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Les larmes d'Abraham

Couverture du livre Les larmes d'Abraham

Auteur : Alain Melka

Date de saisie : 25/04/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Transbordeurs, Marseille, France

Collection : Roman

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-84957-057-9

GENCOD : 9782849570579


  • La présentation de l'éditeur

Dans le contexte émotionnel et politique de la déconstruction-reconstruction du Proche-Orient, le roman d'Alain Melka, Les Larmes d'Abraham, apporte un éclairage nouveau sur la problématique religieuse qui entoure la perception de l'Etat d'Israël et du message postbiblique.

A une époque où religion se confond trop souvent avec politique Les Larmes d'braham nous proposent un faux dialogue épistolaire à une voix entre le narrateur et son vieil ami Abraham, vieux fou mythomane ou véritable prophète. Peinture sans concession et constat sans appel, réflexions sur l'émergence de chacune des religions monothéistes, de l'aube au crépuscule, les sept lettres d'Abraham n'inventent pas un disco néologique, mais le constatent en une étonnante relecture de quelques textes sacrés, à travers l'aventure singulière d'un anti-héros qui ressemble à chacun de nous.

Ces lettres transposent les errements du passé au devenir dépassé, en offrant à nos contemporains un espace qui s'élargit ou se rétrécit.

Journaliste réalisateur, écrivain, Alain Melka a déjà publié plusieurs ouvrages, dont Les Morts vivent à Auschwitz (éditions transbordeurs).





  • Les premières lignes

Je me suis levé ce matin à l'heure habituelle. J'aime bien souligner cet adjectif, habituel, même quand il ne me rassure plus, même lorsque par un renversement sournois, il devient la figure de l'innommable. Même dans ce cas, l'habituel m'enracine, m'empêche de flotter définitivement, il me garde vivant.

À l'heure habituelle donc, je me suis levé. La fenêtre de ma chambre donne sur un jardin intérieur. J'apprécie la réalité du jardin intérieur lorsque je m'y attarde: lieu clos, mais ouvert vers le ciel, fleuri parfois, feuillu, encombré de cris d'enfants tellement citadins. Il manque au milieu de cet espace une statue de pierre grise, très féminine, avec des seins éclairés latéralement par un soleil matinal. Si cette statue existait, je l'appellerais Chloé.

Important le réveil : sorte de commencement. Pourtant aujourd'hui, je n'ai pas l'impression, même fugace, futile, d'un commencement, rien dans ma chambre n'a l'éclat du neuf, ni la patine rassurante et tendre de l'ancien. Les objets, les meubles, la lumière, les livres, les contours, tout semble être là pour la première fois. Mais rongé par une usure irrémédiable, temporelle. Mon espace se résume finalement à presque rien. Un espace minuscule !

Dès mon réveil, au premier coup d'oeil sur cet univers menu, j'ai eu la certitude que tout était ici par hasard, occasionnellement, sans véritables attaches ; mais aussi la certitude d'être moi-même là depuis toujours : éternité immobile et foudroyante, dépourvue de sens.

Rien ne commence chaque matin, ça recommence, plutôt. Du moins je le crois.

Je suis assis à ma table de travail, dans le vertige d'une écriture inachevée. Voilà plusieurs semaines que j'ai ressorti mes notes et plusieurs lettres envoyées par mon vieil ami, Abraham. J'avais envie d'en faire quelque chose, de raconter une tranche de vie. D'étendre sur le papier nos éternelles angoisses.

Mais ce n'est pas la première fois que je prétends le faire, sans y parvenir. Est-ce tout simplement un manque de courage de ma part ?

Ou cette aventure inachevée, toujours reprise au gré de mes humeurs, réécrite, oubliée, redécouverte, représente-t-elle l'oeuvre finale d'une incroyable rencontre ?

Et peut-être n'arriverais-je jamais à terminer ce récit parce qu'il est, par définition, interminable, parce que le mot fin ne sanctionnerait dérisoirement que l'interrogation provisoire d'une écriture qui reprendrait aussitôt son travail, ouvert ou souterrain, explicite ou sournois ?

Quoi qu'il en soit, je suis assis à ma table de travail, dans le vague malaise esseulé d'une écriture dont je ne parviens pas à saisir le fil, le sens et le besoin, alors que j'ai l'impression que la lumière du dehors change.

Je lève les yeux, je regarde par la fenêtre et je vois les arbres que le printemps a couverts de pousses vertes. La lumière a changé en effet.


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