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Ce jour-là, monsieur le juge : petites comédies avant la nuit

Couverture du livre Ce jour-là, monsieur le juge : petites comédies avant la nuit

Auteur : Christian Vellas

Date de saisie : 09/07/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Slatkine, Genève, Suisse

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-8321-0231-2

GENCOD : 9782832102312


  • La présentation de l'éditeur

«Delphine et Clark portaient des masques. Qui reproduisaient de façon hallucinante leur visage d'il y a cinquante ans. Le grain de la peau, sa coloration naturelle, la souplesse du modelé, l'adaptation parfaite aux contours des yeux... L'artiste qui les avait confectionnés avait du génie. Comment vivons-nous, Monsieur le juge ? Dans la réalité, l'illusion ? La frontière est fragile.»

Un couple de comédiens autrefois célèbres, les Borgueil. Lui, tourne en rond dans sa gloire passée. Elle, se ronge de ne plus être belle.

Christian Vellas place le décor de ce roman dans une étonnante maison aux façades décorées de trompe-l'oeil. Faux-semblants aussi pour les sentiments: Delphine est sûre que l'homme dont elle a été autrefois si éprise, n'a aimé à travers elle que les héroïnes qu'elle interprétait au théâtre. Se laisser séduire par des personnages de fiction, jusqu'à l'obsession, quelle étrange névrose !

Le vieil acteur meurt, dans des circonstances apparemment banales. Mais que s'est-il réellement passé ce jour-là ?

Christian Vellas a publié des recueils de chroniques (parues principalement dans la Tribune de Genève où il fut journaliste) et plusieurs livres sur la Vieille-Ville et la campagne genevoises. Ce jour-là, Monsieur le juge nous montre une autre facette de son talent et nous rappelle qu'il est né dans le Midi de la France, à Nîmes. Dans ce roman, odeurs de lavande et lourdes chaleurs. Mais les cigales peuvent s'arrêter de chanter...





  • Le message de l'auteur

LA MAISON DES ILLUSIONS.

Ce jour-là, Monsieur le juge, la mer est devenue subitement violette. Borgueil me parlait de ses démêlés avec un directeur de théâtre. Le souffle court, il crachotait ses phrases

«J'ai refusé de jouer cette pantalonnade ! Ce gras-double, qui transpirait en plein hiver, voulait m'acheter, moi, Clark Borgueil, pour faire une fleur à sa maîtresse, actrice de troisième zone. Je l'ai envoyé sur les roses !

Notez-le. J'assume mes aversions. Ce gros légume ! Au fait, savez-vous que le concombre du Mozambique m'en veut ? Une seule bouchée de cette cucurbitacée peut me tuer. Une allergie. Notez-le. Dans les restaurants, je passe pour un original quand je pose la question êtes-vous sûr qu'un concombre ne s'est pas glissé dans le menu ? Le cuisinier est-il originaire du Mozambique ? Je n'ai pas envie de crever le nez dans mon assiette, entre la poire et le fromage. Le serveur répond souvent n'importe quoi. Pour éviter les remarques goguenardes, je mange dans des établissements haut de gamme où le personnel est formé en conséquence. L'impassibilité est la qualité première d'un bon maître d'hôtel. Notez-le. Que disions-nous ?»

Je m'efforce d'être précis, Monsieur le juge. Je sais que le moindre détail compte pour vous. Clark Borgueil passait ainsi sans cesse du coq à l'âne. Je m'étais habitué à ces virages abrupts, après des heures d'interview. Quand on a près de quatre-vingt-dix ans, ces errances sont admissibles. Comment serons-nous à cet âge ? Hein, comment serons-nous ? De toute façon, j'écoute peu les gens que j'interviewe. Quelques hochements de tête, des sourires, un air concentré, la routine quoi. En réalité, pendant que l'autre parle, je scrute son visage. Je passe en revue ses boutons, les poils de son nez, la bougeotte de ses mains, ses points noirs, ses points rouges. La forme d'une bouche m'en apprend plus que les paroles qu'elle laisse passer. J'essaie d'apercevoir la personne en transparence. Les individus jeunes permettent ces radiographies de l'âme. Les vieux sont plus opaques. Vous faites de même ? Nos métiers sont sans doute proches.

En fait, Monsieur le juge, à cet instant je suivais des yeux un homme qui marchait sur la plage avec un chien noir. Sous l'orage. Il y a toujours des gens bizarres qui marchent sur les plages avec des chiens noirs. Les vagues s'écrasaient sur le rivage. Le vent apportait des odeurs de varech.

Fichu temps, venu de nulle part. Des mouettes étaient alignées sur les galets, face au large. Parfois, l'une ou l'autre faisait mine de s'envoler, donnait quelques coups d'aile, bloquée sur place par le souffle puissant, puis retombait dans sa file, rentrant la tête dans ses plumes.



  • Les premières lignes

LA MAISON DES ILLUSIONS.

Ce jour-là, Monsieur le juge, la mer est devenue subitement violette. Borgueil me parlait de ses démêlés avec un directeur de théâtre. Le souffle court, il crachotait ses phrases :

«J'ai refusé de jouer cette pantalonnade ! Ce gras-double, qui transpirait en plein hiver, voulait m'acheter, moi, Clark Borgueil, pour faire une fleur à sa maîtresse, actrice de troisième zone. Je l'ai envoyé sur les roses !

«Notez-le. J'assume mes aversions. Ce gros légume ! Au fait, savez-vous que le concombre du Mozambique m'en veut ? Une seule bouchée de cette cucurbitacée peut me tuer. Une allergie. Notez-le. Dans les restaurants, je passe pour un original quand je pose la question : êtes-vous sûr qu'un concombre ne s'est pas glissé dans le menu ? Le cuisinier est-il originaire du Mozambique ? Je n'ai pas envie de crever le nez dans mon assiette, entre la poire et le fromage. Le serveur répond souvent n'importe quoi. Pour éviter les remarques goguenardes, je mange dans des établissements haut de gamme où le personnel est formé en conséquence. L'impassibilité est la qualité première d'un bon maître d'hôtel. Notez-le. Que disions-nous ?»

Je m'efforce d'être précis, Monsieur le juge. Je sais que le moindre détail compte pour vous.


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