Auteur : Guillaume Lecasble
Date de saisie : 25/04/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. du Panama, Paris, France
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-7557-0068-8
GENCOD : 9782755700688
Les stars vivent dans les rêves des hommes.
Tant que les hommes rêveront, les stars seront immortelles.
«CARY GRANT vient d'entrer dans ma chambre, sans gêne, persuadé de ne pas être vu, il s'assied dans un fauteuil. Après avoir fermé le col de ma chemise, je le regarde. D'abord il se retourne pour voir si quelqu'un se trouve derrière lui. Et puis, comme mes yeux ne quittent pas les siens, il se désigne du doigt avec cette expression unique sur le visage qui dit plus clairement que les mots : est-ce bien vrai, vous me voyez ?»
Celluloïd ou les tribulations d'un jeune Indien prénommé Mad'gic, qui découvre de façon inattendue le Festival de Cannes, ses lumières, son cérémonial, ses mythes. Car Mad'gic voit les stars, celles qui appartiennent à la légende du cinéma, qui ont gravi les célèbres marches et qui hantent désormais les allées du Palais des Festivals.
Une fiction tantôt drôle, tantôt acide, onirique et déjantée, où les principaux personnages sont les stars mythiques qui ont fait le cinéma. Entre ombre et lumière, le grand roman de l'histoire du cinéma à travers l'objectif du Festival de Cannes et l'oeil de Guillaume Lecasble. Les stars vivent dans les rêves des hommes. Tant que les hommes rêveront, les stars seront immortelles.
Le troisième roman de Guillaume Lecasble, après le marin et surprenant Lobster et le non moins original Cut, parus aux Éditions du Seuil en 2002 et 2004. Il est également l'auteur de deux livres illustrés pour la jeunesse, Le Jour où Bonhomme a rencontré la pluie et Tiens-toi droite !, et d'un beau livre, Un artiste au Grand Véfour, avec Guy Martin, également publiés au Seuil. Peintre depuis 3o ans (FIAC 1993, 1994, 1995), cinéaste par plaisir (4 courts-métrages d'art et essai), il se consacre désormais à l'écriture.
CANNES, 13 MAI.
CARY GRANT vient d'entrer dans ma chambre, sans gêne, persuadé de ne pas être vu, il s'assied dans un fauteuil. Après avoir fermé le col de ma chemise, je le regarde. D'abord il se retourne pour voir si quelqu'un se trouve derrière lui. Et puis, comme mes yeux ne quittent pas les siens, il se désigne du doigt avec cette expression unique sur le visage qui dit plus clairement que les mots: est-ce bien vrai, vous me voyez ?
Oui, lui fais-je de la tête. Il décroise ses jambes ; les recroise. Se redresse dans le fauteuil. Se frotte le menton. Il n'arrive pas à y croire.
Il est en noir et blanc. Pas exactement celui de ses films. Légèrement plus dense. Plus lumineux. Peut-être par contraste avec les couleurs environnantes ; avec la vie. Il ne peut s'empêcher de sourire de mon smoking. Le loueur a fait de son mieux :
«Le soir d'ouverture nous sommes dévalisés.»
Les manches sont un peu courtes. La chemise est à ma taille. En guise de boutons de manchettes, deux trombones enrobés avec le papier doré du chocolat de bienvenue. J'essaie de faire mon noeud papillon. Celui de CARY est impeccable. Comme son smoking, sa chemise, ses cheveux parfaitement plaqués, coiffés, brillantinés: c'est CARY GRANT. Le smoking est pour lui une seconde nature. Pour moi, une première fois. Tout ici est une première fois.
La France, Cannes, le Festival, cette chambre à l'hôtel Majestic.
Le rouge du dessus-de-lit : le même vif que le sari de maman. Accroché dans son dos déjà je rêvais d'un train. Elle ne savait rien de mes rêves. Elle savait nos chaleurs l'une contre l'autre, mon odeur de nourrisson. Elle savait mes grands yeux noirs émerveillés par tous les bruissements; les corbeaux en escadrilles à l'assaut des cocotiers; mes petits cris, gloussements, babillements ; mes épaules épanouies dans ses mains me massant ; ma poitrine soulevée; le souffle dans mes petits poumons.
CARY passe sa main sur le lissé de ses cheveux. Décroise ses jambes. Se lève. En un tour de main fait mon noeud papillon. L'ajuste.
«Comment vous appelez-vous ?
- Mad'gic.
-Vous êtes acteur ?
- Pas du tout.»
Il s'écarte et me demande :
«Je suis comment ?
- Parfait.
- Ça fiche un coup d'être vu... après toutes ces années.»
Il cherche dans mes yeux ce qui me permet de le voir. Dans les siens le reflet de lumière ne vient pas de l'éclairage de la chambre. C'est celui d'un projecteur. J'y distingue des silhouettes en retrait des sunlights.
HUMPHREY BOGART examine le contenu de ma valise ouverte sur le lit. Lui aussi en noir et blanc. Il ne se reflète pas dans la vitre de la fenêtre. Rançon de la mort: ni ombre ni reflet. II ne nous prête aucune attention. Il a son air de Phil Marlowe. Saisit le thermos posé sur mes vêtements.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli