Auteur : Jean Rolin
Date de saisie : 21/04/2006
Genre : Essais littéraires
Editeur : POL, Paris, France
Prix : 33.00 € / 216.47 F
ISBN : 978-2-84682-119-3
GENCOD : 9782846821193
Le nouveau livre de Jean Rolin, dont la couverture nous montre l'auteur marcher le long d'un imposant mur de pierre qui pourrait être à Jérusalem comme à Dubrovnik, rassemble plus de mille pages de «reportages et autres articles» sous le titre de L'Homme qui a vu l'ours. Ce voyage à travers tous les continents aurait pu s'appeler Je me suis beaucoup promené... D'ours, il est souvent question au fil de ces textes publiés entre 1980 et 2005 dans de nombreux journaux dont Libération, Le Figaro ou Géo. On y croise encore les dauphins du Moulin-Rouge, les tigres mangeurs d'hommes du Delta du Gange, les tourterelles du Médoc, l'humeur fantasque d'une vache dans les rues d'Osojnik, mais aussi des mers troubles arpentées par des navires-poubelles, des terres ravagées par la guerre, des frontières, des points de passage et de friction... Les thèmes et les motifs de ses précédentes oeuvres semblent réunis ici...
Il a été militant d'extrême gauche, maoïste, à la Gauche prolétarienne. La révolution n'a pas eu lieu. Il est devenu écrivain. Il a raconté ses années de militantisme - "Je n'en ai aucun regret, et même de bons souvenirs" - dans L'Organisation (Gallimard, prix Médicis 1996, en poche, "Folio"). Peu enclin à la confidence, il a pourtant écrit un très beau livre, Joséphine (Gallimard, 1994), sur un amour perdu, la mort de sa compagne. Plus récemment, en 2002, il a publié un étrange récit, étonnant voyage au bord du périphérique parisien, La Clôture (POL). Mais qui est donc Jean Rolin ? Et, surtout, où est-il, cet homme dont les lecteurs de journaux ont souvent vu la signature au bas de reportages au long cours ?... Pourquoi tous ces voyages, la remontée du fleuve Congo, le Nil, l'Europe, l'Afrique, l'Asie, pourquoi ces bateaux, ces hôtels, ces pays en guerre, le Liban, la Bosnie... ? Fantasme d'écrivain voyageur ou de reporter de guerre ? "Je ne suis ni l'un ni l'autre. Je suis allé dans des pays en guerre, mais je ne suis pas reporter de guerre. Je suis moins "guerrier" que des confrères que j'admire, comme Jean Hatzfeld ou Rémy Ourdan. Je m'intéresse plutôt aux à-côtés, aux détails. Quand j'ai commencé à voyager et à écrire mes voyages, j'avais sans doute des images d'écrivains voyageurs, des anglo-saxons et aussi Nicolas Bouvier. Mais le caractère institutionnel que cela a pris, "Les-écrivains-voyageurs" ne me plaît pas tellement. Je ne voyage pas avec l'idée de faire, systématiquement, de mes voyages et de mes reportages, des livres. Lorsque j'ai eu vraiment envie de faire un livre, c'était celui qui aurait raconté la remontée du fleuve Congo sur les traces de Joseph Conrad, j'y ai renoncé, car cela ne tenait pas la distance. C'est resté simplement un reportage." Il a paru dans Libération du 4 au 10 décembre 1980, et il ouvre ce livre, auquel Jean Rolin a donné comme titre L'Homme qui a vu l'ours. "En fait, j'aurais voulu L'Homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours..., mais mon éditeur m'a retenu...".
Dans ses textes comme dans sa conversation, Jean Rolin est un conteur ironique et distant. Il a un humour froid, caustique, un certain sens de la dérision, voire du burlesque des situations. C'est un observateur précis, minutieux. C'est aussi un beau parleur, mais pas dans le sens péjoratif que cette expression a pris. Il prend plaisir à raconter et on a autant de plaisir à l'écouter, il aime s'embarquer dans un récit, plein de souvenirs précis, accumulés dans de longues phrases... Dans L'Homme qui a vu l'ours, sous le titre "Villes flottantes", figure un beau texte publié en 1983 - pas un reportage - sur l'architecture des paquebots, qui commence ainsi : "Bien que les paquebots, depuis le Titanic et même auparavant, aient toujours été plus ou moins destinés à finir échoués, engloutis, torpillés, dévastés par le feu, éventrés par des icebergs ou éperonnés par leurs congénères, il était d'usage, au moins jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, d'apporter un certain soin à leur présentation."... Des pouces-pieds aux ours, de Bangkok aux Marquises, tout est intéressant parce que rien, dans le regard de Jean Rolin, n'est anecdotique. Voilà vingt-cinq années de vie nomade, une autobiographie non recomposée, "avec quelques erreurs de jugement flagrantes, que j'ai gardées", souligne Jean Rolin, avant de conclure : "Finalement j'ai beaucoup travaillé pendant ces années. Certains articles sont introuvables. Ce livre contient environ 60 % de mon travail journalistique sur une période de quelque vingt ans. Cela prend nécessairement un caractère autobiographique. Ce n'est pas moi qui ai fait les recherches, et quand j'ai relu les textes, dans l'ordre chronologique, j'ai revisité des périodes de ma vie, des événements parallèles à ce que j'écrivais. Ce ne peut pas être la même chose pour le lecteur ordinaire." Pas tout à fait, certes, mais la visite n'en vaut pas moins le détour.
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