Auteur : Jérôme Garcin
Date de saisie : 03/09/2004
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-07-074428-2
GENCOD : 9782070744282
Si tous les amateurs de spectacles équestres connaissent Bartabas, Clément Marty (le vrai nom du maître de Zingaro) reste, lui, un mystère. C'est en cavalier, en homme de lettres et presque en frère - ils ont le même âge - que Jérôme Garcin est allé à la rencontre de cette énigme chevauchante qui, toujours, s'est protégée des hommes et de la vulgarité des temps par la grâce des chevaux et la beauté des rêves... Ni biographie ni roman, ce portrait intime d'un cavalier allant vers son destin est avant tout une magnifique rencontre. Celle de deux personnalités, si différentes et pourtant si proches, partageant une même passion. Et concevant l'amour du cheval comme un art de vie, une quête de soi, un refus d'abdiquer. Dans ses livres précédents - La Chute de cheval, Barbara, claire de nuit, C'était tous les jours tempête, Théâtre intime - Garcin se confiait déjà en filigrane à travers l'histoire de ceux qu'il aimait, qu'il admirait. En peignant cette fois le portrait de Bartabas, il poursuit d'un trot léger sa progression vers cette vérité qui l'attend. Et pourrait le mener loin.
Si, à l'instar de Churchill - lequel avait volé l'expression à Ian Fleming, rappelle Jérôme Garcin -, vous trouvez le cheval inconfortable en son milieu et dangereux à ses extrémités, lisez tout de même «Bartabas, roman», de ce même Garcin. Il vous réconciliera peut-être avec l'animal qui vous a fait chuter dans votre enfance.
«Roman», annonce-t-il... C'est jouer sur les mots, car il s'agit surtout du portrait d'un homme qu'il tient pour celui qui a réinventé le spectacle équestre, et s'est construit, sous une forme fictive, un monde imaginaire... L'écrivain nous décrit un homme chevalin mais aussi humain, trop humain, perclus de contradictions : il aime la tauromachie et les courses d'obstacles, mais est capable de rendre unique le pire des canassons. Il est bourru, ombrageux, égocentrique, «extraverti à table et pudique en selle», mais surtout perfectionniste, poète, psychologue, bavard et taiseux à la fois : «Pour moi, dit-il dans "Mazeppa", comprendre un cheval, c'est me couler dans la lenteur de son âme.»... Garcin met son art de l'écriture au service de l'ancien provocateur du cirque Aligre... Un Bartabas aux airs de manouche qui accepte de reprendre les écuries de Versailles, au grand dam des puristes du milieu équestre... Si Bartabas préfère les chevaux aux autres hommes, Garcin, lui, son truc, quoi qu'il en dise, c'est la littérature. Constatant que les films sont impuissants à restituer la magie du vivant, les parfums, les odeurs, il a voulu laisser une trace de ce créateur d'éphémère. Reste un livre qu'on n'est pas près d'oublier.
Cela faisait un moment qu'il voulait écrire ce texte sur Bartabas. Mais il prenait son temps. Après Théâtre intime (Gallimard, 2003 ; en poche, "Folio" n° 4028), Jérôme Garcin avait même commencé un nouveau roman. Et puis voilà, il y a eu la grève des intermittents. C'était en 2003, à Avignon. "Bartabas (...) n'acceptait toujours pas de ne pas pouvoir jouer. C'est la première fois que je l'ai vu pleurer. Comme un enfant dont on a cassé le rêve et trahi la confiance (...) Lorsque, devant les grévistes, il a osé dire, la voix tremblante : "Un artiste n'est pas un ouvrier du divertissement qui compte ses heures, il se consume au feu de sa passion", le chef de Zingaro a été hué."
Il a alors demandé au journaliste qui suit son travail depuis le début d'écrire enfin ce livre. Ni une biographie ni un essai, mais le superbe portrait d'un personnage qui a réussi à devenir le héros de son propre roman. Jusqu'à renier ses origines... Qui est cet homme qui, élève de la très chic Ecole alsacienne, fils de médecin et d'architecte, est devenu ce Gitan que sa mère avoue admirer tellement qu'il lui arrive "de ne pas le reconnaître" ?
C'est ce mystère que Jérôme Garcin, lui-même amoureux des chevaux, a voulu percer. Tout en sachant que l'homme dit ne jamais se reconnaître dans ce qu'on écrit sur lui. Il ne s'agit pas ici de prétendre dire si le portrait est exact ou ressemblant... Garcin a sans doute beaucoup écouté Bartabas. Regardé aussi. Observé celui qui est, d'une certaine manière, son miroir inversé. Et c'est ainsi que Jérôme Garcin, au détour d'un ou deux chapitres, se dévoile, lui aussi, et dresse son propre portrait, celui d'un homme du même âge, à huit mois près : "Seulement voilà, j'avais une vie, et Clément avait un destin. J'ai été consciencieux, il a été déraisonnable (...) J'ai muséifié mon passé, il a mis en scène son avenir (...). J'ai eu très tôt le besoin de m'installer, il a su très vite que toujours il nomadiserait. Je me suis éloigné du spirituel, il va de plus en plus vers le sacré. J'ai cru que la vérité était dans les livres, il a choisi le geste contre la parole et l'image contre le texte (...). J'ai tardé à me réconcilier avec les chevaux, il les a, dès l'enfance, préférés aux hommes. Ils ont changé ma vie, ils ont fondé la sienne."...
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