Passion du livre - tout sur le livre : Vents de Carême

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Vents de Carême

Couverture du livre Vents de Carême

Auteur : Leonardo Padura Fuentes

Traducteur : François Gaudry

Date de saisie : 24/04/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Suites, n° 122

Prix : 9.00 € / 59.04 F

ISBN : 978-2-86424-581-0

GENCOD : 9782864245810


  • La présentation de l'éditeur

Quand les vents de carême annonciateurs de l'infernal printemps cubain commencent à. souffler, toutes les journées deviennent troublantes pour l'inspecteur Mario Conde. Il tombe amoureux d'une éblouissante saxophoniste, amateur de jazz, et enquête sur la mort d'une jeune professeur, enseignante dans le lycée dont l'inspecteur et ses amis gardent une si grande nostalgie. Mario Conde pénètre alors dans un monde en pleine décomposition, où règnent l'arrivisme, le trafic d'influence, les fraudes, la drogue. Il perd une partie de ses illusions mais vit une histoire d'amour et de musique dont il ne peut imaginer le dénouement.

«L'ombre de Manuel Vàsquez Montalbân plane sur ce livre entre sourires, sensualité et désespoir... Et la nostalgie suinte à travers les pores d'une écriture qui peut tout dire - l'amour, la mort, la haine, le sexe, la solitude -, sans jamais perdre cette grâce qui est la vertu des grands écrivains.»

Michèle Gazier, Télérama

«Confronté aux embûches du temps, Conde s'installe dans les ombres moites d'une Cuba fiévreuse et délétère comme une vigie fantomatique. Si les trois autres romans sont superbes, ce Vents de carême, douloureux et émouvant, comme la vie lorsqu'elle tourne en rond et s'enfuit entre les doigts telle une poignée de sable, est tout simplement magique. Dans un style d'une somptueuse puissance, le Cubain Leonardo Padura envoûte irrévocablement son lecteur.

Christian Gonzalez, Madame Figaro





  • Les premières lignes

Printemps 1989.

C'était le mercredi des Cendres et, avec la ponctualité de l'éternel, un vent aride et suffocant, comme envoyé directement du désert pour remémorer le sacrifice nécessaire du Messie, s'engouffra dans le quartier, soulevant les détritus et les angoisses. Le sable des carrières et les vieilles haines se mêlèrent aux rancoeurs, aux peurs et aux déchets débordant des poubelles, les dernières feuilles mortes de l'hiver s'envolèrent avec les émanations fétides de la tannerie et les oiseaux du printemps disparurent, comme s'ils avaient pressenti un tremblement de terre. L'après-midi se flétrit sous des nuées de poussière et respirer devint un exercice conscient et douloureux.

Debout sous le porche de sa maison, Mario Conde observait les effets de cet ouragan apocalyptique : rues désertes, portes fermées, arbres abattus, le quartier paraissait dévasté par une guerre efficace et cruelle. Alors il sentit croître en lui, avivée par les bourrasques, une vague prévisible de soif et de mélancolie, et imagina que derrière les portes barricadées déferlaient des ouragans de passions aussi dévastateurs que le vent de la rue. Il percevait l'absence de toute perspective pour la nuit qui approchait et l'aridité de sa gorge comme l'oeuvre d'un pouvoir supérieur capable de modeler son destin entre une soif infinie et une solitude invincible. Face au vent, fouetté par la poussière qui lui rongeait la peau, il admit sans remords marxistes qu'il devait y avoir quelque chose de maudit dans ce souffle d'Armageddon qui se déchaînait chaque printemps pour rappeler aux mortels la montée du fils d'un homme vers le plus dramatique des holocaustes, là-bas à Jérusalem.

Il inspira jusqu'à sentir ses poumons saturés de terre et de suie, et lorsqu'il estima avoir payé sa part de souffrance à son vigilant masochisme, il revint se mettre à l'abri du porche et ôta sa chemise. La sensation de sécheresse dans sa gorge était plus intense et l'évidence de sa solitude l'avait envahi, devenant plus difficile à localiser en quelque recoin précis de son corps. Elle s'écoulait librement, comme parcourant son sang. "Toi et tes putains de souvenirs !" lui disait son ami le Flaco Carlos, Carlos le Maigre, mais il était inévitable que le carême et la solitude réveillent des souvenirs. Le vent soulevait les sables noirs et les scories de sa mémoire, les feuilles sèches de ses amours mortes et les relents amers de ses fautes avec une insistance plus perverse qu'une soif de quarante jours dans le désert. Que le vent aille se faire foutre, se dit-il en pensant qu'il ferait mieux de ne pas se triturer les méninges avec sa mélancolie puisqu'il en connaissait l'antidote : une bouteille de rhum et une femme - bien pute de préférence - étaient le traitement instantané et parfait pour cette dépression envahissante.

Le rhum, ça peut s'arranger, pensa-t-il, même dans les limites de la loi. La difficulté était de combiner le rhum avec cette femme qu'il avait rencontrée trois jours plus tôt et qui provoquait chez lui cette gueule de bois d'espoirs et de frustrations. C'était le dimanche précédent, après avoir déjeuné chez le Flaco, qui n'était plus du tout maigre, et constaté que Josefina était de mèche avec El Diablo. Seul ce boucher au surnom infernal pouvait encourager le péché de gourmandise où les avait précipités la mère du Flaco : incroyable mais vrai, pot-au-feu à la madrilène, presque authentique, expliqua la femme quand elle les fit passer à la salle à manger où les attendaient les assiettes de bouillon et, circonspect et débordant de promesses, le plat de viandes, de légumes et de pois chiches.


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