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Nathaniel Hawthorne : la fonction éthique de l'oeuvre

Couverture du livre Nathaniel Hawthorne : la fonction éthique de l'oeuvre

Auteur : Edité par Annick Duperray | Adrian Harding

Date de saisie : 24/04/2006

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Publibook.com, Paris, France

Collection : Lettres & langues. Lettres modernes. Recherches

Prix : 28.00 € / 183.67 F

ISBN : 978-2-7483-1111-2

GENCOD : 9782748311112


  • La présentation de l'éditeur

Dans une étude récente, l'écrivain américain Paul Auster évoque "la prose originale et délicate" de Nathaniel Hawthorne, "sa capacité d'allier la complexité d'une observation psychologique pénétrante avec un souci moral et philosophique d'ordre général" : "Hawthorne, le créateur d'allégories, Hawthorne le fabuliste romantique, Hawthorne le chroniqueur de la Nouvelle-Angleterre coloniale au XVITme siècle, et surtout, le Hawthorne réinventé par Borgès (le précurseur de Kafka)."

L'oeuvre de Nathaniel Hawthorne, sous toutes ses formes, se prête au jeu de lectures plurielles et sa rencontre avec les approches critiques contemporaines est des plus productives. Comme l'écrit encore Paul Auster, Hawthorne n'est pas seulement une "figure vénérable du passé littéraire", mais aussi un contemporain, un "homme dont le temps est encore le présent". Animés de semblables convictions, nous avons souhaité publier ce recueil d'essais issus des travaux d'un colloque international, organisé en novembre 2001, dans le cadre d'un cycle d'études intitulé "Ethique et Esthétique" à l'Université de Provence. Nous sommes particulièrement reconnaissants envers Millicent Bell, critique littéraire et ancienne présidente de la société Hawthorne (`Nathaniel Hawthorne Society"), de nous avoir apporté son concours, et à Professor Marc Monthéard, Doyen Académique de The American University of Paris, qui a permis la publication de cet ouvrage.

Annick Duperray, Université de Provence.



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  • Les premières lignes

Hawthorne a fait du chemin depuis qu'il fut la cible des boutades postromantiques de Lawrence, qui dénonçait son «parler d'esthète» et son «innocence», tout autant que les méfaits d'une «suspension» toute romantique du sens éthique. Suite au travail effectué par Perry Miller pour sonder l'influence du puritanisme sur la littérature américaine, Hawthorne a été réinséré dans l'Histoire et l'historicisme, que ce soit de l'ancienne ou de la nouvelle école, notamment par Sacvan Bercovitch et Michael Colacurcio. La notion même de Romance nous invite évidemment à nous servir du réel et de l'imaginaire comme des instruments de déstabilisation réciproque, comme si la possibilité de l'éthique était elle-même une sorte d'orphelin historique.

De la même manière, un recueil d'articles centrés sur «la fonction éthique» dans l'oeuvre de Hawthorne peut espérer tirer profit de la prolifération actuelle de lectures historicistes et psychanalytiques afin d'explorer de nouveaux territoires, qu'ils soient «neutres» ou pas. Ces lectures s'opposent-elles, ou au contraire peuvent-elles, comme l'écrivait Hawthorne, se «rencontrer» et «s'imprégner chacune de la nature de l'autre» ?

Si nous devions accepter, par exemple, la notion de Austin Warren selon laquelle la Lettre écarlate serait «un exercice littéraire de théologie morale», comment pourrions-nous reconnaître une fonction éthique au-delà des limites historiques de cette théologie ? Ou alors devrions-nous suivre l'exemple de Henry James, qui regrette l'emprise de l'allégorie sur un récit, par ailleurs remarquable, qu'il considère sur bien des points comme le premier «roman américain» ? Ce prétendu excès allégorique nous dispenserait-il de tenir compte des contraintes historiques ? Que signifie donc le narrateur de la Lettre écarlate lorsqu'il évoque «la loi du monde» qui «ne fut pas une loi pour son esprit» ?

Nous nous trouvons confrontés ici à une question complexe, celle qui consiste à définir les conditions de base permettant l'évaluation de l'éthique dans l'oeuvre de Hawthorne. Jusqu'à quel point se conforme-t-elle à une éthique puritaine elle-même fracturée et relativisée sous l'effet du processus historique et du renouvellement des générations ? Ceux qui suivent une ligne déconstructionniste, comme Hillis Miller, soutiennent que «la possibilité d'un dévoilement, apocalyptique ou autre, est elle-même impossible». Comment concevoir alors une fonction éthique ? Il s'agit, semble-t-il, de renforcer la conception d'une éthique de la lecture et d'abandonner à son destin l'éthique historicisée de la culture puritaine.

Il conviendra de définir le «monde» dont parle précisément le narrateur. L'écriture de Hawthorne ne s'évade que très rarement du territoire américain, par exemple dans «Rappaccini's Daughter» ; la question des frontières culturelles de l'éthique, et de leur forme imaginaire, a parfois une nécessité géographique.


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