Passion du livre - tout sur le livre : Tout sauf un ange

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Tout sauf un ange

Couverture du livre Tout sauf un ange

Auteur : Jean-Pierre Milovanoff

Date de saisie : 21/04/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-246-62061-7

GENCOD : 9782246620617


  • La présentation de l'éditeur

"Je ne sais plus chez quel romancier russe j'ai lu que le monde est peuplé de velléitaires tourmentés par leurs illusions" : Jean-Simon Blaize et Cora Eden, les deux narrateurs principaux, sont de ceux-là. Le premier, comédien raté, asthmatique comme Jouvet, mais frivole et paresseux, célèbre à l'orée du roman ses quarante ans et sa retraite loin de la capitale, dans une bastide cévenole. A la fête qu'il organise surgit Cora Eden, qu'il connut à ses débuts sur scène : comme lui, mais plus tôt, Cora a renoncé à sa carrière de comédienne. Ce soir-là, Cora et Jean-Simon, dont la relation se teinte d'un mépris réciproque, se découvrent une attache commune : Georgio Vilanovitch, metteur en scène et dramaturge tyrannique, dont les créations oscillent entre sordide et féérie ; Georgio, grand solitaire, "aux yeux verts qui ne vous laissent pas tranquilles". Jean-Simon et Georgio sont amis depuis le lycée ; au fil des années, le premier a pu suivre, non sans quelque amertume, le succès grandissant du second. Cora est devenue l'assistante du metteur en scène : à défaut de jouer sous sa direction, factotum résignée, elle a su se rendre indispensable. Pour l'un et pour l'autre, Georgio est le miroir inversé et cruel d'une existence médiocre. Quant à Gladius, le clown mélancolique et depuis peu l'amant de Cora, il n'a pas su voir, vingt ans auparavant, que le jeune Georgio qui le conduisait alors au succès, lui prenait aussi sa femme...
Georgio meurt prématurément, fauché par une auto sur un boulevard parisien. Il laisse à Jean-Simon et à Cora une confession inachevée, comme un dernier coup de théâtre, levant le voile sur le ressort énigmatique de son existence, celle d'un être plein d'orgueil, "tout sauf un ange", né de père inconnu, mu par le seul désir d'échapper au destin misérable de sa propre mère battant le pavé le soir pour vendre, contre quelques pièces, des fleurs à l'unité.
Reprenant la plume qu'il leur tend au-delà de la mort, Cora et Jean-Simon, en alternance, comme s'ils se donnaient la réplique, racontent : à leur tour ils mettent à nu leur propre existence, sous les feux de la rampe d'une relation triangulaire désormais sans fard. C'est l'histoire que nous lisons, orchestrée par les mots de l'ami disparu, dont la confession, récit gigogne inséré à la fin du roman, fournit la clé : "ne pas sourire dans la défaite".

Jean-Pierre Milovanoff, né à Nîmes, a publié, entre autres, La Splendeur d'Antonia (1996, prix Delteil et prix France Culture), et chez Grasset : Le Maître des paons (1997, prix Goncourt des lycéens), L'Offrande sauvage (1999, prix des libraires), La Mélancolie des innocents (2002, prix France-Télévisions), Dernier couteau (2004) et Le Pays des vivants (2005).





  • La revue de presse Philippe-Jean Catinchi - Le Monde du 21 avril 2006

Ils sont trois. Trois personnages. Trois voix plutôt, puisqu'aucun des protagonistes n'est en scène lorsque Jean-Pierre Milovanoff les saisit. Jean-Simon Blaize en sort juste. S'imposant une retraite anticipée, une quarantaine en somme, avance-t-il, content d'un jeu de mots que personne ne remarque. Camarade de lycée de Jean-Simon, Georgio Vilanovitch n'y paraît plus guère, metteur en scène en pleine ascension dont la faveur publique creuse toujours plus l'écart entre lui et ceux qui gravitent autour de l'astre montant. Pour Cora Eden - Joséphine Martignac, pour l'état civil, ce qui devait hypothéquer à ses yeux les chances de réussite - le lien est plus complexe. Comédienne en mal de reconnaissance, elle fut naguère la maîtresse du premier, qui l'avait perdue de vue jusqu'à ce que le second, qui lui offre comme une planche de salut de devenir son assistante, ne la replace sur la route de son ancien condisciple.

Si elle envisage de s'essayer en solo à une carrière d'humoriste, pour l'heure, elle est, comme les deux hommes, en pause. Moins en panne qu'à nu. Pareillement handicapée pour poursuivre sa voie par d'anciennes blessures dont elle ne peut plus se masquer les séquelles.

Jean-Simon, le premier, tombe le masque...

Renouant avec la science du dialogue qui fit le prix de ses dramatiques pour France Culture comme de ses pièces de théâtre, Milovanoff joue parallèlement en virtuose du monologue et donne à ce roman une dimension sonore aussi feutrée qu'intime. Cruelle aussi, puisque c'est un poète, Baudelaire, qui résume le vrai propos de Tout sauf un ange : "L'art est un duel où l'artiste crie de frayeur avant d'être vaincu."


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