Auteur : Cesare Battisti
Préface : Bernard-Henri Lévy
Postface : Fred Vargas
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Grasset, Paris, France | Rivages, Paris, France
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-246-70851-3
GENCOD : 9782246708513
«Ecrire pour ne pas me perdre dans le brouillard des journées interminables, la tête enfouie sous un coussin, me répétant que ce n'est pas vrai. Que ce n'est pas moi, cet homme que les médias ont transformé en monstre puis réduit au silence des ombres. Qu'il ne peut s'agir que d'un personnage de roman, un de ces coriaces qui cherchent à s'imposer et détruire le récit qu'on est en train d'écrire. Je leur ai couru trop souvent derrière au fil de mes livres pour ne pas les reconnaître. Et je sais qu'il n'est pas facile de les rattraper. Je refais donc le chemin à l'envers, je me raconte. Tout cela ressemble à un journal intime. J'ai toujours eu horreur des journaux intimes.»
Cesare Battisti.
Cet «inquiétant, terrifiant mais passionnant récit» (Bernard-Henri. Lévy) nous a été envoyé, comme une bouteille à la mer, par un homme en cavale accusé de plusieurs meurtres. Il en est qu'une telle accusation pourrait éloigner de ce livre. Mais s'ils l'ouvrent sans préjugés, ils sortiront pour le moins ébranlés de la lecture de ce document exceptionnel.
Préface de Bernard-Henri Lévy Postface de Fred Vargas.
Un écrivain n'est pas un fugitif comme les autres. Il promène un miroir le long de son exil. Il reste un artiste. «Ma cavale», par Cesare Battisti, est une plongée dans l'errance et la solitude. L'auteur nous emmène avec lui. Un fugitif ordinaire efface la trace de ses pas, son but est de disparaître. Battisti ne se contente pas de fuir. Il veut continuer à exister, c'est-à-dire à écrire. Il a tout laissé derrière lui sauf ses lecteurs. Ils passent les frontières avec lui. Un coup à se faire remarquer.
On le suit dans sa fuite et peu importe ce qu'il fuit. On tremble lorsque quelqu'un le regarde trop fixement ou lorsqu'il tombe, dans une ville improbable, sur des touristes italiens qui pourraient le reconnaître. On oublie tout ce qu'on a entendu, lu ou pensé sur lui. On souhaite qu'il échappe à ceux qui le traquent. Il y va de notre propre survie. En bon auteur de polars, il nous transforme en copains de cavale. On a peur pour lui, pour nous.
On est de son côté parce qu'il nous parle. Son récit est préfacé par Bernard-Henri Lévy, qui confie pourquoi il le défend, et suivi d'une postface de son amie Fred Vargas, qui explique pourquoi, prisonnier de ses anciens amis, il s'est si mal défendu lui-même. Mais c'est la voix de Cesare Battisti que l'on suit dans les pays imaginaires où il dit avoir trouvé refuge et qui ressemblent à un Orient des années 1930 où on s'attend à voir surgir Kessel, Monfreid, Corto Maltese et même Tintin. Une voix qu'on craint de perdre parce qu'elle nous parle de nous... Son livre est un cri de désespoir et de rage, il révèle l'ami trahi, le romantique égaré et aussi l'éternel lampiste des causes perdues. On le croit lorsqu'il affirme : «Je n'ai jamais tué.» C'est un rêveur incapable de se servir d'une arme puisqu'il ne sait manier que les mots...
... Ma cavale. Son treizième livre, après les polars qu'on lui connaissait, toujours un peu autobiographiques. Celui-là l'est aussi et, cependant, forcément différent. «Unique moyen de tenir le coup», nous dit l'auteur en fuite. Ecrire et raconter. Le 17 août 2004, à Paris, il a les flics français sur les talons, la justice française a donné le feu vert à son extradition. Plus qu'une question de semaines, de mois peut-être. Et, au bout, la prison à vie pour quatre meurtres, dont il se dit innocent, commis à la fin des années 70, dans l'Italie des «années de plomb». Le salut, c'est l'exil.
Première partie, écrite à la première personne, la jeunesse, les squats, la prison déjà et, dans une Italie bouleversée par les combines politiques et financières, l'entrée en politique. Avec une rencontre qui changera sa vie. Pietro Mutti était l'irréductible, l'impitoyable chef des Prolétaires armés pour le communisme (PAC). Il deviendra, quelques années plus tard, un des plus célèbres repentis d'Italie. Balançant et accablant ses ex-compagnons, Mutti fut récompensé de seulement neuf années de prison. Pour les autres, dont Battisti, ce fut perpétuité. En son absence, par contumace...
