Auteur : Gilles Lipovetsky
Date de saisie : 21/04/2006
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : NRF Essais
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-077737-2
GENCOD : 9782070777372
Sous-tendu par la nouvelle religion de l'amélioration continuelle des conditions de vie, le mieux-vivre est devenu une passion de masse, le but suprême des sociétés démocratiques, un idéal exalté à tous les coins de rue. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase du capitalisme : la société d'hyperconsommation.
Un Homo consumericus de troisième type voit le jour, une espèce de turbo-consommateur décalé, mobile, flexible, largement affranchi des anciennes cultures de classe, imprévisible dans ses goûts et ses achats, à l'affût d'expériences émotionnelles et de mieux-être, de qualité de vie et de santé, de marques et d'authenticité, d'immédiateté et de communication. La consommation intimisée a pris la relève de la consommation honorifique dans un système où l'acheteur est de plus en plus informé et infidèle, réflexif et «esthétique». L'esprit de consommation a réussi à s'infiltrer jusque dans le rapport à la famille et à la religion, à la politique et au syndicalisme, à la culture et au temps disponible. Tout se passe comme si, dorénavant, la consommation fonctionnait tel un empire sans temps mort dont les contours sont infinis.
Mais ces plaisirs privés débouchent sur un bonheur blessé : jamais, montre Gilles Lipovetsky, l'individu contemporain n'a atteint un tel degré de déréliction.
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Il y a une énigme Lipovetsky : dès son premier livre, «l'Ere du vide», on a pris sa pensée pour une approbation de l'ordre existant. C'était mal le lire : s'il refuse la posture du juge, abhorre les discours catastrophistes, il pose sur notre temps le regard d'un médecin qui énonce froidement son diagnostic. Mais c'est une froideur brûlante qui laisse affleurer l'admiration autant que l'effroi. Derrière l'impassibilité du sociologue perce le regard du moraliste qui adhère ou déteste, et dont la tonalité, d'ouvrage en ouvrage, s'assombrit un peu plus. Prenez son dernier essai, l'un des plus aboutis et des plus emblématiques de ces tiraillements. S'interrogeant sur la passion du bien-être qui envahit nos sociétés, Lipovetsky la rattache à l'hyperconsommation, troisième stade de nos économies marchandes, qui gagnent chaque jour de nouveaux territoires. Le «turboconsommateur», fébrile, décalé, imprévisible, affranchi des traditions et des anciennes tutelles, est en quête de sensations renouvelées, d'une intensification du quotidien, de sources de plaisir indéfinies... On découvre un Lipovetsky déchiré par son sujet : rêvant à la fin d'un ordre postconsumériste, il condamne ce qu'il a encensé auparavant, le caractère chimérique et médiocre de notre matérialisme. Alors prenant le beau risque de se désavouer, il fait oeuvre de philosophe, gagne en profondeur ce qu'il perd en cohérence.
On a souvent reproché aux intellectuels, de Jean Baudrillard à Philippe Murray en passant par Guy Debord, de décrire ce qu'il est convenu d'appeler «la société de consommation» comme le comble de l'aliénation. De plus en plus de biens et de moins en moins de joie, de plus en plus de spectacle et de moins en moins d'émotion. Nous manquait un sociologue optimiste qui prenne le contre-pied de cette démoralisation ambiante pour nous faire miroiter quelle chance nous avons de vivre en un temps où les futilités en tout genre peuvent s'épanouir sans entraves.
Depuis la parution de L'Ere du vide en 1983, ce rôle semble être dévolu à Gilles Lipovetsky,...
Dans Le Bonheur paradoxal, essai sur la société d'hyperconsommation, son dernier ouvrage, il analyse l'évolution de la consommation de masse depuis 1880 jusqu'à nos jours. Des débuts de la publicité à «l'hyper consommation» des années 1980, où le rapport avec les objets achetés est devenu moins fonctionnel et plus «émotionnel», en passant par le boom des années 50, il décrit un processus qui a «émancipé» les peuples des traditions et des particularismes, mais aussi adouci les moeurs en nous délivrant des idéologies guerrières. Une irrésistible dynamique qui, selon l'auteur lui-même, corrode aussi certains liens sociaux... Certains s'en désolent.
Pas Lipovetsky qui considère que ce type de phénomène est le prix à payer de l'émancipation individualiste qui caractérise nos sociétés...
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