Auteur : Sibylle Grimbert
Date de saisie : 02/09/2004
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-234-05713-5
GENCOD : 9782234057135
Vingt ans après, la narratrice ne comprend toujours pas pourquoi sa mère a disparu «comme une buée sur une vitre», n'emportant que son manteau et son maquillage. Elle était alors une adolescente de quatorze ans, plus interloquée par la brutalité du départ que traumatisée par l'absence... A présent, elle tente de comprendre, de reprendre le fil. Pourquoi cette femme élégante, qui avait «tout pour être heureuse», a-t-elle fui pour ne jamais revenir ?... Sibylle Grimbert travaille son histoire par couches successives, grattant sa mémoire comme on creuse la terre, adoptant un rythme obsessionnel et déroutant qui nous renvoie à nos propres peurs, à nos propres hésitations. Peu à peu, la folie s'installe et la phrase s'emballe, éclate, inquiète... Il n'y a pas de secret est réellement un roman dangereux, vertigineux, étouffant et... terriblement familier.
Singulier, étrange, inquiétant, énigmatique, voire fantomatique, l'univers de Sibylle Grimbert est à l'image de ses héroïnes. Des jeunes femmes souvent amnésiques, qui s'enlisent dans une vie sans relief au point de s'y dissoudre, dans un lent processus de dépersonnalisation, avant de fuir et de renaître ailleurs... Un troisième roman à la force entêtante dans lequel la romancière ne cède jamais à la facilité, ni à une quelconque complicité entre auteur, narrateur et lecteur.
Un lecteur qui, dès l'abord, est pris dans les rets serrés d'une narration diabolique et vertigineuse, tant par sa prétention à l'exhaustivité que par son obsession à creuser toujours plus loin ce qui fonde son discours : le mal-être d'une femme, créé par l'absence... Magistral.
Peut-être est-ce l'étrangeté de ce roman qui séduit d'abord. Cette façon de pousser aux limites de la folie. Cette manière de vous enfermer, sans la moindre échappatoire. Pour mieux vous piéger au coeur de sa toile densément tissée par la puissance d'une phrase aiguë, retorse, insistante, épousant au plus près les tours et détours de la narratrice.
Vingt ans après le départ de sa mère, disparue du jour au lendemain, sans prévenir, sans rien dire, «comme une buée sur une vitre», Paula tente désespérément de comprendre, interroge sans fin une absence qu'elle n'a jamais réussi à combler et qui nourrit toujours sa propre distance au monde. Pourquoi sa mère a-t-elle brutalement abandonné son mari et sa fille de 14 ans ?... Sibylle Grimbert, dont c'est le troisième roman, accompagne diaboliquement cette lente plongée en spirale et fascine son lecteur par son art d'avancer sur place en creusant ses interrogations comme l'archéologue s'enfonce, couche après couche, dans des profondeurs de plus en plus anciennes.
Bienvenue dans un monde de fous qui n'en ont pas l'air. A quel moment une vie bascule-t-elle ? Avant ou après un drame ? Quand les faits divers deviennent des faits d'armes, la vie, capricieuse et retorse, s'ingénie à multiplier les malices. Sibylle Grimbert nous le prouve avec ce quatrième roman, où la clairvoyance sur les êtres étonne et souvent nous renvoie à des problèmes que nous avions cru nous-même avoir escamotés. A coup sûr, Mlle Grimbert dérange. Le décor emprunte celui d'une banlieue pavillonnaire à l'américaine. On se croirait dans American Beauty, où Annette Bening et Kevin Spacey auraient échangé leurs rôles. Famille modèle en apparence. Tous les éléments s'agglutinent les uns aux autres jusqu'à l'étouffement : une mère au foyer, parfaite sous tous rapports, un père qui travaille tard pour offrir un niveau de vie confortable aux siens, une maison scrupuleusement en ordre. Les premières pages ont l'odeur aseptisée d'un appartement témoin. Une description limpide pour un minimum d'émotions fortes. Mais le miroir est en réalité trouble, et l'image de magazine n'a pas la consistance nécessaire pour durer. Soudain, sans prévenir, le château de cartes s'effondre lorsqu'un soir la mère de la narratrice ne rentre pas à la maison. Le père et la fille font bloc, formant un nouveau couple où Paula prend la place de sa mère... Mine de rien, la narratrice sonde notre part d'ombre, met à nu nos instincts les moins reluisants...
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