Se souvenir, avec détresse, de ses enfants, de ses amours, de ses amis. Et puis se tromper. Arriver désemparé sur un îlot désert plein de gros lézards. Repartir. Accoster, affolé, dans un paradis de soleil et de mer bourré d'Italiens et d'Ethiopiens.
Où donc ? s'exaspère le lecteur en reprenant tout depuis le début, pour se souvenir que Battisti n'est pas écrivain de polars pour rien et que son talent, c'est justement l'embrouille. Ou peut-être pas... Alors se contenter d'être captif de ce récit terrifiant. Et enfin, accoster dans le nouveau pays d'Auguste, «plus grand qu'un continent». Lequel, bordel ?
Cesare Battisti serait-il le nouveau capitaine Dreyfus ? La victime d'un complot politico-judiciaire ? C'est en tout cas la thèse défendue par l'ancien terroriste italien dans un livre rédigé en clandestinité, et dont Le Figaro Littéraire révèle le contenu. Tout au long de ce texte, intitulé Ma Cavale et agrémenté d'une préface de Bernard-Henri Lévy et d'une postface de Fred Vargas, Cesare Battisti affirme qu'il n'a «jamais tué» ni même «jamais tiré sur personne». La coqueluche de Saint-Germain-des-Prés, installé à Paris en 1990 - reconnu coupable de plusieurs assassinats par la cour d'assises de Milan, et qui a pris la fuite en août 2004 pour éviter d'être extradé - se dit donc broyé par une gigantesque machination.
Ce qu'il a vraiment fait pendant les «années de plomb», qui ont fait 350 morts et 750 blessés graves ? Peu de chose, à l'en croire...
En dépit des arguments d'ordre humain évoqués par Battisti et qui méritent considération - une vie rangée, une épouse, deux enfants - il ressort donc de ce livre une impression pénible de morgue et de paranoïa. L'ancien terroriste se dit victime d'un complot réunissant «ministres, ambassadeurs, magistrats compromis, «journalistes» de service et affairistes de tout acabit». Le romancier voue une animosité particulière aux journalistes italiens, qui «avaient les voix excitées et les manières agressives d'une troupe envoyée au front». Quant au feu vert de trois juridictions successives à son extradition - la cour d'appel de Paris, la Cour de cassation, le Conseil d'Etat - voilà qui prouve seulement pour lui «la soumission de la justice» au pouvoir...
Reste la question : pourquoi ce «coup médiatique» ? En prenant le risque de faire parler de lui à nouveau, le condamné en cavale a sans doute surtout pour objectif de contraindre le Parti socialiste français à lui réaffirmer son soutien, à un an de l'élection présidentielle de 2007. En cas de victoire de la gauche en France, l'auteur de polar pourrait alors sortir de la clandestinité et vivre de nouveau au grand jour à Paris. Au grand dam de la gauche italienne.
POURQUOI JE LE DÉFENDS par Bernard-Henri Lévy.
J'ai croisé, quelquefois, Cesare Battisti.
J'aime ses livres - à commencer par Le Cargo sentimental, ou Dernières Cartouches.
Mais faut-il le préciser ?
Je n'ai ni sympathie ni antipathie particulières pour la figure qu'il est devenu.
Je n'ai pas d'idée arrêtée sur son implication, ou non, dans les deux crimes dont il a été jugé coupable et qu'il nie.
Et quant au terrorisme, c'est peu de dire qu'il me fait horreur : il n'a jamais, selon moi, ni circonstances atténuantes ni excuses ; il n'y a jamais, nulle part, de situation qui justifie que l'on tue, de sang-froid, un civil ; c'est vrai au Pakistan ; c'est vrai au Proche-Orient ; et c'était vrai, de la même façon, dans cette Italie des années de plomb où je disais déjà, à l'époque, face a des assemblées d'«autonomes» de Milan ou d'«extraparlementaires» de Bologne tentés de basculer, que le choix de la «lutte armée» était un choix infâme, inscrit dans l'histoire infâme des fascismes et n'ayant plus qu'un très lointain rapport avec les idéaux d'émancipation.
C'est dire que si j'ai, il y a quelques mois, pris fermement parti contre la décision d'extrader l'ancien militant des Prolétaires armés pour le communisme et si, aujourd'hui, non content de persister et de signer, je prends la responsabilité de présenter au lecteur français le nouveau livre qu'il nous adresse, cette fois depuis sa cavale, c'est pour des raisons, de forme et de fond, qui n'ont rien à voir avec je ne sais quelle complaisance, ni pour ce qu'il est réputé être ni, bien sûr, pour ce qu'il est accusé d'avoir fait.
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