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Les amants de Tiananmen

Couverture du livre Les amants de Tiananmen

Auteur : Diane Wei Liang

Traducteur : Elise Argaud

Date de saisie : 03/05/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigues, France

Collection : Regards croisés

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-7526-0068-4

GENCOD : 9782752600684


  • La présentation de l'éditeur

«Lentement, la place Tiananmen se déploya devant nous comme un vieux livre de contes de fées. Au nord, la magnifique porte de la Paix céleste (Tiananmen) surplombe la place dans sa splendeur pourpre et or. [...] Plusieurs milliers de gens devaient y déambuler, mais la place me paraissait déserte. Dans mes souvenirs, tout était différent : sept ans plus tôt, cet endroit avait été un champ de bataille envahi par de jeunes Chinois avec du sang sur la chemise, sur le bandeau et dans les yeux. Les drapeaux flottaient au vent. Où étaient passés tous ces jeunes gens de dix-huit ans, où étaient-ils à présent ?»

Le 4 juin 1989, à Pékin, les chars entrent sur la place Tiananmen - et les jeunes rêves de démocratie et de liberté basculent, en même temps que la vie de Wei, une jolie étudiante promise à un bel avenir. Elle se réfugie aux États-Unis où elle a obtenu une bourse, coeur et espoirs brisés.

Sept ans après, Wei rentre à Pékin, prête à retrouver parents, amis et amours..., et nous confie un roman passionnant, tant par l'Histoire que par son histoire.

Diane Wei Liang est née en Chine en 1966, au début de la Révolution culturelle. Elle est obligée de quitter l'université de Pékin en 1989 pour poursuivre ses études aux États-Unis. Aujourd'hui, elle vit à Londres où elle enseigne à l'université.





  • Les premières lignes

Extrait du prologue :

La place Tiananmen, 1996.

J'avais mis sept ans avant de revenir en Chine.

«Prends une douche, me suggéra ma mère. Tu es en nage.»

Il faisait très chaud. Le soleil avait ramolli le goudron des chaussées par endroits. Je portais encore des vêtements de demi-saison, ayant quitté Minneapolis alors que la neige venait seulement de fondre sous les pommiers dans la cour derrière la maison. Une vague de chaleur accablait Pékin, en plein mois de mai.

Ma mère, femme mince mesurant à peine un mètre cinquante, s'affairait gaiement telle une minuscule abeille dans le petit appartement. Elle m'apporta aussitôt un éventail en bambou. Je tirai le pan de tissu à fleurs sur le fil de fer avant de me déshabiller puis, enveloppée dans une grande serviette, me dirigeai vers la salle de bain, dépourvue de rideau de douche vu sa taille. Je fixai le trou béant de l'évacuation entre mes pieds.

«Quand tu auras fini, n'oublie pas de taper à la porte pour que j'éteigne le chauffe-eau. Ne ferme pas le robinet avant, sinon l'appareil pourrait exploser.»

Dès que j'entendis mon père crier de la cuisine : «Le chauffe-eau est allumé !» je lâchai la serviette et ouvris le robinet. De l'eau chaude se mit à couler.

J'enfilai une robe de lin jaune puis fis le tour de ma chambre. Malgré la chaleur, le sol en béton était frais. Elle comportait un lit une place avec un couvre-lit à fleurs et une armoire en bois rudimentaire contre le mur. Une épaisse couche de poussière recouvrait le bureau. Promenant les doigts sur sa surface, je révélai la vraie couleur du bois. Par la fenêtre, j'apercevais les gens du bâtiment d'à côté, un homme en sous-vêtements, deux femmes penchées sur leur fourneau. Ayant vécu quelque temps aux Etats-Unis, je trouvais l'appartement ridiculement petit, tout juste suffisant pour deux personnes. Pourtant, des années plus tôt, nous avions habité tous les quatre (mes parents, ma soeur Xiao Jie et moi) dans un logement plus réduit que celui-là.

Après mon départ de Chine, mes parents avaient emménagé dans cet appartement plus vaste pourvu d'une douche, attribué à ma mère par l'université lorsqu'elle avait accédé au statut de maître de conférence. Fini les allers-retours deux fois par semaine aux bains publics. Ils avaient aussi acheté un micro-ondes, une machine à laver avec sèche-linge et une télévision par câble. Mon père avait quitté son poste de chef du personnel à l'office des Parcs et Forêts de Pékin pour prendre sa retraite. Comme la plupart des entreprises d'État ne rapportaient pas d'argent, le taux de chômage était très élevé. Le gouvernement avait donc abaissé l'âge de la retraite à soixante ans pour tous ceux que l'État salariait, y compris les fonctionnaires. C'était le cas de mon père. Ma mère, qui avait trois ans de moins que lui, songeait aussi à quitter son poste de professeur de journalisme à l'université.

Après le repas, mes parents firent la sieste, tandis que ma soeur cadette Xiao Jie et moi prenions un taxi pour rejoindre le centre-ville. Il me sembla passer par des endroits où je n'avais jamais été, mais, quand on m'eut dit les noms, je compris que je n'avais pas reconnu des lieux autrefois familiers. Des autoroutes avaient remplacé des vieux immeubles et des marchés. De nouvelles tours d'habitation rendaient minuscules des repères autrefois imposants. Les rues paraissaient décalées de plusieurs pâtés de maisons. Des cours à l'ancienne avaient cédé la place à des voies surélevées qui m'offraient de nouveaux points de vue sur la ville.


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