Auteur : Pierre Vignais
Date de saisie : 05/05/2006
Genre : Sciences et Technologies
Editeur : EDP sciences, Les Ulis, France
Collection : Grenoble sciences
Prix : 45.00 € / 295.18 F
ISBN : 978-2-86883-897-1
GENCOD : 9782868838971
L'ouvrage permet de comprendre comment les nouveaux instruments, les nouvelles techniques, les découvertes ont engendré des concepts générateurs d'idées qui, une fois testés, ont permis la mise en oeuvre de la méthode expérimentale. L'analyse est prolongée jusqu'aux limites que la méthode expérimentale semble rencontrer aujourd'hui (au sens biologique, philosophique, sociologique) face à la complexité du vivant. Le lecteur se trouve ainsi placé face aux questions concernant sa propre identité biologique et l'évolution dans le futur de la science et de la société.
L'ouvrage concerne les biologistes, les médecins, pharmaciens, scientifiques concernés par les sciences du vivant, mais aussi les historiens et philosophes, comme tous les citoyens cultivés soucieux de comprendre les mutations de la science et de la société.
Pierre Vignais, docteur ès sciences, docteur en médecine, ancien boursier de la Fondation Roux à l'institut Pasteur de Paris, a été professeur de biochimie à la faculté de médecine de l'Université Joseph Fourier à Grenoble et directeur d'une URA - CNRS au CEA-Grenoble. Ses travaux en bioénergétique cellulaire ont porté sur des aspects fondamentaux du fonctionnement des mitochondries et sur les phénomènes respiratoires associés au mécanisme de la phagocytose. Il est titulaire de la médaille d'argent du CNRS et Grand Prix de l'Académie des Sciences. Il est l'auteur dans la même collection de La biologie des origines à nos jours.
Paulette Vignais, diplômée de ENSCP Paris, docteur-ingénieur, est directeur de recherche émérite au CNRS. Ses travaux sur la bioénergétique chez les procaryotes, l'ont conduite à créer, au CEA-Grenoble, un laboratoire associé au CNRS pour étudier la production biologique d'hydrogène par les bactéries photosynthétiques.
Pierre et Paulette Vignais ont également travaillé à l'étranger : universités d'Oxford, de Californie (UCLA), John Hopkins Hospital à Baltimore.
Extrait de l'introduction :
"L'esprit humain, aux différentes périodes de son évolution, a passé successivement par le sentiment, la raison et l'expérience. D'abord le sentiment, seul s'imposant à la raison, créa les vérités de la foi, c'est-à-dire la théologie. La raison devenant ensuite maîtrisée, enfanta la scolastique. Enfin l'expérience, c'est-à-dire l'étude des phénomènes naturels, apprit à l'homme que les vérités du monde extérieur ne se trouvaient pas formulées au premier abord, ni dans le sentiment, ni dans la raison. Ce sont seulement des guides indispensables, mais pour obtenir ces vérités, il faut nécessairement descendre dans la réalité objective des choses avec leur forme phénoménale. C'est ainsi qu'apparaît, par le progrès naturel des choses, la méthode expérimentale qui résume tout et s'appuie successivement sur les trois branches de ce trépied immuable, le sentiment, la raison et l'expérience."
Claude Bernard Introduction à l'Etude de la Médecine Expérimentale - 1865.
Expérimenter, c'est interroger la Nature par des artifices, dans des conditions telles qu'on en maîtrise les paramètres et avec des résultats reproductibles. C'est assembler les résultats obtenus et juger s'ils valident l'hypothèse qui a présidé à l'expérimentation. Cette expérimentation est toujours associée à l'idée qui l'a suscitée. Elle se déroule dans un cadre méthodologique précis avec des règles bien établies et utilise des instruments appropriés. Cette approche de la connaissance de la Nature a été baptisée Méthode expérimentale. Appliquée au vivant, son ambition est de décrypter les mécanismes qui président aux fonctions des organes et de leurs cellules, en bref, de déchiffrer les lois de la Nature.
La méthode expérimentale dans les Sciences de la Vie est née en Europe au XVIIe siècle. Son acte de naissance est attesté par la découverte de la circulation du sang par William HARVEY. Pratiquement à la même époque, la méthode expérimentale s'impose dans les sciences physiques avec la mise en évidence du mouvement uniformément accéléré par GALILÉE et la démonstration de l'existence du vide par Blaise PASCAL et Robert BOYLE. Une naissance aussi tardive ne manque pas de surprendre. Dans Le Chaudron de Médée, l'épistémologue Mirko GRMEK nous rappelle son étonnement lorsqu'au début de ses études médicales il apprit que la circulation du sang n'avait été découverte qu'en 1628. "J'imaginais, écrit-il, que si j'étais né dans le monde antique, j'aurais découvert sans grande difficulté que le sang circule dans les vaisseaux de l'Homme et des animaux supérieurs. Prétention trompeuse, car il eût fallu que je naisse dans le passé avec l'éducation de l'enfant moderne." Si la méthode expérimentale appliquée à la connaissance du vivant n'est apparue qu'au XVIIe siècle, il n'en est pas moins vrai que des expérimentations sur l'animal furent pratiquées bien auparavant. Cependant, ces expérimentations ne furent pour la plupart que sporadiques, sans conséquence majeure. Certaines, mal conduites ou mal interprétées, conduisirent, du fait d'arguments fallacieux, à des doctrines erronées qui se perpétuèrent pendant des siècles. Il est tout aussi vrai que la méthode expérimentale emprunta beaucoup à la démarche logique des philosophes de la Grèce antique capables de concevoir des hypothèses, de bâtir des raisonnements ou de réfuter des arguments. L'origine de l'Univers, les mouvements des astres dans le ciel, les principes qui animent la vie animale ou végétale avaient été autant de sujets de réflexion de l'humanité pensante depuis la plus haute Antiquité. Les premières explications qui en furent données faisaient appel au merveilleux. Elles faisaient intervenir des cohortes de divinités bienfaisantes ou malfaisantes. C'est au début du vie siècle avant J.C. que se dessine, avec les philosophes grecs, une transition dans les modes de pensée et qu'apparaissent de nouveaux concepts qui conduisent à formuler de nouvelles questions. A une réflexion fondée essentiellement sur l'intervention divine dans l'ordonnancement de l'Univers et le destin des hommes se substitue une philosophie rationnelle fondée sur une approche mécaniste des phénomènes observables, sans pour autant se départir de la tradition théogonique.
Les philosophes grecs bénéficièrent d'un vocabulaire, d'une syntaxe et d'une écriture capables de décrire leurs observations sur le monde qui les entourait et leur était accessible par les sens et d'exprimer leurs idées sur celui de la métaphysique. Alors que les peuples de la haute Antiquité, tels les Sumériens, utilisaient des signes spéciaux sur des tablettes en argile pour représenter des objets, par exemple un épi pour désigner le blé, une tête avec des cornes pour désigner un boeuf, les Grecs firent usage d'un alphabet où les lettres étaient traduites par des signes conventionnels qui avaient leurs équivalents dans des sons.
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