Auteur : Christian Eudeline
Date de saisie : 05/05/2006
Genre : Musique, Chansons
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : X-trême
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-207-25731-9
GENCOD : 9782207257319
Une version officielle voudrait qu'il n'y ait eu dans les années 60 que Claude François, Sheila et Johnny Hallyday. Christian Eudeline rend justice à des dizaines de groupes et de chanteurs parfois moins connus aujourd'hui, mais dont l'importance créatrice a été immense. Rockers, mods, beatniks, hippies ont formé en France la toile de fond de cette révolution du goût, du vêtement, des valeurs dont nous sommes aujourd'hui les héritiers. Plus radicaux que le phénomène yéyé grand public, ils se définissent comme le courant anti-yéyé.
Des Lionceaux aux Somethings, en passant par Stone et Charden et les débuts de Polnareff, de Stella à Jean-Pierre Kalfon en passant par Pollux, Antoine et les Gipsys, jamais on n'avait retracé, avec autant de révélations et d'anecdotes, l'histoire de ce foisonnement musical qui s'arrête aux portes du punk, en interrogeant de nombreux musiciens (Ronnie Bird, Gérad Rinaldi, Jean-Pierre Kalfon) qui n'avaient jamais parlé de cette période de leur vie.
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On pense à tort que mai 68 ne fut l'oeuvre que des étudiants et des intellectuels. Christian Eudeline, dans un livre édifiant, nous rappelle le rôle joué par ceux qu'il nomme les anti-yéyés, ces chanteurs provocateurs, carrément subversifs, qui, avant l'heure, préparaient des cocktails détonants.
Les années 60, les sixties plus exactement car cet anglicisme leur correspond mieux, furent une drôle d'époque. Très médiatisée, mais finalement mal connue et surtout mal analysée. Elles ont été perçues comme la période de la légèreté agréable, sympathique, ludique, colorée. Leurs hérauts ? Les yéyés, des chanteuses et des chanteurs gentils comme tout mais un peu nunuches, «politiquement corrects» avant l'heure, «pompant» les standards du rock et du rhythm'n'blues made in USA pour en faire des versions françaises approximatives, ornées de paroles au mieux amusantes, souvent insignifiantes.
Face à eux, il y avait les «anti-yéyés». Qui étaient-ils ? Antoine, Hector, Michel Polnareff, les Lionceaux, Ronnie Bird, Gérard Rinaldi, Stella, et bien d'autres...
Les anti-yéyés rêvent d'un monde nouveau et de paix. Antoine deviendra leur porte-parole. C'est un rebelle. Chevelu, portant des chemises à fleurs, il ose répondre à sa mère, se gausse d'Yvette Horner, fustige le président de la République, dénonce la guerre comme l'avait fait un certain Boris Vian quelques années plus tôt. Le très hirsute et bien allumé Hector (qui est assisté sur scène et dans la vie par un valet de pied) se fait cuire un oeuf sur la flamme du Soldat inconnu. Il prend son bain dans la fontaine de la place de la Concorde, arrive à l'un de ses galas à dos d'éléphant. Marcel Duchamp n'eût pas fait mieux...
Extrait de l'introduction :
«Ces jeunes gens ont de l'énergie à revendre, qu'on leur fasse construire des routes !» Cette phrase prononcée par le général de Gaulle au lendemain de la Nuit de la Nation, marque bien le fossé qui sépare les générations. D'un côté, (il y a) les anciens, ceux qui ont connu la guerre, les restrictions et qui ne pensent qu'au travail. De l'autre, ces jeunes gens nés du baby-boom, qui n'attendent qu'une bonne occasion pour s'amuser : l'Oncle américain et son rock and roll en sont justement une excellente. Or ce 22 juin 1963, plus de 150 000 jeunes sont venus à l'appel du magazine Salut les copains qui fête à la fois son premier anniversaire et les 20 ans de Johnny Hallyday, en musique, au son d'une danse qui fait fureur, le twist.
Au programme l'idole, mais aussi Sylvie Vartan, Richard Anthony, Danyel Gérard et les Chats Sauvages... Les autorités sont débordées et même scandalisées. Comment peut-on accorder autant de crédit à un jeune chanteur et à des rythmes qui ressemblent à tout sauf à de la musique ? C'est que les occasions de se divertir sont encore rares à cette époque, et qu'aussi il y a un autre événement qui aux yeux de cette jeunesse est bien plus important, l'indépendance de l'Algérie, acquise par référendum le ter juillet 1962, soit la certitude de ne pas aller sacrifier ses plus belles années pour une cause qui leur reste étrangère... La raison de sortir, le prétexte qui pousse à aller à la rencontre des autres copains est donc double, mais la presse bien-pensante de l'époque ne peut s'empêcher de s'indigner. Le Figaro par exemple, en la personne de Philippe Bouvard, y va de son commentaire d'arrière-garde : «Quelle différence entre le twist de Vincennes et les discours d'Hitler au Reichstag ?»
La déchirure naît à partir de ce moment-là, mais comment pourrait-il en être autrement ? Comparer une réunion de jeunes désireux de passer une agréable soirée avec un meeting fasciste semble tellement ridicule. Elle apparaît pourtant comme la voix de la raison, celle de ceux qui savent puisque plus âgés... Cette incompréhension totale ne cessera de s'accentuer au fil des mois et des années, démultipliée lorsque des groupes d'origine anglo-saxonne insuffleront un vent de révolte dans leurs compositions, qui plus est avec des looks n'obéissant absolument pas du tout aux usages de l'époque. Bob Dylan évidemment avec «Blowin'In The Wind» qu'aujourd'hui on étudie en cours d'anglais, mais aussi les Beatles, qui se demandent pourquoi ils payent tant d'impôts dans «Taxman» ou les Rolling Stones qui crachent à la face du monde une formule éclatante : «I Can't Get No Satisfaction...» Celle-là, il n'est pas besoin d'être bilingue pour la comprendre !
Bob Dylan prouve qu'il n'est pas nécessaire d'être un grand chanteur pour faire passer ses idées, mais que surtout il y a des sujets plus importants que des simples amourettes. La politique intérieure, les relations internationales, la guerre au Vietnam nous concernent tous, surtout à 20 ans car cela reste le plus bel âge, celui où l'avenir peut encore se construire. C'est ce qu'on appelle le protest song. Son essence ? Le commentaire social saupoudré d'une bonne dose de critique. Il est temps de changer...
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