Passion du livre - tout sur le livre : Freedom Song

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Freedom Song

Couverture du livre Freedom Song

Auteur : Amit Chaudhuri

Traducteur : Simone Manceau

Date de saisie : 08/03/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : P. Picquier, Arles, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-87730-853-3

GENCOD : 9782877308533


  • La présentation de l'éditeur

Après la mise à sac de la mosquée par les fondamentalistes hindous, l'immense et bruissante ville de Calcutta se trouve plongée dans le silence, telle une conque dont seuls ceux qui en approcheraient l'oreille pourraient entendre le grondement. Dans cette langueur apparente alourdie de sourdes menaces, deux vieilles dames, amies de classe d'autrefois, ponctuent de leurs remarques, de leurs souvenirs et de leurs siestes les événements qui touchent leurs familles et la ville. Entre ombre et lumière, passé et futur, le sort de ces familles se joue de l'hiver à l'été, en un récit qui égraine les menus faits de la vie quotidienne comme autant de gouttelettes scandant l'approche de l'orage, petite musique déployant ses variations mélodiques et sentimentales. Il faut marier Bhaskar pour le détourner de la politique, sauver l'entreprise où travaille Shib, partir en voyage ou remonter le temps... Quoi ça qu'il arrive, les oiseaux, et la voix du muezzin, saluent un nouveau jour à vivre.



logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com



  • La revue de presse Jean-Claude Perrier - Le Figaro du 8 mars 2007

«Freedom Song» clôt une belle trilogie autobiographique sur fond de difficultés économiques et de conflits interreligieux...
L'écriture de Chaudhuri est extrêmement sensuelle et musicale, ce qui n'est pas un hasard. Comme l'illustre Rabindranath Tagore (un Bengali lui aussi, prix Nobel de littérature en 1913), l'écrivain est également un musicien qui, dans ses concerts, essaie de réaliser une fusion entre la musique indienne traditionnelle et certains courants occidentaux, le jazz, le blues, voire le rock. Connu aussi bien dans son pays que dans le monde anglo-saxon, Amit Chaudhuri est l'un des représentants les plus intéressants d'une «jeune» littérature indienne en pleine mutation.



  • Les premières lignes

C'était une voix isolée qui psalmodiait «Allah el kbar» et d'autres syllabes, connues mais incompréhensibles. Elle venait de très loin cette voix - la mosquée la plus proche se trouvant à plus d'un kilomètre au nord - mais elle, elle l'entendait distinctement, comme si cette voix récitait dans la ruelle où ils habitaient, comme si cette présence venait occuper l'espace gris entre sommeil et réveil. Le chanteur, si on pouvait le qualifier de tel - et où qu'il se trouvât - semblait totalement absorbé, emporté par sa mélodie, hésitant entre répétition et progression, oscillant délicatement entre syllabes courtes et longues. La ville était au repos : tramways, arbres couverts d'une fine poussière, carrefours, Lower Circular et Lansdowne Road, les maisons à trois étages sur Southern Avenue et les bâtiments de dix étages sur Ballygunge Circular Road. Bientôt, la machinerie allait se remettre en marche, non par sens du devoir, mais à la manière d'une horloge remontée, jour après jour, par quelque main expérimentée. Presque sans y réfléchir, les gens allaient se retrouver embarqués dans les infimes frustrations et les satisfactions qui faisaient leur quotidien. Et c'était à ce moment-là, dans cet entre-deux, que retentissait la voix du muezzin, n'annonçant ni ne taisant l'arrivée du jour naissant.

Elle se leva, comme elle le faisait toujours depuis cinquante ans, depuis qu'à quinze ans elle avait décidé de se consacrer au chant, dans leur maison de Shillong, et que pour ne pas déranger ses frères qui dormaient ni encourir leurs taquineries, elle allait répéter au salon. Ce matin-là, l'air était presque aussi froid que jadis, à Shillong ; mais aujourd'hui ses mouvements étaient plus lents et ses hanches plus amples - comme chez toutes les femmes qui ont enfanté, dit-on - et pour l'heure, elle ne faisait pas confiance à ses jambes. Avec solennité, elle s'enveloppa dans un châle, avant de disparaître dans l'obscurité de la salle de bain comme si un rendez-vous l'y attendait, puis d'en émerger, dix minutes plus tard. Son mari dormait encore, visage enfoui entre les plis de l'édredon. Son édredon à elle était complètement tournicoté, roulé-boulé, comme retenant un poupon en ses creux.

En sortant de sa chambre, elle s'aperçut que la porte de la chambre d'à côté était ouverte. Les rideaux avaient été tirés et le lit à une place retapé. Tandis que son regard faisait le tour de la pièce, la poignée de la salle de bain tourna et Mini apparut, lunettes embuées, chemise et jupon une fois de plus tout éclaboussés. Même dans sa jeunesse, elle avait toujours été si maladroite ! La salle de bain, dont la fenêtre donnait à l'est, était inondée de lumière.

- Comment, Khuku ? fit-elle, fort surprise. Tu es déjà levée ?

Puis, avec une pointe de respect et non sans affection, elle ajouta, presque pour elle-même :

- Shib dort encore, j'imagine...


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli