique, mais ancrée dans des racines et emmurée dans un territoire.


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