Auteur : Clothilde Grandguillot | Préface de Pascal Jacob
Date de saisie : 25/04/2006
Genre : Photos
Editeur : Transbordeurs, Marseille, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-84957-050-0
GENCOD : 9782849570500
Universel, marginal et miroir d'une société...
Le cirque m'a guidé à travers le monde. Avec lui, j'ai découvert la steppe mongole, la dictature vietnamienne, la multitude indonésienne, l'évolution française et la passion catalane.
Clothilde Grandguillot est née à Alger en 1971. Elle est photographe et diplômée en ethnologie. En 1997 elle choisit Marseille pour port d'attache et le cirque comme thème de recherche. Les cirques la guident alors au Maroc, en Mongolie, au Viêt-nam, en Indonésie, en France et en Espagne. Ses travaux prennent la forme d'expositions (en France et à l'étranger) et de publications régulières.
Préface de Pascal Jacob :
Des chapiteaux pour collines. Quelques poignées de sciure jetées sur une terre grise, rouge ou noire pour faire office de champs, des semailles aux moissons. Des mâts d'acier ou de bois pour suggérer arbres et forêts, ombres et lumières. Et des roulottes, simples remorques percées de jours, camions bâchés, tous disposés en rond autour d'improbables places de villages reconstituées.
Du cirque comme vision du monde.
De la planète comme terrain de jeu: la steppe mongole s'étire à l'infini, semée de yourtes blanches comme autant de fleurs de feutre, préfigurations nomades de tous les chapiteaux de l'univers. Pourtant, les saltimbanques qui s'y produisent au hasard de leurs pérégrinations jouent le plus souvent à l'ombre d'abris bétonnés. Paradoxe.
Au-delà des plaines, la jungle qui décore l'horizon des bateleurs d'Indonésie est une somptueuse toile de fond. Contrepoint d'abondance, proximité luxuriante, la végétation attise sans fard la misère des caravansérails usés qui parcourent sans relâche l'immense continent. Paradoxe encore.
Ici ce sont les bêtes exhibées sous les bâches fatiguées qui assurent un autre lien avec une nature indomptée et parfois rebelle.
Le ciment teinté, la dentelle des palmiers au-dessus des cours, le bleu iridescent du ciel et des coupoles. Le regard des acrobates vietnamiens est insondable. Leur souplesse aussi. Puissance, mains tendues, étirements. Un autre corps à coeur.
Et puis les baladins d'Occident. Supplément d'âmes au parcours initial, ils se relient sans détours aux acrobates d'Asie, tous héros d'un exil commun, perpétuel et volontaire. Corps vibrants, points d'énergie et ancres de chair. La peau, les peaux, marquent le temps d'un périple sans fin, elles en assument finalement les stigmates.
Brûlures, déchirures. Éclat.
Ainsi les allers et les retours se multiplient d'un territoire à l'autre, tissant fils et trames prévisibles ou imprévues, singularisant à l'échelle du monde une communauté aux ramifications insoupçonnées. Ces fragments imprimés disent la quête inlassable d'un ailleurs. Photographe et acrobates s'y trouvent liés par d'inextricables chaînes de sens, de tendresse. D'amour sans doute.
Fortes et légères, les images se succèdent. Chacune annonce la suivante. Renforce la précédente. Un phénomène de stances, ironiques ou charmées, se met en place, suggérant sans détours une logique de représentation, de spectacle. Pourtant il ne s'agit ici que du quotidien. Des instantanés de l'avant. Ou de l'après.
Mais le jeu est omniprésent.
Mais la vie qui bat confond les rythmes.
Mais le sang qui court sous le papier est aussi vif que sous les peaux, nues ou parées.
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