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Je ne lui ai pas dit que j'écrivais ce livre

Couverture du livre Je ne lui ai pas dit que j'écrivais ce livre

Auteur : Nadine Vasseur

Date de saisie : 24/04/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : L. Levi, Paris, France

Collection : Histoire et essais

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-86746-407-2

GENCOD : 9782867464072


  • La présentation de l'éditeur

«Ils sont nés après la guerre. Ils ont en commun d'avoir un père, une mère qui a survécu à un des camps d'Auschwitz, comme Nadine Vasseur qui les a interrogés pour tenter de comprendre quelle relation ils eurent avec ce parent et en quoi l'inscription dans cette histoire les a marqués. Les treize récits qu'elle restitue étonnent par leur justesse, par la délicatesse, la beauté souvent, de la pensée et de l'expression. Chacun cherche sa vérité, suspend tout jugement, hésite, pèse ses mots, désire être lucide et dessine un portrait qui infléchit l'image que nous avons de ceux qui ont survécu à Auschwitz et que nous connaissons parfois parce qu'ils sont devenus à des degrés divers des personnages publics. [...] Ils ne se perçoivent pas comme une "génération", ne réclament pas une place particulière dans un récit historique. C'est le paradoxe d'un livre passionnant...

Annette Wieviorka.


Nadine Vasseur a été productrice du Panorama de France Culture de 1982 à 1997. Elle est aussi l'auteur de livres d'enquêtes et de reportages dont Le Poids et la voix (Le temps qu'il fait, 1996) et Il était une fois le Sentier (Liana Levi, 2000) et de livres d'art dont le dernier est Les Incertitudes du corps (Seuil, 2004).



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  • Les premières lignes

Extrait de la préface :

Ceux qui, comme moi, sont nés après la guerre de parents rescapés des camps ont, en France, fort peu parlé. Sinon par bribes éparses. Parfois dans le secret et la solitude du cabinet d'un analyste. C'est qu'il était sans doute trop tôt. Il fallait que du temps s'écoule pour qu'il soit possible de prendre la mesure du trajet d'une vie et de la manière dont celle-ci fut infléchie par ce difficile héritage. Il fallut de longues années pour que le pacte du silence puisse être enfin brisé, un pacte tacite qui s'était établi de lui-même depuis toujours et qui, au silence de nos parents, nous faisait répondre par le mutisme. Ne pas interroger, ne pas parler de nos tourments. La survie de nos parents, nous semblait-il, était à ce prix. Comment pouvions-nous ne pas craindre de les blesser, eux qui l'avaient déjà tant été ? Comment oser leur ôter leur seule consolation qui était de croire que leurs enfants, eux au moins, vivaient le paradis sur terre ?

Mais aussi, comment ne pas ressentir l'indécence à prétendre parler de soi, de ses difficultés à vivre, quand ceux auxquels on doit la vie ont eu à subir le pire ? Comment oser leur faire violence à briser le sceau du secret ? Contrairement aux rescapés ou aux enfants cachés, nous n'avons, en apparence, rien subi de la monstruosité de la guerre. Nous avons vu le jour dans un pays en paix qui allait bientôt devenir prospère. Nous avons pu faire des études, souvent réussi. Le bonheur en somme. Mais du silence et des cris, des fantômes dont notre enfance fut bercée, qu'avons-nous fait ? Quelle est la part de notre être qui, à la mémoire de l'horreur, reste indissolublement liée ? Quelles sont nos hantises, nos victoires ? C'est tout cela que je suis allée demander à ceux qui témoignent dans ce livre. Ils m'ont tous répondu avec une franchise et une liberté qui m'ont profondément émue, impressionnée.

Ma première intention, pour cette préface, était de m'effacer derrière leur parole, ainsi que je l'ai fait dans les entretiens. Le courage avec lequel les uns et les autres s'exposent dans les pages qui suivent m'a convaincue qu'il était impossible que je me dérobe à cette entreprise commune. Leur confiance m'imposait de les suivre, et de m'exposer à mon tour. Même plus brièvement.

Contrairement à la plupart des rescapés dont il est question dans ce livre, ce n'est pas à Paris que mon père a été arrêté avant d'être convoyé vers différents camps, mais à Berlin où ses parents, d'origine polonaise, étaient venus s'installer à la fin des années dix. Ils y exerçaient la profession de tailleur. Lorsqu'il est déporté avec sa mère en octobre 1942, vers les pays baltes, mon père n'a que quinze ans. Son père, arrêté dès le début de la guerre, est déjà mort au camp de Grossrosen. Sa mère sera exécutée dès l'arrivée du convoi en Estonie. Quant à sa soeur aînée Gerda, restée cachée à Berlin chez des amis non juifs, mon père ne devait plus jamais avoir de nouvelles d'elle.


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