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Noir austral

Couverture du livre Noir austral

Auteur : Christine Adamo

Date de saisie : 25/04/2006

Genre : Policiers

Editeur : L. Levi, Paris, France

Collection : A corps et à crime

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-86746-414-0

GENCOD : 9782867464140


  • La présentation de l'éditeur

70000 ans avant J.-C. La terre australe est investie par les Aborigènes, qui traversent le détroit de Sunda. Ils vont établir, avec les esprits autant qu'avec les éléments et les extraordinaires animaux de la mégafaune, des relations respectueuses. Jusqu'à l'arrivée des Ventres-de-poisson, les Blancs, au xvllle siècle. Parmi eux, un certain Philippe d'Auberac, naturaliste de La Pérouse, mandé par le roi de France. La rencontre des deux peuples sera violente, sanglante. Un cocktail explosif que les uns et les autres recevront en héritage, parfois sans le savoir. C'est le cas de Liz, d'ascendance française. Quand elle décide de partir en Provence, en l'an 2004 de notre ère, elle est loin de se douter que, depuis Sydney, le passé austral la suit.

Docteur en information scientifique, Christine Adamo a publié un premier roman, Requiem pour un poisson, qui nous emmenait à la découverte du coelacanthe. Elle parvient avec aisance et légèreté à rendre passionnant un sujet que l'on pourrait croire ardu et réservé aux paléontologues: l'évolution de l'espèce humaine.



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  • Les premières lignes

Prologue :

Comme les jours précédents, il avait plu. L'été était là depuis quelques semaines, mais seul le calendrier était susceptible de s'en rendre compte. Et ici comme ailleurs, l'eau avait monté, le fleuve avait élargi son lit. C'était de cette façon que le cadavre s'était mis en mouvement.

Pendant toute une nuit déjà, il avait reposé sur la rive détrempée, sous les branches des saules, à quelques centimètres de l'eau. Vers minuit, le clapotis avait submergé la tête, sans respect pour les cheveux noirs qui avaient été brillants ou pour la peau autrefois caramel, dorénavant blêmissante sur des traits déformés par la souffrance. En montagne, les torrents avaient continué de joindre leurs flots de plus en plus abondants aux rafales de la pluie. A quatre heures du matin, l'eau avait recouvert la poitrine, insinuant quelques rigoles dans la cavité sanglante qui béait, un peu plus bas sur le corps, à l'endroit où s'étaient trouvées les entrailles. Elle en avait chassé les deux rats qui y festoyaient depuis peu. Au petit matin, sur la rive rétrécie, n'émergeaient plus que les pieds, chaussés de baskets si neuves sous le pantalon miteux qu'elles en étaient ridicules.

Et peu avant midi, le cadavre éventré avait été emporté par les flots. Il aurait normalement dû couler à pic vers le fond, avant de remonter plus tard, gonflé comme une baudruche aussi horrible que pitoyable. Mais, même discipliné par la technologie des hommes, le fleuve était puissant. Et ses courants ne s'en laissaient pas conter, surtout en période de crue, lorsqu'il s'agissait de charrier tout ce qui passait à leur portée. Dans l'eau boueuse, le corps, bien que toujours sous l'effet de la rigidité cadavérique, s'était mis à rouler et à bouger en une danse grotesque.

Il n'avait pas été loin. Quelques mètres plus en aval, il s'était arrêté dans les branches d'un arbre riverain qui, plongé dans le fleuve à chaque colère du ciel, avait pris l'habitude de retenir quelques spécimens incongrus. Ce jour-là, cela avait été deux sacs de plastique imprimés du logo d'un supermarché local, une porte de caravane, et un éventré.

Ce dernier se retrouvait donc hors de l'eau, à plat ventre sur le battant de contreplaqué, ce qui restait de ses intérieurs reposant sur une surface encore propre. Cela ne durerait peut-être pas longtemps. Certes, le bassin du cadavre était resté coincé dans les branches, sous la porte. Mais, presque frénétiquement, il basculait au rythme des poussées cadencées exercées par le courant sur les jambes qui pendaient vers le fond.

D'ici peu, la transformation des graisses aiderait à la constitution d'une sorte de cire autour des chairs immergées. En revanche, sur les parties exposées à l'air, les mouches pondraient leurs oeufs. Des larves s'implanteraient. Et le corps deviendrait un formidable réservoir de nourriture.


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