Auteur : Thierry Savatier
Date de saisie : 25/04/2006
Genre : Art - Peinture
Editeur : Bartillat, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-84100-377-8
GENCOD : 9782841003778
FRUIT DE PLUSIEURS ANNÉES DE RECHERCHE, ce livre retrace toute l'histoire de L'Origine du monde, des arcanes de sa création en 1866 jusqu'à son entrée au musée d'Orsay en 1995. Conçu à l'origine pour Khalil-Bey, collectionneur ottoman résidant à Paris, le tableau de Gustave Courbet a connu un itinéraire des plus extraordinaires que Thierry Savatier éclaire d'un jour nouveau. L'ouvrage s'appuie sur de nombreuses archives publiques et privées françaises, anglaises, hongroises et américaines, et dévoile un pan secret à ce jour: le vol du tableau par les autorités soviétiques en 1945 à Budapest, où après bien des drames son propriétaire le baron Hatvany parviendra à le récupérer. Au début des années 1950, L'Origine du monde revient en France, acquis par Jacques Lacan, avant d'être livré au public. De nombreuses personnalités des XIXe et XXe siècles ont croisé le chemin du tableau : Théophile Gautier, Sainte-Beuve, Edmond de Goncourt, Sylvia Bataille, Alain Cuny, Marguerite Duras, Claude Lévi-Strauss, Dora Maar, René Magritte...
Scandale majeur de l'histoire de l'art, objet de fascination et de répulsion, cette oeuvre, offerte à toutes les interprétations, marque une date de rupture dans l'aventure de la peinture occidentale, qui justifie pleinement cette première «biographie» à part entière.
Thierry Savatier est spécialiste de l'histoire et de la littérature du XIXe siècle. Il est l'auteur d'une édition critique de l'oeuvre érotique de Théophile Gautier (Honoré Champion, 2002)) et d'une biographie de Madame Sabatier (CNRS Editions, 2003).
Au panthéon du cinéma pornographique français repose un étrange film de Frédéric Lansac, intitulé Le Sexe qui parle. Il conte les aventures d'un vagin doué d'un langage plutôt vert, amené à commenter à haute voix ses diverses vicissitudes. Spécialiste de l'histoire et de la littérature du XIXe siècle, Thierry Savatier caresse l'idée d'appliquer ce principe surréaliste au con le plus célèbre de la peinture, L'Origine du monde de Courbet, en rédigeant un roman qui serait les mémoires de cette toile, aujourd'hui conservée au Musée d'Orsay. Il l'annonce dans l'introduction d'un autre livre, un essai des plus sérieux entièrement consacré au tableau.
Essai dans lequel il compare plusieurs fois son travail d'iconobiographe à celui d'un juge d'instruction. Mais un juge qui n'aurait pas oublié d'instruire à décharge. Certes, l'auteur cherche la petite bête, dépouille les archives, jusqu'aux tréfonds de la Hongrie, traque les approximations de ses prédécesseurs, démonte les faux témoignages. Il se livre par exemple à une séance d'identification des suspects - en l'occurrence les modèles possibles de Courbet - digne de s'inscrire dans les anthologies. Celles d'histoire de l'art, tout du moins, métier dont il rappelle à raison la principale faiblesse, pointée avant lui par Jacques Henric : "Décidément, les historiens d'art ne sont pas curieux..."
Lui, si. Cependant, s'il devient parfois un inquisiteur redoutable, il le fait par amour, et dans un dessein politique, au sens le plus noble du mot...
"Si un tableau pouvait parler...", soupire-t-on parfois sans imaginer un instant que le pauvre serait capable, aussi, de répéter toutes les inepties prononcées à son endroit. Le projet avoué de Thierry Savatier de prolonger son essai par une fiction relatant les mémoires de la toile est donc une entreprise risquée. Mais diablement excitante : les langues de tant de personnages célèbres, de Gambetta à Douste-Blazy, se sont déliées devant ce bas ventre touffu, et l'auteur démontre dans le présent ouvrage un tel sens de l'ironie et de la litote, qu'on attend son prochain roman avec l'impatience d'un puceau au bordel.
Extrait de l'introduction :
«Décidément, les historiens d'art ne sont pas curieux...» Un jour que, poursuivant mes recherches sur L'Origine du monde, je lisais le roman de Jacques Henric, Adorations perpétuelles, je tombai sur cette phrase quelque peu ironique. Elle me parut jaillir au beau milieu des autres, comme une évidence. Du parcours de ce tableau célèbre, emblématique et, s'entendait-on à dire, «sulfureux», on ne connaissait finalement que quelques bribes. D'un ouvrage à l'autre, j'avais toujours retrouvé les mêmes indications, émaillées de suppositions parfois fantaisistes, voire rocambolesques que des auteurs n'avaient pas hésité à élever au rang de certitudes. Je m'étais surtout heurté aux mêmes «blancs» - le cauchemar des biographes et des historiens - ces périodes où l'on semble perdre toute trace de l'oeuvre, et où, faute de mieux, on se contente de soupçonner un cheminement clandestin, chaotique, mystérieux. Pour toute autre toile célèbre, on se serait sans doute préoccupé de résoudre ces petites énigmes temporelles. Mais L'Origine du monde n'est pas un tableau comme les autres, il occupe une place unique dans l'art occidental puisqu'il représente, sans concession, sans alibi historique ni mythologique, non seulement le sexe d'une femme, mais LE Sexe de LA Femme et, au-delà, toutes les femmes, amantes et mères incluses. Une symbolique puissante et qui fait peur (aux hommes, bien entendu). Sujet scabreux, provocation choquante, pochade pornographique sans importance, toile tout juste digne de figurer dans l'enfer d'un collectionneur érotomane, les jugements bien-pensants s'étaient accumulés au fil des ans. Qu'un tel sujet eût circulé sous le manteau relevait donc de la norme, sinon de la logique et ces nombreux «blancs» permettaient aux imaginations fertiles de donner libre cours aux fantasmes les plus divers.
Une intuition me suggérait pourtant qu'en grattant un peu le vernis des conventions, il serait possible de combler tout ou partie de ces vides et de restituer au tableau son histoire. II le méritait bien ! J'avais ressenti cette même intuition lorsque, écrivant il y a quelques années la biographie de Madame Sabatier - la Présidente - je m'étais dit que cette affaire de fiasco dont on accusait Baudelaire ne résistait pas au raisonnement. Là encore, la légende entretenue relevait du scabreux, du sordide, voire du racisme : le poète, habitué aux charmes vénéneux de la Vénus noire, Jeanne Duval, femme maigre, noire et perverse, se plaisait-on à affirmer (presque sous-entendu : maigre, noire, donc perverse), avait perdu ses moyens dans les bras de la trop saine Vénus blanche... J'avais eu la chance, au prix d'une longue enquête, d'exhumer de deux ou trois livres médiocres et oubliés consacrés à l'auteur des Fleurs du mal la clef de cette énigme. II n'y avait eu aucun fiasco, bien au contraire, mais les suppositions timides de deux auteurs, reprises par un troisième qui, au mépris de l'honnêteté intellectuelle la plus élémentaire, les avait transformées en vérité révélée. Pendant un siècle, presque tout le monde était «tombé dans le panneau». Le parfum de soufre allait si bien à Baudelaire...
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